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Les grands studios japonais

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Grands studios japonais — 11 portraits · SAKUGACEL

Portraits de studios · SAKUGACEL

Onze grands studios —
l’architecture de l’animation japonaise

De Toei (1948) à MAPPA (2011), chaque studio est une génération, une philosophie, une rupture. Ce dossier retrace onze trajectoires institutionnelles qui, ensemble, expliquent comment l’animation japonaise est devenue la première industrie culturelle mondiale de son genre.

Portrait de studio · Fondé 1948 · Nerimaku → Tōkyō

Toei
Animation

東映アニメーション · Nihon Dōga 1948 → Toei Dōga 1956 → Toei Animation 1998

Le plus ancien, le plus grand, le plus prolifique. Toei Animation a inventé le magical girl, codifié le super robot, et produit Dragon Ball, Sailor Moon, One Piece et Saint Seiya. Il a formé Miyazaki, Takahata et Tezuka — puis les a vus tous partir. Et il est encore là.

Fondé23 janvier 1948 Nihon Dōga, Shinjuku
Rachat ToeiJuillet 1956 → Toei Dōga
1er filmHakujaden 1958 1er long métrage couleur
1re TVSally la petite sorcière 1966
MascottePero le chat Le Chat botté (1969)
ActifOui One Piece, Precure, 2026

Le 23 janvier 1948, les animateurs Kenzō Masaoka et Zenjirō Yamamoto fondent à Shinjuku la Nihon Dōga (Japan Animated Films) dans des salles de classe vides d’un lycée. Leur ambition : créer un équivalent japonais de Disney. En 1956, le groupe Toei rachète la structure et la rebaptise Toei Dōga, injectant les ressources nécessaires pour faire de son rêve une réalité.

En 1958, Hakujaden (Le Serpent blanc) sort — premier long métrage d’animation couleur japonais. Le style est délibérément disneyen. Parmi les animateurs présents sur ce projet : un certain Hayao Miyazaki, alors simple intervalliste, et Isao Takahata, assistant réalisateur. Osamu Tezuka lui-même avait travaillé pour Toei avant d’en repartir pour fonder Mushi Production en 1961, irrité par les conditions.

L’ère du super robot et du magical girl

À partir de 1966, Toei invente le magical girl avec Sally la petite sorcière (Mahōtsukai Sally), adaptation du manga de Mitsuteru Yokoyama. Le genre ne s’arrêtera plus. Parallèlement, le studio adapte les mangas de Gō Nagai : Devilman (1972), Mazinger Z (1972), Goldorak (1975-77) — définissant le super robot tel que nous le connaissons encore. Tomoharu Katsumata y dirige l’essentiel de ces productions.

Dans les années 80, Toei sous-traite pour l’animation américaine — Transformers, G.I. Joe, My Little Pony, Jem — puis se repositionne entièrement sur les adaptations Shōnen Jump : Dragon Ball (1986), Saint Seiya (1986), Sailor Moon (1992), One Piece (1999).

Toei a formé Miyazaki, Takahata et Tezuka. Et tous les trois sont partis. Ce n’est pas un échec — c’est la preuve que Toei a été, pendant vingt ans, la meilleure école d’animation du Japon.
AnnéeTitreImportance
1958Hakujaden★ 1er long métrage couleur japonais
1966Sally la petite sorcière★ 1er magical girl
1968Le Château de Cagliostro (Miyazaki, co-prod.)
1972Devilman / Mazinger Z★ Codifie le super robot
1975Goldorak★★ Phénomène France 1978
1986Dragon Ball★★ Franchise mondiale
1986Saint Seiya★ Grand Prix Animage 1987
1992Sailor Moon★★ Grand Prix Animage 1992
1999One Piece★★ Toujours en cours 2026
2015Miraculous LadybugCoproduction franco-japonaise
II — TMS Entertainment
Portrait de studio · Fondé 1964 · Tōkyō · Filiale Sega Sammy

TMS
Entertainment

トムス・エンタテインメント · Tokyo Movie 1964 → Tokyo Movie Shinsha 1977 → TMS 2000

C’est chez TMS que Miyazaki a réalisé Le Château de Cagliostro. C’est chez TMS qu’Otomo a produit Akira. C’est chez TMS que Dezaki a inventé son style. Et c’est chez TMS que la connexion entre l’animation japonaise et le marché occidental a été bâtie — vingt ans avant que les streaming services n’existent.

Fondé1964 Tokyo Movie par Yutaka Fujioka
Rename 1Tokyo Movie Shinsha 1977
Rename 2TMS Entertainment 2000
PropriétaireSega Sammy Holdings depuis 1992
1re prod.Big X 1964 adaptation Tezuka
Œuvre-pivotLupin III · Akira · Detective Conan

En 1964, l’ancien fabricant de gants textiles Yutaka Fujioka lance Tokyo Movie et produit Big X, adaptation d’un manga d’Osamu Tezuka. La décision est symbolique : TMS ne sera pas un studio d’animateurs maison, mais un producteur qui sait trouver les meilleurs talents. En 1965, il fonde A-Production comme sous-traitant — qui accueille Yasuo Ōtsuka, futur mentor de Miyazaki, Dezaki, et toute une génération.

La rupture arrive en 1971 avec Lupin III Part I (Miyazaki et Takahata codirecteurs, puis Dezaki). La série crée un style unique : fluidité, humour, action sophistiquée. En 1977, Tokyo Movie se restructure en Tokyo Movie Shinsha et Lupin III Part II devient un triomphe. La même année, Fujioka crée Madhouse — avec des fonds TMS — et le studio sous-traitant de Dezaki.

Akira (1988) et le record du budget

En 1988, Fujioka injecte 1,1 milliard de yens — record absolu de l’époque — dans la production d’Akira de Katsuhiro Otomo. Le budget de Miyazaki’s Mamo (1978) était déjà de 500 millions : TMS n’a jamais eu peur des chiffres. Akira devient le film qui ouvrira le marché mondial à l’animation japonaise adulte. C’est la coproduction la plus influente de l’histoire du médium.

AnnéeTitreNote
1964Big X1re production
1971Lupin III Part I★ Miyazaki / Takahata / Dezaki
1977Lupin III Part IITriomphe d’audience
1979Le Château de Cagliostro★ Miyazaki 1er long métrage
1980Lady Oscar / Rose de VersaillesPhénomène France
1983Golgo 13 : The Professional★ Dezaki — 1er film adulte TMS
1988Akira★★ 1,1 milliard ¥ — Otomo
1996Detective ConanToujours en cours 2026
2010+Westerns : Batman, Spider-Man (animation)Sous-traitance US
III — Mushi Production
Portrait de studio · 1961-1973 · Renaissance 1977 · Nerima, Tōkyō

Mushi
Production

虫プロダクション · Fondé 1961 par Osamu Tezuka · Faillite 1973 · Refondé 1977

Il a existé douze ans. En douze ans, il a inventé la série TV animée japonaise, établi la technique de l’animation limitée, formé Dezaki, Rintaro, Tomino, Kawajiri — et produit par désespoir financier le premier film d’animation pour adultes du Japon. Mushi Production est mort en 1973. Tout ce qui a suivi descend de lui.

Fondé1961 par Osamu Tezuka, Nerima
1re sérieAstro Boy 1963 193 épisodes, 40.7% d’audience
InnovationAnimation limitée TV rendue possible pour la télé
Faillite1973 dettes insurmontables
Refondé26 novembre 1977 par l’ex-syndicat
DescendantsMadhouse · Sunrise · Studio Pierrot · Shaft

En 1961, Osamu Tezuka quitte Toei Animation et fonde Mushi Production — littéralement « Production de l’insecte » — par rivalité directe avec son ancien employeur. Son modèle : proposer un budget unitaire épisodique délibérément sous-évalué pour remporter les appels d’offre télévisés, quitte à travailler à perte. Ce modèle économique suicidaire va tuer le studio en douze ans et définir l’industrie anime pendant soixante.

Le 1er janvier 1963, Astro Boy (Tetsuwan Atom) diffuse son premier épisode sur Fuji TV. C’est la première série animée hebdomadaire de la télévision japonaise. Ratings de pointe : 40,7%. Pour tenir ce rythme (un épisode de 30 minutes par semaine), Tezuka et son équipe inventent l’animation limitée : cycles répétés, bouches desynchronisées, caméra qui bouge plutôt que les personnages. Une contrainte de budget qui devient un style mondial.

La faillite et ses héritages

En 1973, écrasé par ses dettes, Mushi Production dépose le bilan. La dissolution est une explosion : chaque fragment devient un studio. Masao Maruyama, Osamu Dezaki, Rintaro et Yoshiaki Kawajiri fondent Madhouse. D’autres ex-Mushi fondent Sunrise. Studio Pierrot, Shaft, Group TAC, Kyoto Animation (en partie) — tous ont absorbé des membres de l’équipe dissoute. Mushi est mort, mais chaque grand studio japonais actuel porte en lui un fragment de son ADN.

En 1977, l’ex-syndicat du studio relance une Mushi Production reconstituée, très modeste, spécialisée dans la sous-traitance. Elle existe encore en 2026 — fantôme institutionnel du studio qui a tout fondé.

Mushi Production a inventé le modèle économique qui tue les animateurs japonais encore aujourd’hui. C’est son héritage le plus durable — et le plus amer.
IV — Tezuka Productions
Portrait de studio · Fondé 1968 · Nerima → Shinjuku · Tōkyō

Tezuka
Productions

手塚プロダクション · Fondé 1968 par Osamu Tezuka · Dirigé par Makoto Tezuka

Quand Mushi Production commençait à sombrer, Tezuka avait déjà fondé son successeur. Tezuka Productions n’est pas un studio comme les autres : c’est le gardien d’une œuvre, l’institution qui gère et perpétue l’héritage du « dieu du manga ». Mais c’est aussi un studio d’animation à part entière qui a produit des œuvres majeures.

Fondé1968 par Osamu Tezuka
Rôle initialGestion droits + sous-traitance Mushi
Post-failliteAnimation plein temps dès 1973
Tezuka décède9 février 1989 60 ans
Directeur actuelMakoto Tezuka fils d’Osamu
MissionAdapter + préserver l’œuvre d’Osamu Tezuka

En 1968, Tezuka quitte la direction de Mushi Production pour fonder Tezuka Productions comme division de gestion des droits et des mangas. Il a déjà compris que Mushi coulera. Pendant les premières années, le studio prend en sous-traitance des travaux de Mushi — courts métrages, séries ponctuelles — tout en gérant les droits d’auteur considérables du catalogue de Tezuka.

Après la faillite de Mushi en 1973, Tezuka Productions passe à la production d’animation plein temps. Les œuvres phares : une relecture d’Astro Boy en couleur (1980), Black Jack (TV, 2004), et plusieurs productions qui revisitent le catalogue Tezuka sous des directions créatives fidèles à l’esprit de l’auteur. Makoto Tezuka, son fils, dirige aujourd’hui le studio avec pour mission d’adapter les œuvres posthumes de son père et de maintenir vivante une bibliothèque de plusieurs centaines de titres.

Fait notable : en 2011, Tezuka Productions coproduit avec MAPPA la série Kids on the Slope (réal. Shinichirō Watanabe) — une collaboration entre un studio fondé par Masao Maruyama (ex-Mushi) et la maison Tezuka. Un retour aux origines, soixante ans après.

AnnéeTitreNote
1971-72Fushigi na Merumo (Marvelous Melmo)1re production propre
1980Astro Boy (remake couleur)★ 52 épisodes, NTV
1981Unico (film)Adaptation manga Tezuka
1989Décès d’Osamu TezukaMakoto Tezuka prend la tête
2003Astro Boy (remake 3e génération)Fuji TV
2004Black Jack (série TV)★ 61 épisodes
2011Kids on the Slope (avec MAPPA)Shinichirō Watanabe
V — Madhouse
Portrait de studio · Fondé 17 octobre 1972 · Nakano, Tōkyō · Filiale Nippon TV

Mad
house

マッドハウス · Fondé 1972 · Maruyama, Dezaki, Rintaro, Kawajiri

Quatre ex-Mushi Production, un bureau à Asagaya, et la conviction que l’animation peut être un art sérieux. Madhouse a produit Ninja Scroll, Perfect Blue, Paprika, Death Note, Hunter × Hunter et Frieren. Chaque décennie, un nouveau chef-d’œuvre. Chaque décennie, un nouveau départ.

Fondé17 octobre 1972 Asagaya Minami, Suginami
FondateursMaruyama · Dezaki · Rintaro · Kawajiri
FinancementYutaka Fujioka (TMS) initial
ActionnaireNippon TV 95% depuis 2014
Maruyama part2011 → fonde MAPPA
ActifOui Frieren 2023 · Overlord · etc.

Le 17 octobre 1972, quatre animateurs qui ont quitté Mushi Production dans la débâcle de sa faillite imminente s’installent à Asagaya et fondent Madhouse. Masao Maruyama (le producteur), Osamu Dezaki (le réalisateur visionnaire), Rintaro (le vétéran), Yoshiaki Kawajiri (le styliste du noir). Financement initial : Yutaka Fujioka de TMS, qui comprend immédiatement l’intérêt d’avoir Dezaki dans son orbite.

Les premières années, Madhouse est un sous-traitant de qualité pour TMS — Ace o Nerae! (1973, Dezaki réalisateur) pose les bases du style de la maison : éclairages dramatiques, split-screen, postcard memories. Dans les années 80, le studio s’attaque à l’OVA adulte : Wicked City (1987, Yoshiaki Kawajiri), première grande production indépendante.

Les années 90-2000 — Satoshi Kon et la reconnaissance mondiale

Madhouse recrute Satoshi Kon en 1995. Perfect Blue (1997), Millennium Actress (2001), Tokyo Godfathers (2003), Paprika (2006) — quatre films qui établissent Kon comme le plus grand réalisateur d’animation japonaise de sa génération. Ghost in the Shell 2: Innocence de Oshii est coproduit par Madhouse et Production I.G en 2004. La décennie 2000-2010 ajoute Death Note, Vampire Hunter D: Bloodlust, Black Lagoon, Trigun, NANA.

En 2011, Maruyama quitte Madhouse à 70 ans pour fonder MAPPA. Nippon TV entre au capital. Le studio change d’ère — mais pas de qualité : Hunter × Hunter (2011-2014, 148 épisodes), One Punch Man Saison 1 (2015), Overlord (2015), et en 2023 le phénomène mondial Frieren: Beyond Journey’s End.

AnnéeTitreRéalisateur
1973Ace o Nerae!Dezaki ★ Style Madhouse fondateur
1987Wicked CityKawajiri
1993Ninja ScrollKawajiri ★ Classique mondial
1997Perfect BlueSatoshi Kon ★★
2001Millennium ActressSatoshi Kon
2006PaprikaSatoshi Kon ★★ Inspirateur de Inception
2006Death NoteAraki
2011-14Hunter × Hunter148 épisodes
2023Frieren: Beyond Journey’s EndSaito ★★ Anime de l’année 2023
VI — Sunrise / Bandai Namco Filmworks
Portrait de studio · Fondé 1972 · Suginami · Filiale Bandai Namco Holdings (2022 : Bandai Namco Filmworks)

Sunrise
/ Bandai Namco Filmworks

サンライズ · Sunrise Studio 1972 → Nippon Sunrise 1977 → Sunrise 1987 → Bandai Namco Filmworks 2022

Gundam. Cowboy Bebop. Code Geass. Inuyasha. Sunrise a inventé le real robot, dominé le marché du mecha pendant cinquante ans, et produit le plus grand nombre d’œuvres récompensées au Grand Prix Animage de l’histoire. Puis il est devenu Bandai Namco Filmworks — mais le mot Sunrise reste.

FondéSeptembre 1972 Sunrise Studio Ltd., Suginami
OriginesEx-Mushi Production 6 animateurs fondateurs
RenamesNippon Sunrise 1977 → Sunrise 1987
Rachat BandaiFévrier 1994 puis Bandai Namco 2005
Rename 2022Bandai Namco Filmworks 1er avril 2022
SpécialitéMecha real robot Gundam · Code Geass

En septembre 1972, six ex-animateurs de Mushi Production fondent Sunrise Studio à Suginami. Leur philosophie, dès le départ, est radicalement différente de celle de leurs confrères Madhouse : là où Madhouse mise sur les réalisateurs-auteurs, Sunrise mise sur les producteurs. Ce n’est pas le créateur qui mène, c’est la machine à produire. Cette philosophie leur vaut un avantage décisif dans un marché qui a besoin de régularité industrielle.

La relation avec Bandai est structurante depuis le début : Sunrise produit des séries dont les robots se vendent en jouets. En 1979, ce modèle atteint son apogée avec Mobile Suit Gundam de Yoshiyuki Tomino — une série révolutionnaire qui transforme le super robot en real robot (avec logique militaire et politique) et définit un genre entier. Le Grand Prix Animage 1979, puis 1980, confirme le succès.

Gundam comme franchise perpétuelle

Gundam génère des dizaines de séries, films et OVA depuis 1979. C’est la franchise la plus durable de l’animation japonaise. Mais Sunrise n’est pas qu’une usine à Gundam : Cowboy Bebop (Shinichirō Watanabe, 1998), Escaflowne (1996), Code Geass (2006-07, Grand Prix Animage), Tiger & Bunny (2011) — la liste des créations originales audacieuses est longue.

En 2022, Bandai Namco Holdings fusionne Sunrise avec Bandai Namco Arts et Bandai Namco Rights Marketing pour créer Bandai Namco Filmworks. Le nom Sunrise est préservé comme marque de l’IP Production Group. Aucune production ne change — mais l’institution change de nom pour la 4e fois en cinquante ans.

AnnéeTitreNote
1976Combattler V (coproduction Toei)Robot Romance Trilogy
1979Mobile Suit Gundam★★ Grand Prix Animage 1979-80
1981Space Runaway IdeonGrand Prix Animage 1980 (2e moitié)
1995-96EscaflowneFantasy mecha
1998Cowboy Bebop★★ Watanabe — classique mondial
2002-05Gundam SEED / SEED DestinyGrand Prix Animage 2002-05
2006-08Code Geass 1 & 2★★ Grand Prix Animage 2006-08
2011Tiger & BunnySuper-héros japonais
VII — Gainax
Portrait de studio · Fondé 24 décembre 1984 · Dissous décembre 2025

Gain
ax

ガイナックス · Fondé 1984 · Anno · Yamaga · Sadamoto · Higuchi · Dissous 2025

Des fans qui ont fait leur propre anime pour une convention SF. Bandai leur donne 800 millions de yens. Ils font Evangelion. Puis ils gèrent mal l’argent, perdent Anno, puis perdent Trigger, puis sont condamnés pour agression sexuelle, puis font faillite. Quarante ans d’une existence aussi brillante que chaotique.

Fondé24 décembre 1984 Musashino, Tōkyō
FondateursAnno · Yamaga · Sadamoto · Akai · Okada · Higuchi
OrigineDaicon Film fans SF d’Osaka
Anno quitte2006 → fonde Studio Khara
FailliteMai 2024
DissolutionDécembre 2025 confirmation officielle

En 1981 et 1983, un groupe d’étudiants d’Osaka produit pour les conventions SF japonaises (Daicon III et IV) deux courts métrages d’animation amateurs d’une qualité stupéfiante — des fanboys qui dessinent mieux que la plupart des professionnels. Bandai les remarque. En décembre 1984, ils fondent Gainax (le mot vient d’un dialecte de Shimane, signifiant « grand, superbe ») et reçoivent 800 millions de yens pour produire Royal Space Force : Les Ailes d’Honnêamise (1987).

Le film est un échec commercial — mais une révélation technique. Gainax enchaîne : Gunbuster (1988-89, Anno réalisateur), Nadia (1990-91). Puis en 1995, Neon Genesis Evangelion. 26 épisodes. La série qui a changé l’anime — et le monde culturel japonais. Revenues : plus de 150 milliards de yens sur l’ensemble de la franchise.

La gloire et le chaos

Anno quitte Gainax en 2006 pour fonder Studio Khara et produire la tétralogie Rebuild of Evangelion. Les droits d’Evangelion restent une source de litige permanente entre Gainax et Khara. En 2011, une partie du studio fonde Studio Trigger (Gurren Lagann, Kill la Kill, Cyberpunk: Edgerunners). En 2019, le PDG de Gainax est arrêté pour agression sexuelle sur une actrice en devenir. En mai 2024, faillite. En décembre 2025, dissolution définitive confirmée par Anno lui-même, actionnaire depuis la fondation.

AnnéeTitreNote
1987Royal Space Force : Wings of Honnêamise800M¥ — 1er long métrage
1988-89GunbusterAnno réalisateur — OAV
1990-91Nadia : le secret de l’eau bleueGrand Prix Animage 1991
1995-96Neon Genesis Evangelion★★ Franchise >150 milliards ¥
1997The End of Evangelion★★
2000FLCL (avec Production I.G)Cult classic
2007Gurren LagannGrand Prix Animage 2007
2024Faillite · 2025 : DissolutionFin de 40 ans d’histoire
VIII — Production I.G
Portrait de studio · Fondé 15 décembre 1987 · Kokubunji → Musashino · Groupe IG Port

Production
I.G

プロダクション・アイジー · I.G Tatsunoko 1987 → Production I.G 1993 · Ishikawa + Gotō

I comme Ishikawa. G comme Gotō. Un studio fondé sur deux initiales et une ambition : que l’anime soit un art autonome, pas une extension du manga. Ghost in the Shell leur a donné raison devant le monde entier. Le reste — Patlabor, Jin-Roh, Attack on Titan, Haikyuu — a confirmé.

Fondé15 décembre 1987 I.G Tatsunoko Limited
FondateursMitsuhisa Ishikawa + Takayuki Gotō
IG = initialesIshikawa + Gotō
RenameProduction I.G septembre 1993
GroupeIG Port holding depuis 2007
Partenaire cléMamoru Oshii depuis 1987

Le 15 décembre 1987, Mitsuhisa Ishikawa et le character designer Takayuki Gotō créent I.G Tatsunoko Limited — une scission de l’annexe tokyoïte de Tatsunoko Production, soutenue initialement par Tatsunoko et Kyoto Animation (alors simple sous-traitant). Le nom I.G vient de leurs initiales respectives.

Leurs premières productions majeures sont les adaptations du collectif Headgear : les OVA Patlabor (1988), puis le premier film Patlabor : The Movie (1989, réal. Mamoru Oshii). La relation avec Oshii est fondatrice — il deviendra le réalisateur-emblème du studio pour deux décennies.

Ghost in the Shell (1995) — l’œuvre qui change tout

En 1993, le studio coupe définitivement le lien capitalistique avec Tatsunoko et prend son nom actuel : Production I.G. Deux ans plus tard, il produit Ghost in the Shell (Oshii, 1995) — coproduction japonaise-britannique qui atteint la 1ère place des ventes vidéo aux États-Unis en 1996 et inspire directement les Wachowski pour The Matrix. C’est le premier film d’animation japonais à comporter des effets numériques superposés à une animation dessinée à la main.

La suite : Jin-Roh (Hiroyuki Okiura, 1999), Blood: The Last Vampire (2000), l’animation de la séquence « Kill Bill Vol. 1 » pour Tarantino (2003), la série Ghost in the Shell: Stand Alone Complex (Kenji Kamiyama, 2002-05), Eden of the East (2009). En 2012, le studio cofonde la holding Wit Studio — qui produira Attack on Titan saisons 1-3.

AnnéeTitreNote
1988-89Patlabor OVAHeadgear — Oshii
1989Patlabor : The MovieOshii — Ogura DA
1993Patlabor 2Rename I.G même année
1995Ghost in the Shell★★ N°1 Billboard US 1996 — inspire Matrix
1999Jin-Roh : The Wolf BrigadeOkiura réalisateur
2002-05Ghost in the Shell: Stand Alone ComplexKamiyama
2004Innocence (GITS 2)★ 1er anime en compétition à Cannes
2009Eden of the EastKenji Kamiyama
2013-22Haikyuu!!Sport anime
IX — Studio Ghibli
Portrait de studio · Fondé 15 juin 1985 · Kichijoji → Koganei, Tōkyō

Studio
Ghibli

スタジオジブリ · Fondé 15 juin 1985 · Miyazaki · Takahata · Suzuki · Topcraft → Ghibli

Ghibli ne produit pas de l’anime. Il produit des films. Des films de cinéma au sens plein — qui tiennent dans la durée, qui traversent les cultures, qui font pleurer les adultes autant que les enfants. Le Voyage de Chihiro est le seul film d’animation à avoir remporté la Palme d’Or à Berlin et l’Oscar simultaneously. Le seul.

Fondé15 juin 1985 ex-Topcraft, Kichijoji
FondateursMiyazaki · Takahata · Suzuki · Tokuma Shoten
NomGhibli vent chaud saharien (arabe libyen)
1er filmLe Château dans le ciel 1986
Indépendant2005 scission Tokuma Shoten
PartenaireNippon TV 2023 acquisition partielle

En 1984, Nausicaä de la Vallée du Vent de Hayao Miyazaki sort et triomphe — produit par le studio Topcraft. Topcraft dépose le bilan peu après. Miyazaki, Isao Takahata et l’éditeur-producteur Toshio Suzuki rachètent les actifs et le rebaptisent Studio Ghibli le 15 juin 1985. Le nom vient du mot arabe libyen pour désigner le vent chaud du désert — Miyazaki voulait « souffler un vent nouveau sur le monde de l’anime ».

La méthode Ghibli est unique dans l’industrie : Miyazaki insiste pour que chaque plan soit dessiné à la main, sans recyclage. L’équivalent d’un film Ghibli moyen requiert 150 000 à 200 000 dessins. C’est économiquement déraisonnable. C’est artistiquement inattaquable.

Un palmarès sans équivalent

Le Voyage de Chihiro (2001) remporte l’Ours d’Or à Berlin et l’Oscar du meilleur film d’animation — la seule fois dans l’histoire qu’un film d’animation non américain remporte ces deux distinctions. Le Tombeau des lucioles (Takahata, 1988) est étudié dans les cours de cinéma au même titre que les films de Kurosawa. Innocence (2004) est le premier film d’animation sélectionné en compétition pour la Palme d’Or à Cannes (coproduit avec I.G — mais il s’agit de Oshii, pas Ghibli). En 2023, Le Garçon et le Héron de Miyazaki (supposément son « dernier film » pour la 3e fois) remporte l’Oscar.

AnnéeTitreRéalisateur
1986Le Château dans le cielMiyazaki
1988Mon voisin TotoroMiyazaki ★★ Symbole mondial Ghibli
1988Le Tombeau des luciolesTakahata ★★
1989Kiki la petite sorcièreMiyazaki
1997Princesse MononokéMiyazaki — record box-office JP
2001Le Voyage de ChihiroMiyazaki ★★ Ours d’Or Berlin + Oscar
2013Le Vent se lèveMiyazaki
2013Le Conte de la Princesse KaguyaTakahata ★★
2023Le Garçon et le HéronMiyazaki ★★ Oscar 2024
X — MAPPA
Portrait de studio · Fondé 14 juin 2011 · Suginami, Tōkyō

MAP
PA

株式会社MAPPA · Maruyama Animation Produce Project Association · Fondé 2011

Un homme de 70 ans quitte Madhouse pour tout recommencer. En quinze ans, MAPPA devient le studio le plus commercialement dominant de l’anime mondial — et le plus controversé pour ses conditions de travail. Jujutsu Kaisen, Attack on Titan, Chainsaw Man : trois des cinq franchises les plus lucratives de la décennie sortent du même studio. Les animateurs s’effondrent d’épuisement. Le débat n’est pas résolu.

Fondé14 juin 2011 par Masao Maruyama
MAPPA = acronymeMaruyama Animation Produce Project Association
SiègeSuginami, Tōkyō
Maruyama part2016 → Studio M2
PDG actuelManabu Otsuka depuis 2016
SpécialitéShōnen dark · action cinématique · prestige

En juin 2011, Masao Maruyama — cofondateur de Madhouse, 70 ans — quitte le studio qu’il a créé quarante ans plus tôt parce qu’il le trouve devenu trop corporatif. Il fonde MAPPA (Maruyama Animation Produce Project Association) avec l’ambition initiale de produire des œuvres artistiquement risquées sans pression commerciale. Cette ambition dure cinq ans.

Les premières productions MAPPA — Kids on the Slope (Watanabe, 2012), Terror in Resonance (Watanabe, 2014), Dans un recoin de ce monde (2016, film — Japan Academy Prize meilleur film d’animation) — confirment la vision. En 2016, Yuri!!! on Ice devient un phénomène mondial inattendu : une série de patinage artistique avec sous-texte romantique masculine qui explose tous les records de streaming hors Japon.

L’empire du shōnen dark

Maruyama part en 2016. Sous Manabu Otsuka, MAPPA entre dans une phase d’expansion agressive : Jujutsu Kaisen (2020), Attack on Titan : The Final Season (2020-2023, reprise de Wit Studio), Chainsaw Man (2022). Le studio produit simultanément les trois franchises Shōnen les plus lucratives du moment — ce que l’industrie appelle le « Dark Trio » de Jump. Les revenus s’envolent. Les conditions de travail aussi : des animateurs témoignent de 72 heures de travail consécutives, de salaires insuffisants, d’un taux de turnover alarmant.

En 2023, MAPPA contribue à la formation du groupe Anime Blender Explorers avec Toei et d’autres studios, pour intégrer le logiciel open-source Blender dans la production. Un geste vers la modernisation qui ne résout pas la question structurelle de l’industrie.

AnnéeTitreNote
2012Kids on the Slope (avec Tezuka Productions)Shinichirō Watanabe
2014Terror in ResonanceWatanabe
2016Dans un recoin de ce monde (film)★ Japan Academy Prize
2016Yuri!!! on Ice★ Phénomène mondial
2018Banana FishHiroko Utsumi — DA Mizutani
2020Jujutsu Kaisen★★ >150 milliards ¥ franchise
2020-23Attack on Titan : The Final Season★★ Reprise de Wit — acclamé
2022Chainsaw Man★ Dark Trio
XI — OLM Inc.
Portrait de studio · Fondé juin 1994 · Setagaya, Tōkyō · Filiale Imagica Group

OLM
Inc.

株式会社オー・エル・エム · Oriental Light and Magic · Fondé 1994

OLM n’est pas le studio le plus célèbre. C’est probablement le plus regardé. Depuis 1997, chaque semaine, dans 100 pays, des enfants regardent Pokémon — produit par OLM. Plus de 1 200 épisodes, 23 films, un chiffre d’affaires de franchise estimé à 150 milliards de dollars. Derrière Pikachu : une équipe de neuf fondateurs dans un appartement de Tōkyō en 1994.

FondéJuin 1994 Oriental Light and Magic
OLM = acronymeOriental Light and Magic hommage à ILM
FondateursOkuno · Kanda · Yuyama · Takahashi · Chiba + 4
1re sérieWedding Peach 1995 magical girl
PokémonDepuis 1997 1000+ épisodes + films
PropriétaireImagica Group 51,33% depuis 2016

En juin 1994, neuf professionnels issus des studios OB Planning, Studio Pastel et Studio Gallop fondent Oriental Light and Magic à Tōkyō — le nom est un hommage délibéré à Industrial Light & Magic (ILM), la société d’effets visuels de George Lucas. La première production est un magical girl (Wedding Peach, 1995). OLM Digital, sa filiale CG, est créée l’année suivante — très tôt pour l’industrie anime.

En 1997, Pokémon est diffusé pour la première fois sur TV Tokyo. Le studio est choisi pour animer la série adaptant le jeu Game Boy de Nintendo. Le réalisateur de la série est Kunihiko Yuyama, l’un des neuf fondateurs d’OLM. Le reste est de l’histoire économique : la franchise Pokémon est aujourd’hui la franchise de divertissement la plus lucrative de l’histoire mondiale, dépassant Star Wars, Hello Kitty et Marvel.

Au-delà de Pikachu

Hors de la sphère Pokémon, OLM produit des œuvres régulièrement sous-estimées. Inazuma Eleven (2008-2014), Beyblade Burst (2016-2022), Yo-kai Watch (2014-2018) — les franchises pour enfants. Mais aussi, dans les années 2020, des œuvres pour public adulte d’un niveau critique élevé : Odd Taxi (2021), satire sociale noire et maline, et L’Apothicaire / The Apothecary Diaries (2023, une des meilleures séries de sa saison). La diversification est en cours — lentement, mais sûrement.

En 2016, OLM cède une participation majoritaire à l’Imagica Group pour 2,858 milliards de yens (environ 23 millions de dollars). La structure actuelle compte sept équipes de production indépendantes (les « Teams »), chacune dirigée par un producteur animateur — un modèle organisationnel unique dans l’industrie.

AnnéeTitreNote
1995Wedding Peach1re série OLM
1997Pokémon (série TV)★★ Franchise N°1 mondiale
1998Pokémon, le film1er film annuel — série continue
2008-14Inazuma ElevenFoot + magie — succès international
2014-18Yo-kai WatchPhénomène Japon
2021Odd Taxi★ Satire sociale — acclamé critique
2023L’Apothicaire / The Apothecary Diaries★ Anime de saison
SAKUGACEL · Dossier studios japonais 11 portraits · Toei · TMS · Mushi · Tezuka Pro · Madhouse · Sunrise · Gainax · I.G · Ghibli · MAPPA · OLM
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