Portrait de studio · Fondé 1948 · Nerima → Tōkyō
Toei
Animation
東映アニメーション · Nihon Dōga 1948 → Toei Dōga 1956 → Toei Animation 1998
Le plus ancien, le plus grand, le plus prolifique. Toei Animation a inventé le magical girl, codifié le super robot, et produit Dragon Ball, Sailor Moon, One Piece et Saint Seiya. Il a formé Miyazaki, Takahata et côtoyé Tezuka — et il est encore là, après 75 ans.
Origines — le rêve Disney japonais
Le 23 janvier 1948, les animateurs Kenzō Masaoka et Zenjirō Yamamoto fondent à Shinjuku la Nihon Dōga (Japan Animated Films) dans des salles de classe vides d’un lycée. Masaoka est une figure déjà légendaire : il est crédité du premier film d’animation japonais sur celluloïd (Chagama Ondo, 1931) et du premier avec son enregistré (Chikara to Onna no Yo no Naka, 1933). L’Occident l’appelle parfois le « Disney japonais ». Leur ambition commune : créer un équivalent nippon de la firme de Burbank.
En 1956, le groupe cinématographique Toei rachète Nihon Dōga — rebaptisée entretemps Nichidō Eiga — et la renomme Toei Dōga. L’investissement est massif : nouveaux équipements, formation d’animateurs, recrutement de talents. En 1958, Hakujaden (Le Serpent blanc) sort en salle — premier long métrage d’animation couleur japonais. Parmi l’équipe : un intervalliste de 17 ans nommé Hayao Miyazaki, et un assistant réalisateur de 22 ans nommé Isao Takahata.
Toei a décidé de faire des films d’animation qui pourraient être comparés à Disney, qui ne lui céderaient en rien en termes de qualité. Les dirigeants de Toei voulaient un équivalent est-asiatique de Disney — pour montrer ses films aux gens du Japon, et finalement du monde.
— Hidenori Oyama, Toei Animation, AWN 2012
L’école Toei — les grands départs fondateurs
Ce qui définit Toei autant que ses productions, c’est qui en est parti. Osamu Tezuka travaille pour Toei avant de fonder Mushi Production en 1961 — rival direct et père de la TV anime. Hayao Miyazaki et Isao Takahata y font leurs armes jusqu’au milieu des années 70, avant de rejoindre A-Production (TMS) puis de fonder Ghibli en 1985. Yoshiyuki Tomino, futur créateur de Gundam, y débute aussi.
Ce paradoxe — Toei comme incubateur des géants qui la quitteront — n’est pas une faiblesse. C’est la preuve que Toei fut pendant deux décennies la meilleure école d’animation du Japon. Au milieu des années 60, le studio est secoué par des grèves d’animateurs qui se plaignent des conditions de travail et des salaires. Parmi les grévistes : Miyazaki et Takahata. La tension entre créateurs et institution est ancienne.
Magical girl et super robot — deux genres inventés
En 1966, Toei lance Mahōtsukai Sally (Sally la petite sorcière), adaptation du manga de Mitsuteru Yokoyama — première série magical girl de l’histoire de l’animation japonaise. Le genre ne s’arrêtera plus : Cutie Honey (1973), Sailor Moon (1992), les séries Pretty Cure (2004-aujourd’hui). Toei possède le genre.
Simultanément, le studio adapte les mangas de Gō Nagai et fonde l’autre grand genre de l’époque : le super robot. Devilman (1972), Mazinger Z (1972, avec son robot piloté de l’intérieur — innovation radicale), Goldorak / UFO Robo Grendizer (1975-77) — chaque série repoussant les limites de ce qu’une machine de guerre animée peut signifier dans la culture populaire. Le réalisateur de l’essentiel de ces œuvres : Tomoharu Katsumata, fidèle à Toei depuis 1963.
L’ère Shōnen Jump — les franchises mondiales
À partir des années 80, Toei abandonne progressivement les longs métrages de style disneyen pour se concentrer entièrement sur les adaptations de manga populaires, en particulier ceux du Weekly Shōnen Jump. La formule est rodée : adapter une série à succès, en respecter l’esprit, industrialiser la production sur des centaines d’épisodes.
Dragon Ball (1986, puis Dragon Ball Z en 1989) devient la première franchise mondiale de l’anime. Saint Seiya (1986) triomphe en France, en Amérique latine, en Italie. Sailor Moon (1992) invente le magical girl pour adolescentes — et génère une culture fandom féminine mondiale sans précédent. Slam Dunk (1993) transforme la perception du basketball au Japon. Et en 1999, One Piece démarre — il est encore en cours en 2026, avec plus de 1 100 épisodes.
La dimension internationale — de Goldorak à Miraculous
Toei a toujours regardé au-delà du Japon. Dans les années 80, le studio sous-traite pour les productions américaines : Transformers, G.I. Joe, My Little Pony, Jem, Dungeons & Dragons — autant de séries dont l’animation est réalisée au Japon pour des studios américains. Cette collaboration cesse à la fin des années 80, mais Toei garde des antennes internationales actives.
En 2015, Miraculous Ladybug marque le retour de Toei dans la coproduction franco-japonaise — quarante ans après les Cités d’Or. La série, coproduite avec la société française Zagtoons, devient un phénomène mondial sur Netflix. En 2022, Toei signe un partenariat stratégique avec le groupe sud-coréen CJ ENM. L’internationalisation est structurelle.
Note historique : en octobre 1998, Toei Dōga change officiellement de nom pour devenir Toei Animation — ce qu’elle était déjà à l’international depuis des décennies. Le nom japonais rattrapait enfin la réalité commerciale mondiale.
Filmographie sélective
| Année | Titre | Importance |
|---|---|---|
| 1958 | Hakujaden (Le Serpent blanc) | ★ 1er long métrage couleur japonais |
| 1963 | Ken le Loup (TV) | 1re série TV Toei |
| 1966 | Sally la petite sorcière | ★ 1er magical girl de l’histoire |
| 1968 | Cyborg 009 | Ishinomori — série emblématique |
| 1972 | Devilman / Mazinger Z | ★ Codifie le super robot |
| 1975-77 | UFO Robo Grendizer / Goldorak | ★★ Phénomène France 1978 |
| 1979 | Le Château de Cagliostro (coproduction) | Miyazaki — DA Kobayashi Pro |
| 1982-83 | Cités d’Or (coproduction DiC) | France — phénomène culturel |
| 1986 | Dragon Ball | ★★ Franchise mondiale |
| 1986 | Saint Seiya | ★ Grand Prix Animage 1987 |
| 1992 | Sailor Moon | ★★ Grand Prix Animage 1992 |
| 1999 | One Piece | ★★ Toujours en cours 2026 |
| 2004 | Pretty Cure (1re saison) | Magical girl — franchise continue |
| 2015 | Miraculous Ladybug (coproduction Zagtoons) | Coproduction franco-japonaise |
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