Michi Himeno
Assistante de Shingo Araki sur Ulysse 31, Michi Himeno a dessiné de sa main Thémis, Pénélope, Nourmaios, Nestor et Euryclée — les visages secondaires de la série qui ont structuré l'univers visuel de la coproduction franco-japonaise de 1980. Cet entretien, accordé à Maroin Eluasti, est l'un des rares témoignages directs sur les coulisses de production d'une œuvre qui a marqué des générations de téléspectateurs européens.
(actuel TMS)
sous Shingo Araki
Pénélope · Nestor · Euryclée
découvert via Babel II
Les Entrechats · Blondine
Comment en êtes-vous venue à travailler sur Ulysse 31 ?
Dans la continuité de la production de Lady Oscar, le studio Tokyo Movie Shinsha a été sollicité pour prendre en charge le design des personnages d'une série franco-japonaise dont la production était alors interrompue depuis un moment. C'était en 1980. Himeno occupait à ce moment le poste d'assistante du character designer en chef et directeur de l'animation — Shingo Araki.
Pour cette première collaboration avec un studio étranger, comment cela se passait-il concrètement ?
Les débuts n'ont pas été simples — elle ne s'en cache pas. Il y avait tout à mettre en place. Heureusement, l'organisation s'est structurée rapidement. Les équipes françaises envoyaient des dessins accompagnés d'annotations précises, permettant aux animateurs japonais d'adapter les personnages dans leur propre style tout en respectant les intentions de départ.
Comment le travail était-il réparti entre vous et Araki ?
La distribution était clairement établie. Shingo Araki prenait en charge les deux personnages centraux — Ulysse et Télémaque. Himeno dessinait quant à elle les personnages secondaires : Thémis, Nourmaios, Pénélope, Nestor et Euryclée. Le cas de Nono est particulier : son design reprenait directement la version conçue pour le pilote par Yasuo Ōtsuka, sans modification substantielle.
Lorsqu'on regarde la série, on perçoit un style unique malgré deux designers. Quel est votre secret ?
La réponse qu'elle donne est désarmante d'honnêteté : il n'y a pas vraiment de secret. Fan d'Araki depuis ses années d'études — c'est sa découverte de Babel II qui l'avait attirée vers l'animation —, elle avait déjà intériorisé sa grammaire graphique bien avant de travailler avec lui. Sur la série, les deux artistes ont continué à s'influencer mutuellement, si bien que la frontière entre leurs apports respectifs s'est progressivement effacée.
L'enjeu était double : intégrer les idées françaises tout en simplifiant les dessins pour les contraintes de l'animation télévisée, et concilier la sensibilité graphique japonaise avec l'origine culturelle française du projet sans dénaturer l'une ni l'autre. Ce pari a été tenu. La série reste agréable à regarder des décennies plus tard — et c'est précisément cette hybridation réussie qui en fait l'identité.
Avez-vous eu l'occasion de rencontrer le réalisateur français Bernard Deyriès ?
Non — et ce n'est pas faute de l'avoir souhaité. Deyriès était en déplacement constant. Le seul contact réel entre eux s'est limité à l'envoi de quelques copies de dessins accompagnées de ses orientations. Une collaboration à distance, en somme, caractéristique des contraintes logistiques des coproductions internationales de cette époque.
Quel souvenir gardez-vous de cette première expérience avec un studio français ?
Un très bon souvenir — et ce n'était pas la dernière fois. L'aventure Ulysse 31 a ouvert une longue série de collaborations entre TMS et les studios français : Lupin VIII, Inspecteur Gadget, Les Entrechats, Blondine au pays de l'arc-en-ciel. Ce qu'elle retient de ces années ? L'excellence des Français dans le maniement de la couleur et la puissance de leur sens du design. Des qualités qu'elle juge complémentaires du savoir-faire japonais, et non concurrentes.
Avec l'âge, elle pense difficile de reprendre un poste de directrice de l'animation. Mais elle espère toujours, à l'avenir, avoir la joie de collaborer de nouveau — ne serait-ce que sur le character design. À bon entendeur.
Source
- Maroin Eluasti, Ulysse 31, l'histoire et les coulisses d'un anime culte de notre enfance — entretien avec Michi Himeno. Source primaire exclusive de cet article.
Note méthodologique. Les propos de Michi Himeno sont retranscrits en paraphrase stricte — reformulés dans leur intégralité à partir de l'entretien original publié dans l'ouvrage de Maroin Eluasti. Aucune reproduction textuelle des déclarations originales. Conformément à la ligne éditoriale du site, aucune indication chiffrée de valeur, de prix ou de cote n'est fournie. Article rédigé pour SAKUGAART, site éditorial dédié à l'animation japonaise et à ses patrimoines matériels.
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