Portraits de studios · SAKUGACEL
Onze grands studios —
l’architecture de l’animation japonaise
De Toei (1948) à MAPPA (2011), chaque studio est une génération, une philosophie, une rupture. Ce dossier retrace onze trajectoires institutionnelles qui, ensemble, expliquent comment l’animation japonaise est devenue la première industrie culturelle mondiale de son genre.
Toei
Animation
東映アニメーション · Nihon Dōga 1948 → Toei Dōga 1956 → Toei Animation 1998
Le plus ancien, le plus grand, le plus prolifique. Toei Animation a inventé le magical girl, codifié le super robot, et produit Dragon Ball, Sailor Moon, One Piece et Saint Seiya. Il a formé Miyazaki, Takahata et Tezuka — puis les a vus tous partir. Et il est encore là.
Le 23 janvier 1948, les animateurs Kenzō Masaoka et Zenjirō Yamamoto fondent à Shinjuku la Nihon Dōga (Japan Animated Films) dans des salles de classe vides d’un lycée. Leur ambition : créer un équivalent japonais de Disney. En 1956, le groupe Toei rachète la structure et la rebaptise Toei Dōga, injectant les ressources nécessaires pour faire de son rêve une réalité.
En 1958, Hakujaden (Le Serpent blanc) sort — premier long métrage d’animation couleur japonais. Le style est délibérément disneyen. Parmi les animateurs présents sur ce projet : un certain Hayao Miyazaki, alors simple intervalliste, et Isao Takahata, assistant réalisateur. Osamu Tezuka lui-même avait travaillé pour Toei avant d’en repartir pour fonder Mushi Production en 1961, irrité par les conditions.
L’ère du super robot et du magical girl
À partir de 1966, Toei invente le magical girl avec Sally la petite sorcière (Mahōtsukai Sally), adaptation du manga de Mitsuteru Yokoyama. Le genre ne s’arrêtera plus. Parallèlement, le studio adapte les mangas de Gō Nagai : Devilman (1972), Mazinger Z (1972), Goldorak (1975-77) — définissant le super robot tel que nous le connaissons encore. Tomoharu Katsumata y dirige l’essentiel de ces productions.
Dans les années 80, Toei sous-traite pour l’animation américaine — Transformers, G.I. Joe, My Little Pony, Jem — puis se repositionne entièrement sur les adaptations Shōnen Jump : Dragon Ball (1986), Saint Seiya (1986), Sailor Moon (1992), One Piece (1999).
| Année | Titre | Importance |
|---|---|---|
| 1958 | Hakujaden | ★ 1er long métrage couleur japonais |
| 1966 | Sally la petite sorcière | ★ 1er magical girl |
| 1968 | Le Château de Cagliostro (Miyazaki, co-prod.) | |
| 1972 | Devilman / Mazinger Z | ★ Codifie le super robot |
| 1975 | Goldorak | ★★ Phénomène France 1978 |
| 1986 | Dragon Ball | ★★ Franchise mondiale |
| 1986 | Saint Seiya | ★ Grand Prix Animage 1987 |
| 1992 | Sailor Moon | ★★ Grand Prix Animage 1992 |
| 1999 | One Piece | ★★ Toujours en cours 2026 |
| 2015 | Miraculous Ladybug | Coproduction franco-japonaise |
TMS
Entertainment
トムス・エンタテインメント · Tokyo Movie 1964 → Tokyo Movie Shinsha 1977 → TMS 2000
C’est chez TMS que Miyazaki a réalisé Le Château de Cagliostro. C’est chez TMS qu’Otomo a produit Akira. C’est chez TMS que Dezaki a inventé son style. Et c’est chez TMS que la connexion entre l’animation japonaise et le marché occidental a été bâtie — vingt ans avant que les streaming services n’existent.
En 1964, l’ancien fabricant de gants textiles Yutaka Fujioka lance Tokyo Movie et produit Big X, adaptation d’un manga d’Osamu Tezuka. La décision est symbolique : TMS ne sera pas un studio d’animateurs maison, mais un producteur qui sait trouver les meilleurs talents. En 1965, il fonde A-Production comme sous-traitant — qui accueille Yasuo Ōtsuka, futur mentor de Miyazaki, Dezaki, et toute une génération.
La rupture arrive en 1971 avec Lupin III Part I (Miyazaki et Takahata codirecteurs, puis Dezaki). La série crée un style unique : fluidité, humour, action sophistiquée. En 1977, Tokyo Movie se restructure en Tokyo Movie Shinsha et Lupin III Part II devient un triomphe. La même année, Fujioka crée Madhouse — avec des fonds TMS — et le studio sous-traitant de Dezaki.
Akira (1988) et le record du budget
En 1988, Fujioka injecte 1,1 milliard de yens — record absolu de l’époque — dans la production d’Akira de Katsuhiro Otomo. Le budget de Miyazaki’s Mamo (1978) était déjà de 500 millions : TMS n’a jamais eu peur des chiffres. Akira devient le film qui ouvrira le marché mondial à l’animation japonaise adulte. C’est la coproduction la plus influente de l’histoire du médium.
| Année | Titre | Note |
|---|---|---|
| 1964 | Big X | 1re production |
| 1971 | Lupin III Part I | ★ Miyazaki / Takahata / Dezaki |
| 1977 | Lupin III Part II | Triomphe d’audience |
| 1979 | Le Château de Cagliostro | ★ Miyazaki 1er long métrage |
| 1980 | Lady Oscar / Rose de Versailles | Phénomène France |
| 1983 | Golgo 13 : The Professional | ★ Dezaki — 1er film adulte TMS |
| 1988 | Akira | ★★ 1,1 milliard ¥ — Otomo |
| 1996 | Detective Conan | Toujours en cours 2026 |
| 2010+ | Westerns : Batman, Spider-Man (animation) | Sous-traitance US |
Mushi
Production
虫プロダクション · Fondé 1961 par Osamu Tezuka · Faillite 1973 · Refondé 1977
Il a existé douze ans. En douze ans, il a inventé la série TV animée japonaise, établi la technique de l’animation limitée, formé Dezaki, Rintaro, Tomino, Kawajiri — et produit par désespoir financier le premier film d’animation pour adultes du Japon. Mushi Production est mort en 1973. Tout ce qui a suivi descend de lui.
En 1961, Osamu Tezuka quitte Toei Animation et fonde Mushi Production — littéralement « Production de l’insecte » — par rivalité directe avec son ancien employeur. Son modèle : proposer un budget unitaire épisodique délibérément sous-évalué pour remporter les appels d’offre télévisés, quitte à travailler à perte. Ce modèle économique suicidaire va tuer le studio en douze ans et définir l’industrie anime pendant soixante.
Le 1er janvier 1963, Astro Boy (Tetsuwan Atom) diffuse son premier épisode sur Fuji TV. C’est la première série animée hebdomadaire de la télévision japonaise. Ratings de pointe : 40,7%. Pour tenir ce rythme (un épisode de 30 minutes par semaine), Tezuka et son équipe inventent l’animation limitée : cycles répétés, bouches desynchronisées, caméra qui bouge plutôt que les personnages. Une contrainte de budget qui devient un style mondial.
La faillite et ses héritages
En 1973, écrasé par ses dettes, Mushi Production dépose le bilan. La dissolution est une explosion : chaque fragment devient un studio. Masao Maruyama, Osamu Dezaki, Rintaro et Yoshiaki Kawajiri fondent Madhouse. D’autres ex-Mushi fondent Sunrise. Studio Pierrot, Shaft, Group TAC, Kyoto Animation (en partie) — tous ont absorbé des membres de l’équipe dissoute. Mushi est mort, mais chaque grand studio japonais actuel porte en lui un fragment de son ADN.
En 1977, l’ex-syndicat du studio relance une Mushi Production reconstituée, très modeste, spécialisée dans la sous-traitance. Elle existe encore en 2026 — fantôme institutionnel du studio qui a tout fondé.
Tezuka
Productions
手塚プロダクション · Fondé 1968 par Osamu Tezuka · Dirigé par Makoto Tezuka
Quand Mushi Production commençait à sombrer, Tezuka avait déjà fondé son successeur. Tezuka Productions n’est pas un studio comme les autres : c’est le gardien d’une œuvre, l’institution qui gère et perpétue l’héritage du « dieu du manga ». Mais c’est aussi un studio d’animation à part entière qui a produit des œuvres majeures.
En 1968, Tezuka quitte la direction de Mushi Production pour fonder Tezuka Productions comme division de gestion des droits et des mangas. Il a déjà compris que Mushi coulera. Pendant les premières années, le studio prend en sous-traitance des travaux de Mushi — courts métrages, séries ponctuelles — tout en gérant les droits d’auteur considérables du catalogue de Tezuka.
Après la faillite de Mushi en 1973, Tezuka Productions passe à la production d’animation plein temps. Les œuvres phares : une relecture d’Astro Boy en couleur (1980), Black Jack (TV, 2004), et plusieurs productions qui revisitent le catalogue Tezuka sous des directions créatives fidèles à l’esprit de l’auteur. Makoto Tezuka, son fils, dirige aujourd’hui le studio avec pour mission d’adapter les œuvres posthumes de son père et de maintenir vivante une bibliothèque de plusieurs centaines de titres.
Fait notable : en 2011, Tezuka Productions coproduit avec MAPPA la série Kids on the Slope (réal. Shinichirō Watanabe) — une collaboration entre un studio fondé par Masao Maruyama (ex-Mushi) et la maison Tezuka. Un retour aux origines, soixante ans après.
| Année | Titre | Note |
|---|---|---|
| 1971-72 | Fushigi na Merumo (Marvelous Melmo) | 1re production propre |
| 1980 | Astro Boy (remake couleur) | ★ 52 épisodes, NTV |
| 1981 | Unico (film) | Adaptation manga Tezuka |
| 1989 | Décès d’Osamu Tezuka | Makoto Tezuka prend la tête |
| 2003 | Astro Boy (remake 3e génération) | Fuji TV |
| 2004 | Black Jack (série TV) | ★ 61 épisodes |
| 2011 | Kids on the Slope (avec MAPPA) | Shinichirō Watanabe |
Mad
house
マッドハウス · Fondé 1972 · Maruyama, Dezaki, Rintaro, Kawajiri
Quatre ex-Mushi Production, un bureau à Asagaya, et la conviction que l’animation peut être un art sérieux. Madhouse a produit Ninja Scroll, Perfect Blue, Paprika, Death Note, Hunter × Hunter et Frieren. Chaque décennie, un nouveau chef-d’œuvre. Chaque décennie, un nouveau départ.
Le 17 octobre 1972, quatre animateurs qui ont quitté Mushi Production dans la débâcle de sa faillite imminente s’installent à Asagaya et fondent Madhouse. Masao Maruyama (le producteur), Osamu Dezaki (le réalisateur visionnaire), Rintaro (le vétéran), Yoshiaki Kawajiri (le styliste du noir). Financement initial : Yutaka Fujioka de TMS, qui comprend immédiatement l’intérêt d’avoir Dezaki dans son orbite.
Les premières années, Madhouse est un sous-traitant de qualité pour TMS — Ace o Nerae! (1973, Dezaki réalisateur) pose les bases du style de la maison : éclairages dramatiques, split-screen, postcard memories. Dans les années 80, le studio s’attaque à l’OVA adulte : Wicked City (1987, Yoshiaki Kawajiri), première grande production indépendante.
Les années 90-2000 — Satoshi Kon et la reconnaissance mondiale
Madhouse recrute Satoshi Kon en 1995. Perfect Blue (1997), Millennium Actress (2001), Tokyo Godfathers (2003), Paprika (2006) — quatre films qui établissent Kon comme le plus grand réalisateur d’animation japonaise de sa génération. Ghost in the Shell 2: Innocence de Oshii est coproduit par Madhouse et Production I.G en 2004. La décennie 2000-2010 ajoute Death Note, Vampire Hunter D: Bloodlust, Black Lagoon, Trigun, NANA.
En 2011, Maruyama quitte Madhouse à 70 ans pour fonder MAPPA. Nippon TV entre au capital. Le studio change d’ère — mais pas de qualité : Hunter × Hunter (2011-2014, 148 épisodes), One Punch Man Saison 1 (2015), Overlord (2015), et en 2023 le phénomène mondial Frieren: Beyond Journey’s End.
| Année | Titre | Réalisateur |
|---|---|---|
| 1973 | Ace o Nerae! | Dezaki ★ Style Madhouse fondateur |
| 1987 | Wicked City | Kawajiri |
| 1993 | Ninja Scroll | Kawajiri ★ Classique mondial |
| 1997 | Perfect Blue | Satoshi Kon ★★ |
| 2001 | Millennium Actress | Satoshi Kon |
| 2006 | Paprika | Satoshi Kon ★★ Inspirateur de Inception |
| 2006 | Death Note | Araki |
| 2011-14 | Hunter × Hunter | 148 épisodes |
| 2023 | Frieren: Beyond Journey’s End | Saito ★★ Anime de l’année 2023 |
Sunrise
/ Bandai Namco Filmworks
サンライズ · Sunrise Studio 1972 → Nippon Sunrise 1977 → Sunrise 1987 → Bandai Namco Filmworks 2022
Gundam. Cowboy Bebop. Code Geass. Inuyasha. Sunrise a inventé le real robot, dominé le marché du mecha pendant cinquante ans, et produit le plus grand nombre d’œuvres récompensées au Grand Prix Animage de l’histoire. Puis il est devenu Bandai Namco Filmworks — mais le mot Sunrise reste.
En septembre 1972, six ex-animateurs de Mushi Production fondent Sunrise Studio à Suginami. Leur philosophie, dès le départ, est radicalement différente de celle de leurs confrères Madhouse : là où Madhouse mise sur les réalisateurs-auteurs, Sunrise mise sur les producteurs. Ce n’est pas le créateur qui mène, c’est la machine à produire. Cette philosophie leur vaut un avantage décisif dans un marché qui a besoin de régularité industrielle.
La relation avec Bandai est structurante depuis le début : Sunrise produit des séries dont les robots se vendent en jouets. En 1979, ce modèle atteint son apogée avec Mobile Suit Gundam de Yoshiyuki Tomino — une série révolutionnaire qui transforme le super robot en real robot (avec logique militaire et politique) et définit un genre entier. Le Grand Prix Animage 1979, puis 1980, confirme le succès.
Gundam comme franchise perpétuelle
Gundam génère des dizaines de séries, films et OVA depuis 1979. C’est la franchise la plus durable de l’animation japonaise. Mais Sunrise n’est pas qu’une usine à Gundam : Cowboy Bebop (Shinichirō Watanabe, 1998), Escaflowne (1996), Code Geass (2006-07, Grand Prix Animage), Tiger & Bunny (2011) — la liste des créations originales audacieuses est longue.
En 2022, Bandai Namco Holdings fusionne Sunrise avec Bandai Namco Arts et Bandai Namco Rights Marketing pour créer Bandai Namco Filmworks. Le nom Sunrise est préservé comme marque de l’IP Production Group. Aucune production ne change — mais l’institution change de nom pour la 4e fois en cinquante ans.
| Année | Titre | Note |
|---|---|---|
| 1976 | Combattler V (coproduction Toei) | Robot Romance Trilogy |
| 1979 | Mobile Suit Gundam | ★★ Grand Prix Animage 1979-80 |
| 1981 | Space Runaway Ideon | Grand Prix Animage 1980 (2e moitié) |
| 1995-96 | Escaflowne | Fantasy mecha |
| 1998 | Cowboy Bebop | ★★ Watanabe — classique mondial |
| 2002-05 | Gundam SEED / SEED Destiny | Grand Prix Animage 2002-05 |
| 2006-08 | Code Geass 1 & 2 | ★★ Grand Prix Animage 2006-08 |
| 2011 | Tiger & Bunny | Super-héros japonais |
Gain
ax
ガイナックス · Fondé 1984 · Anno · Yamaga · Sadamoto · Higuchi · Dissous 2025
Des fans qui ont fait leur propre anime pour une convention SF. Bandai leur donne 800 millions de yens. Ils font Evangelion. Puis ils gèrent mal l’argent, perdent Anno, puis perdent Trigger, puis sont condamnés pour agression sexuelle, puis font faillite. Quarante ans d’une existence aussi brillante que chaotique.
En 1981 et 1983, un groupe d’étudiants d’Osaka produit pour les conventions SF japonaises (Daicon III et IV) deux courts métrages d’animation amateurs d’une qualité stupéfiante — des fanboys qui dessinent mieux que la plupart des professionnels. Bandai les remarque. En décembre 1984, ils fondent Gainax (le mot vient d’un dialecte de Shimane, signifiant « grand, superbe ») et reçoivent 800 millions de yens pour produire Royal Space Force : Les Ailes d’Honnêamise (1987).
Le film est un échec commercial — mais une révélation technique. Gainax enchaîne : Gunbuster (1988-89, Anno réalisateur), Nadia (1990-91). Puis en 1995, Neon Genesis Evangelion. 26 épisodes. La série qui a changé l’anime — et le monde culturel japonais. Revenues : plus de 150 milliards de yens sur l’ensemble de la franchise.
La gloire et le chaos
Anno quitte Gainax en 2006 pour fonder Studio Khara et produire la tétralogie Rebuild of Evangelion. Les droits d’Evangelion restent une source de litige permanente entre Gainax et Khara. En 2011, une partie du studio fonde Studio Trigger (Gurren Lagann, Kill la Kill, Cyberpunk: Edgerunners). En 2019, le PDG de Gainax est arrêté pour agression sexuelle sur une actrice en devenir. En mai 2024, faillite. En décembre 2025, dissolution définitive confirmée par Anno lui-même, actionnaire depuis la fondation.
| Année | Titre | Note |
|---|---|---|
| 1987 | Royal Space Force : Wings of Honnêamise | 800M¥ — 1er long métrage |
| 1988-89 | Gunbuster | Anno réalisateur — OAV |
| 1990-91 | Nadia : le secret de l’eau bleue | Grand Prix Animage 1991 |
| 1995-96 | Neon Genesis Evangelion | ★★ Franchise >150 milliards ¥ |
| 1997 | The End of Evangelion | ★★ |
| 2000 | FLCL (avec Production I.G) | Cult classic |
| 2007 | Gurren Lagann | Grand Prix Animage 2007 |
| 2024 | Faillite · 2025 : Dissolution | Fin de 40 ans d’histoire |
Production
I.G
プロダクション・アイジー · I.G Tatsunoko 1987 → Production I.G 1993 · Ishikawa + Gotō
I comme Ishikawa. G comme Gotō. Un studio fondé sur deux initiales et une ambition : que l’anime soit un art autonome, pas une extension du manga. Ghost in the Shell leur a donné raison devant le monde entier. Le reste — Patlabor, Jin-Roh, Attack on Titan, Haikyuu — a confirmé.
Le 15 décembre 1987, Mitsuhisa Ishikawa et le character designer Takayuki Gotō créent I.G Tatsunoko Limited — une scission de l’annexe tokyoïte de Tatsunoko Production, soutenue initialement par Tatsunoko et Kyoto Animation (alors simple sous-traitant). Le nom I.G vient de leurs initiales respectives.
Leurs premières productions majeures sont les adaptations du collectif Headgear : les OVA Patlabor (1988), puis le premier film Patlabor : The Movie (1989, réal. Mamoru Oshii). La relation avec Oshii est fondatrice — il deviendra le réalisateur-emblème du studio pour deux décennies.
Ghost in the Shell (1995) — l’œuvre qui change tout
En 1993, le studio coupe définitivement le lien capitalistique avec Tatsunoko et prend son nom actuel : Production I.G. Deux ans plus tard, il produit Ghost in the Shell (Oshii, 1995) — coproduction japonaise-britannique qui atteint la 1ère place des ventes vidéo aux États-Unis en 1996 et inspire directement les Wachowski pour The Matrix. C’est le premier film d’animation japonais à comporter des effets numériques superposés à une animation dessinée à la main.
La suite : Jin-Roh (Hiroyuki Okiura, 1999), Blood: The Last Vampire (2000), l’animation de la séquence « Kill Bill Vol. 1 » pour Tarantino (2003), la série Ghost in the Shell: Stand Alone Complex (Kenji Kamiyama, 2002-05), Eden of the East (2009). En 2012, le studio cofonde la holding Wit Studio — qui produira Attack on Titan saisons 1-3.
| Année | Titre | Note |
|---|---|---|
| 1988-89 | Patlabor OVA | Headgear — Oshii |
| 1989 | Patlabor : The Movie | Oshii — Ogura DA |
| 1993 | Patlabor 2 | Rename I.G même année |
| 1995 | Ghost in the Shell | ★★ N°1 Billboard US 1996 — inspire Matrix |
| 1999 | Jin-Roh : The Wolf Brigade | Okiura réalisateur |
| 2002-05 | Ghost in the Shell: Stand Alone Complex | Kamiyama |
| 2004 | Innocence (GITS 2) | ★ 1er anime en compétition à Cannes |
| 2009 | Eden of the East | Kenji Kamiyama |
| 2013-22 | Haikyuu!! | Sport anime |
Studio
Ghibli
スタジオジブリ · Fondé 15 juin 1985 · Miyazaki · Takahata · Suzuki · Topcraft → Ghibli
Ghibli ne produit pas de l’anime. Il produit des films. Des films de cinéma au sens plein — qui tiennent dans la durée, qui traversent les cultures, qui font pleurer les adultes autant que les enfants. Le Voyage de Chihiro est le seul film d’animation à avoir remporté la Palme d’Or à Berlin et l’Oscar simultaneously. Le seul.
En 1984, Nausicaä de la Vallée du Vent de Hayao Miyazaki sort et triomphe — produit par le studio Topcraft. Topcraft dépose le bilan peu après. Miyazaki, Isao Takahata et l’éditeur-producteur Toshio Suzuki rachètent les actifs et le rebaptisent Studio Ghibli le 15 juin 1985. Le nom vient du mot arabe libyen pour désigner le vent chaud du désert — Miyazaki voulait « souffler un vent nouveau sur le monde de l’anime ».
La méthode Ghibli est unique dans l’industrie : Miyazaki insiste pour que chaque plan soit dessiné à la main, sans recyclage. L’équivalent d’un film Ghibli moyen requiert 150 000 à 200 000 dessins. C’est économiquement déraisonnable. C’est artistiquement inattaquable.
Un palmarès sans équivalent
Le Voyage de Chihiro (2001) remporte l’Ours d’Or à Berlin et l’Oscar du meilleur film d’animation — la seule fois dans l’histoire qu’un film d’animation non américain remporte ces deux distinctions. Le Tombeau des lucioles (Takahata, 1988) est étudié dans les cours de cinéma au même titre que les films de Kurosawa. Innocence (2004) est le premier film d’animation sélectionné en compétition pour la Palme d’Or à Cannes (coproduit avec I.G — mais il s’agit de Oshii, pas Ghibli). En 2023, Le Garçon et le Héron de Miyazaki (supposément son « dernier film » pour la 3e fois) remporte l’Oscar.
| Année | Titre | Réalisateur |
|---|---|---|
| 1986 | Le Château dans le ciel | Miyazaki |
| 1988 | Mon voisin Totoro | Miyazaki ★★ Symbole mondial Ghibli |
| 1988 | Le Tombeau des lucioles | Takahata ★★ |
| 1989 | Kiki la petite sorcière | Miyazaki |
| 1997 | Princesse Mononoké | Miyazaki — record box-office JP |
| 2001 | Le Voyage de Chihiro | Miyazaki ★★ Ours d’Or Berlin + Oscar |
| 2013 | Le Vent se lève | Miyazaki |
| 2013 | Le Conte de la Princesse Kaguya | Takahata ★★ |
| 2023 | Le Garçon et le Héron | Miyazaki ★★ Oscar 2024 |
MAP
PA
株式会社MAPPA · Maruyama Animation Produce Project Association · Fondé 2011
Un homme de 70 ans quitte Madhouse pour tout recommencer. En quinze ans, MAPPA devient le studio le plus commercialement dominant de l’anime mondial — et le plus controversé pour ses conditions de travail. Jujutsu Kaisen, Attack on Titan, Chainsaw Man : trois des cinq franchises les plus lucratives de la décennie sortent du même studio. Les animateurs s’effondrent d’épuisement. Le débat n’est pas résolu.
En juin 2011, Masao Maruyama — cofondateur de Madhouse, 70 ans — quitte le studio qu’il a créé quarante ans plus tôt parce qu’il le trouve devenu trop corporatif. Il fonde MAPPA (Maruyama Animation Produce Project Association) avec l’ambition initiale de produire des œuvres artistiquement risquées sans pression commerciale. Cette ambition dure cinq ans.
Les premières productions MAPPA — Kids on the Slope (Watanabe, 2012), Terror in Resonance (Watanabe, 2014), Dans un recoin de ce monde (2016, film — Japan Academy Prize meilleur film d’animation) — confirment la vision. En 2016, Yuri!!! on Ice devient un phénomène mondial inattendu : une série de patinage artistique avec sous-texte romantique masculine qui explose tous les records de streaming hors Japon.
L’empire du shōnen dark
Maruyama part en 2016. Sous Manabu Otsuka, MAPPA entre dans une phase d’expansion agressive : Jujutsu Kaisen (2020), Attack on Titan : The Final Season (2020-2023, reprise de Wit Studio), Chainsaw Man (2022). Le studio produit simultanément les trois franchises Shōnen les plus lucratives du moment — ce que l’industrie appelle le « Dark Trio » de Jump. Les revenus s’envolent. Les conditions de travail aussi : des animateurs témoignent de 72 heures de travail consécutives, de salaires insuffisants, d’un taux de turnover alarmant.
En 2023, MAPPA contribue à la formation du groupe Anime Blender Explorers avec Toei et d’autres studios, pour intégrer le logiciel open-source Blender dans la production. Un geste vers la modernisation qui ne résout pas la question structurelle de l’industrie.
| Année | Titre | Note |
|---|---|---|
| 2012 | Kids on the Slope (avec Tezuka Productions) | Shinichirō Watanabe |
| 2014 | Terror in Resonance | Watanabe |
| 2016 | Dans un recoin de ce monde (film) | ★ Japan Academy Prize |
| 2016 | Yuri!!! on Ice | ★ Phénomène mondial |
| 2018 | Banana Fish | Hiroko Utsumi — DA Mizutani |
| 2020 | Jujutsu Kaisen | ★★ >150 milliards ¥ franchise |
| 2020-23 | Attack on Titan : The Final Season | ★★ Reprise de Wit — acclamé |
| 2022 | Chainsaw Man | ★ Dark Trio |
OLM
Inc.
株式会社オー・エル・エム · Oriental Light and Magic · Fondé 1994
OLM n’est pas le studio le plus célèbre. C’est probablement le plus regardé. Depuis 1997, chaque semaine, dans 100 pays, des enfants regardent Pokémon — produit par OLM. Plus de 1 200 épisodes, 23 films, un chiffre d’affaires de franchise estimé à 150 milliards de dollars. Derrière Pikachu : une équipe de neuf fondateurs dans un appartement de Tōkyō en 1994.
En juin 1994, neuf professionnels issus des studios OB Planning, Studio Pastel et Studio Gallop fondent Oriental Light and Magic à Tōkyō — le nom est un hommage délibéré à Industrial Light & Magic (ILM), la société d’effets visuels de George Lucas. La première production est un magical girl (Wedding Peach, 1995). OLM Digital, sa filiale CG, est créée l’année suivante — très tôt pour l’industrie anime.
En 1997, Pokémon est diffusé pour la première fois sur TV Tokyo. Le studio est choisi pour animer la série adaptant le jeu Game Boy de Nintendo. Le réalisateur de la série est Kunihiko Yuyama, l’un des neuf fondateurs d’OLM. Le reste est de l’histoire économique : la franchise Pokémon est aujourd’hui la franchise de divertissement la plus lucrative de l’histoire mondiale, dépassant Star Wars, Hello Kitty et Marvel.
Au-delà de Pikachu
Hors de la sphère Pokémon, OLM produit des œuvres régulièrement sous-estimées. Inazuma Eleven (2008-2014), Beyblade Burst (2016-2022), Yo-kai Watch (2014-2018) — les franchises pour enfants. Mais aussi, dans les années 2020, des œuvres pour public adulte d’un niveau critique élevé : Odd Taxi (2021), satire sociale noire et maline, et L’Apothicaire / The Apothecary Diaries (2023, une des meilleures séries de sa saison). La diversification est en cours — lentement, mais sûrement.
En 2016, OLM cède une participation majoritaire à l’Imagica Group pour 2,858 milliards de yens (environ 23 millions de dollars). La structure actuelle compte sept équipes de production indépendantes (les « Teams »), chacune dirigée par un producteur animateur — un modèle organisationnel unique dans l’industrie.
| Année | Titre | Note |
|---|---|---|
| 1995 | Wedding Peach | 1re série OLM |
| 1997 | Pokémon (série TV) | ★★ Franchise N°1 mondiale |
| 1998 | Pokémon, le film | 1er film annuel — série continue |
| 2008-14 | Inazuma Eleven | Foot + magie — succès international |
| 2014-18 | Yo-kai Watch | Phénomène Japon |
| 2021 | Odd Taxi | ★ Satire sociale — acclamé critique |
| 2023 | L’Apothicaire / The Apothecary Diaries | ★ Anime de saison |
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