Portrait · Animateur · Character Designer · Studio Ghibli
Katsuya
Kondō
近藤 勝也 · Né le 2 juin 1963 · Niihama, préfecture d'Ehime · Japon
Il a dessiné Kiki. Le visage de la petite sorcière — ses grands yeux ronds, ses joues rondes, ses nattes serrées — est sorti de son crayon. Katsuya Kondō est l'un des architectes visuels de l'identité Ghibli : discret, précis, loyal à un style qui évite l'esthétique facile. Un artiste dont le nom reste dans l'ombre des films qu'il a pourtant visiblement marqués.
Formation — Dezaki, Sugino et l'école Cat's Eye
Katsuya Kondō naît le 2 juin 1963 à Niihama, ville industrielle portuaire de la préfecture d'Ehime, dans l'île de Shikoku. Après le lycée, il ne passe pas par une école d'art — il entre directement dans le milieu professionnel de l'animation en rejoignant le Studio Annapuru, la structure créée par Osamu Dezaki et Akio Sugino.
Ce choix de formation — apprendre directement sous la direction des deux plus grands noms de l'animation d'auteur japonaise des années 70 — est fondateur. Dezaki, réalisateur de Ashita no Joe, Versailles no Bara, Remî sans famille, est l'inventeur d'un vocabulaire visuel expressionniste. Sugino est le character designer des mêmes œuvres — un dessinateur dont le style allongé etélégant a défini l'esthétique du début des années 80.
C'est sous la direction de Shinji Ôtsuka que Kondō fait ses premières armes comme genga-man (animateur clé) sur la série TV Cat's Eye (TMS, 1983-1985, 73 épisodes). Cat's Eye — sur laquelle travaille déjà le réalisateur Kenji Kodama — est une production ambitieuse où la qualité d'animation est prioritaire. C'est dans cette exigence que Kondō forme son trait.
Les années freelance — Occident et Japon (1983-1990)
Devenu freelance à la sortie de Studio Annapuru, Kondō multiplie les expériences dans des productions très diverses. Cette période — de 1983 à son intégration formelle chez Ghibli — est l'une des plus riches biographiquement.
Il travaille d'abord sur des productions occidentales co-produites avec des studios japonais : The Mighty Orbots (1984, ABC), Rainbow Brite (1984, DIC Entertainment) et surtout les Adventures of the Gummi Bears (1985, Walt Disney Television Animation). Cette expérience de production sous cahier des charges américain — contraintes narratives, palettes colorées, timing comique strict — forge une polyvalence rare chez les animateurs japonais de l'époque.
Durant ses débuts en tant que freelance, il prolongera cette expérience à un cahier des charges occidental en tant qu'animateur cléf sur Rainbow Brite en 1984 et Les Gummies en 1985. Par la suite, Katsuya Kondō participe surtout à des productions nippones telles que Maison Ikkoku, Devilman ou Les ailes d'Honnêamise.
— Animeland.fr — Personnalité de la semaine : Katsuya Kondō · animeland.fr
En parallèle, il intervient sur des productions japonaises significatives : Maison Ikkoku, Devilman (OVA), Twilight Q, et surtout Royal Space Force : The Wings of Honnêamise (Gainax, 1987) — production ambitieuse où la qualité d'animation est élevée au rang d'argument artistique. C'est à cette époque que son nom commence à être associé à une qualité d'exécution hors norme.
Entrée chez Ghibli — Château dans le ciel (1986)
La première collaboration de Kondō avec Studio Ghibli date de 1985-1986 : il est recruté comme genga-man (animateur clé) sur Le Château dans le ciel (Tenkuu no Shiro Laputa, 1986, Hayao Miyazaki). C'est la deuxième production de Ghibli — le studio vient d'être fondé en 1985. Kondō n'a pas encore 23 ans.
Sa contribution au Château dans le ciel n'est pas une fonction de supervision — c'est un travail d'animateur de terrain. Mais la qualité de ses genga attire l'attention de Miyazaki, qui le sollicite dès le projet suivant : Mon Voisin Totoro (1988), pour lequel Kondō travaille à la conception graphique des personnages — une étape cruciale où se forge la confiance entre lui et Miyazaki.
Kiki — inventer le visage d'une sorcière (1989)
Kiki la petite sorcière (Majo no Takkyûbin, 1989) est l'œuvre pivot de la carrière de Kondō. Il y occupe pour la première fois les postes de character designer et de directeur de l'animation — les deux fonctions qui définissent l'identité visuelle d'un film d'animation.
La fabrication du personnage de Kiki est documentée dans les archives Ghibli. Kondō commence par les illustrations du roman original d'Eiko Kadono — Kiki y est représentée avec de longs cheveux. Il dessine les premières esquisses dans ce sens, avant de reconsidérer :
Il a été placé en charge de la conception de pré-production et de la direction de l'animation pour Kiki la petite sorcière en 1989. Il explique son processus : « Au début, j'ai suivi les illustrations de l'histoire originale et j'ai dessiné Kiki avec de longs cheveux, mais cela aurait été [complexe à animer]. »
— Ghibli Wiki Fandom — Katsuya Kondō · ghibli.fandom.com
La décision de donner à Kiki des cheveux courts noués en natte courte — plus pratique à animer, plus enfantine, plus moderne — est de Kondō. De même, l'expression caractéristique du personnage : les yeux ronds et lumineux, les joues pleines, la moue déterminée. Kiki n'est pas le style de Miyazaki appliqué à un personnage : c'est le style de Kondō au service de l'univers de Miyazaki.
La production de Kiki est particulièrement instable. Miyazaki commence comme producteur, confie la réalisation à Sunao Katabuchi, puis reprend lui-même la direction en cours de production. Dans cette instabilité, Kondō assure la continuité visuelle du personnage — rôle fondamental que peu de personnes notent mais que tous voient à l'écran.
Les années 90 chez Ghibli — toutes les productions
Après une dernière contribution freelance sur le téléfilm Like the Clouds, Like the Wind (1990, Studio Pierrot — character designs), Kondō intègre formellement Studio Ghibli. Sa décennie 1990 est celle d'une présence systématique dans toutes les grandes productions du studio.
La contribution à Souvenirs goutte à goutte (1991) mérite une mention particulière. Takahata exige un réalisme anatomique et psychologique très éloigné de l'esthétique Ghibli habituelle : les personnages ne sont pas mignons, ils sont crédibles. Pour Kondō, directeur de l'animation, c'est un défi de résolution du conflit entre le « style Ghibli » qu'il a contribué à créer et l'exigence naturaliste de Takahata.
Retour — Ponyo sur la falaise (2008)
Après avoir quitté le studio à plein temps en 1992 pour redevenir freelance tout en maintenant des liens étroits avec Ghibli, Kondō revient en 2007 dans un rôle nouveau : Supervising Animator sur Ponyo sur la falaise (Gake no Ue no Ponyo, 2008, Hayao Miyazaki). Ce rôle — au-dessus du directeur d'animation mais en dessous du réalisateur — lui confie la responsabilité de l'homogénéité visuelle de toute la production.
La particularité de Ponyo — un film entièrement dessiné à la main, sans aucune assistance numérique pour les personnages, dans un style délibérément enfantin et « maladroit » qui évoque les dessins d'enfant — demande une supervision particulièrement attentive. Kondō signe également les paroles de la chanson thème du film (Ponyo sur la falaise, composée par Joe Hisaishi) — une dimension créative inattendue qui révèle un pan méconnu de sa personnalité artistique.
Le style Kondō — analyse
Le style de Kondō est souvent résumé par une formule : « l'épitomé du style Ghibli ». Cette formule, reprise dans toutes les sources anglophones, est à la fois juste et réductrice. Elle dit quelque chose de vrai — Kondō a contribué à construire ce que le grand public appelle « le style Ghibli » — mais elle efface la spécificité de son apport.
Ce qui est spécifiquement Kondō
Kondō a une spécialité identifiable : les personnages féminins jeunes. Kiki, Umi (Je peux entendre l'océan), Ponyo dans ses formes humaines — ces personnages partagent une grammaire visuelle commune : yeux ronds avec pupilles précisément placées, joues pleines qui signifient l'enfance sans la caricaturer, corps proportionnés avec une justesse anatomique qu'on ne remarque pas parce qu'elle est juste. C'est la marque d'un dessinateur qui observe les enfants réels et en tire une géométrie.
Son approche du mouvement — formée sous Dezaki et Sugino — privilégie la continuité et la fluidité organiques plutôt que l'éclat spectaculaire. Un personnage de Kondō marche comme une enfant de son âge marche. Court comme une enfant de son âge court. Cette banalité du mouvement juste est une des choses les plus difficiles à produire en animation.
La question du « style Ghibli »
Il est difficile d'isol er ce qui appartient à Kondō de ce qui appartient à Miyazaki, à Yoshifumi Kondō (homonyme, non apparenté, également directeur de l'animation sur Kiki et Souvenirs goutte à goutte), à Kazuo Oga (backgrounds), à Joe Hisaishi (musique). Le « style Ghibli » est un objet collectif. Mais parmi ses contributeurs, Katsuya Kondō est l'un de ceux dont l'empreinte est la plus immédiatement visible — parce que les personnages, c'est ce qu'on regarde en premier.
Hors Ghibli — Jade Cocoon, manga, illustration
Parallèlement à son travail pour Ghibli, Kondō développe une carrière d'illustrateur et de character designer en dehors de l'animation. Son travail le plus notable hors Ghibli est le character design du jeu vidéo PlayStation Jade Cocoon : Story of the Tamamayu (1998, Genki) — un RPG dont l'esthétique, directement influencée par son travail Ghibli, se distingue radicalement du style dominant du jeu vidéo de l'époque. Il réitère sur la suite Jade Cocoon 2 (2001).
Il collabore par ailleurs avec le romancier Ken'ichi Sakemi sur plusieurs projets : un manga retraçant l'histoire de Jeanne d'Arc, et le character design du téléfilm TV NTV Like the Clouds, Like the Wind (1990) adapté du roman Kōkyū Monogatari de Sakemi. En 2012, il réalise une série de couvertures illustrées pour vingt classiques de la littérature historique japonaise — édition commémorative accompagnée d'une mini-exposition.
En 2012, une exposition rétrospective intitulée « Ghibli no Dōgaka : Katsuya Kondō Ten » (L'animateur de Ghibli : Exposition Katsuya Kondō) se tient au Niihama City Art Museum — sa ville natale — du 20 juillet au 26 août 2012. Elle présente des œuvres allant de Laputa à La Colline aux coquelicots.
Filmographie complète
| Année | Titre | Rôle | Studio · Note |
|---|---|---|---|
| 1983-85 | Cat's Eye | Key animator (genga-man) | TMS · dir. Shinji Ôtsuka · formation |
| 1984 | The Mighty Orbots | Key animator | TMS / ABC · production américaine |
| 1984 | Rainbow Brite | Key animator | DIC Entertainment · expérience occidentale |
| 1985 | Adventures of the Gummi Bears | Key animator | Walt Disney Television Animation |
| 1985-86 | Maison Ikkoku | Key animator | Studio Deen · Rumiko Takahashi |
| 1986 | Le Château dans le ciel | Key animator | Studio Ghibli · 1ère collab. Ghibli |
| 1987 | Wings of Honnêamise | Key animator | Gainax · Anno, Yamaga |
| 1987 | Devilman (OVA) | Key animator | Toei Video |
| 1987 | Twilight Q (OVA) | Key animator | Studio Deen |
| 1988 | Mon Voisin Totoro | Designs | Studio Ghibli · Miyazaki |
| 1989 | Kiki la petite sorcière | Character design · DA | Studio Ghibli · Œuvre pivot |
| 1990 | Like the Clouds, Like the Wind | Character design | Studio Pierrot · TV movie NTV |
| 1991 | Souvenirs goutte à goutte | Directeur animation | Studio Ghibli · Isao Takahata |
| 1992 | Porco Rosso | Key animator | Studio Ghibli · Miyazaki |
| 1993 | Je peux entendre l'océan | Character design · DA | Studio Ghibli · Tomomi Mochizuki · film TV NHK |
| 1994 | Pom Poko | Key animator | Studio Ghibli · Isao Takahata |
| 1997 | Princesse Mononoké | Key animator | Studio Ghibli · Miyazaki |
| 1998 | Jade Cocoon (jeu PS1) | Character design | Genki · RPG PlayStation |
| 1999 | Mes voisins les Yamada | Key animator | Studio Ghibli · Isao Takahata |
| 2001 | Jade Cocoon 2 (jeu PS2) | Character design | Genki · suite |
| 2001 | House Hunting (court Ghibli Museum) | Directeur animation | Studio Ghibli |
| 2008 | Ponyo sur la falaise | Supervising Animator · Paroles chanson | Studio Ghibli · Miyazaki |
| 2014 | Ronja, la fille du brigand | Directeur animation | Polygon Pictures · Gorō Miyazaki · série TV |
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