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Tokiwasō, la pension où le manga s’est inventé – トキワ荘マンガミュージアム

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Le Musée Tokiwasō (トキワ荘マンガミュージアム) — la pension légendaire des mangakas reconstituée · SAKUGAART
Dossier · Musée · Reconstitution · Patrimoine vivant

Tokiwasō, la pension où le manga s'est inventé

トキワ荘マンガミュージアム ・ 二〇二〇

Entre 1953 et le début des années 1960, dans un quartier ouvrier du nord-ouest de Tokyo, une simple pension à bon marché a abrité simultanément Osamu Tezuka, Fujiko Fujio (Fujimoto Hiroshi et Abiko Motoo), Shōtarō Ishinomori, Fujio Akatsuka et toute une génération de jeunes mangakas qui allaient redéfinir leur art. Cette pension s'appelait Tokiwasō. Démantelée en 1982, elle a été fidèlement reconstituée par la municipalité de Toshima et a rouvert ses portes en juillet 2020 comme musée — moins une exposition qu'une immersion temporelle dans le berceau du manga moderne.

Pension : 1952-1982Musée ouvert juillet 2020Toshima, TokyoReconstitution fidèle
Nom officiel
トキワ荘マンガミュージアム
Toshima City Tokiwaso Manga Museum
Ouverture musée
7 juillet 2020
reconstitution
Pension d'origine
1952 — déc. 1982
Shiinamachi, Toshima
Localisation actuelle
Minaminagasaki
Toshima City, Tokyo
Architecture
Bois · 2 étages
typique Shōwa 1950
Pensionnaires fondateurs
Tezuka, Terada
+ Fujiko, Ishinomori…
Cuisine commune
Reconstituée à l'identique
vaisselle, ustensiles
Chambres
Tatamis 4,5 jō
~7,5 m²
— I —

L'histoire — comment une pension devient un mythe

Tokiwasō est, à l'origine, une simple pension à bon marché construite en 1952 dans le quartier de Shiinamachi (aujourd'hui Minaminagasaki), à Toshima-ku, Tokyo. Bâtiment de bois à deux étages, chambres exiguës de 4,5 tatamis (environ 7,5 m²), cuisine et toilettes communes au rez-de-chaussée. Architecture typique des pensions ouvrières du début Shōwa, sans cachet particulier.

En 1953, un jeune homme déjà célèbre, Osamu Tezuka, vient y louer une chambre. Il a 25 ans, son Astro Boy commence à paraître. Sa présence attire d'autres mangakas en début de carrière qui veulent vivre à proximité — d'abord par fascination, puis par solidarité de jeunes artistes vivant chichement. Tezuka quitte la pension en 1954, mais le mouvement est lancé : un par un, des jeunes mangakas y emménagent, recommandés par les précédents, attirés par l'esprit de communauté et la proximité avec les éditeurs de Tokyo.

— II —

Les pensionnaires — qui a vécu à Tokiwasō

La liste des mangakas qui ont habité Tokiwasō, ne serait-ce que quelques mois, lit comme un panthéon du manga moderne. Au-delà de Tezuka qui a ouvert la voie :

  • Hiroo Terada — successeur immédiat de Tezuka dans la même chambre.
  • Fujiko Fujio — le duo Hiroshi Fujimoto et Motoo Abiko (Fujiko F. Fujio et Fujiko A. Fujio), futurs créateurs de Doraemon, Obake no Q-tarō, Pāman, Ninja Hattori-kun.
  • Shinichi Suzuki — animateur, futur réalisateur (séries Mon-Cri, etc.).
  • Shōtarō Ishinomori — futur créateur de Cyborg 009, Kamen Rider, Kikaider.
  • Fujio Akatsuka — futur créateur d'Osomatsu-kun, Tensai Bakabon, considéré comme le père du gag manga moderne.
  • Naoya Moriyasu, Hideko Mizuno (pionnière du manga shōjo), Tokuo Yokota, et d'autres encore.

D'autres mangakas vivant ailleurs à Tokyo passaient régulièrement à Tokiwasō pour travailler avec leurs amis : Takemaru Nagata, Jirō Tsunoda, Kunio Hase. La pension devient ainsi, au milieu des années 1950, le centre informel de la nouvelle génération du manga japonais — celle qui prend la suite des pionniers d'avant-guerre.

— III —

Démantèlement et mémoire (1982-2020)

Le bâtiment d'origine est démantelé en décembre 1982, après trente ans d'usage et de vieillissement. À ce moment, les anciens pensionnaires sont déjà des figures consacrées du manga, mais Tokiwasō était devenue obsolète comme habitation — humidité, vieillesse de la structure, normes nouvelles. Aucun mouvement de préservation organisé ne sauve le bâtiment.

Pendant près de quarante ans, la pension survit à l'état de mythe : citée dans tous les ouvrages d'histoire du manga, rappelée dans les entretiens de ses anciens habitants devenus célèbres, mais sans existence physique. La municipalité de Toshima commence à projeter sa reconstitution à partir des années 2010. Le projet aboutit le 7 juillet 2020 avec l'ouverture du Toshima City Tokiwaso Manga Museum — non pas sur le site exact d'origine, mais à proximité (Minaminagasaki), dans un bâtiment reconstitué à l'identique.

— IV —

La reconstitution fidèle

Ce qui distingue le musée Tokiwasō des autres musées du manga, c'est sa nature : ce n'est pas un musée d'expositions au sens classique, c'est une reconstitution architecturale fidèle. Le bâtiment reproduit en bois, à l'échelle 1, l'enveloppe et l'intérieur de la pension originale telle qu'elle se présentait dans les années 1955-1960.

L'attention au détail est remarquable. Cuisine commune avec ses ustensiles d'époque, vaisselle, boîtes en fer-blanc des produits alimentaires des années 1950 — tout est patiné, choisi, présenté comme si les pensionnaires venaient de partir travailler. Toilettes reproduites à l'identique. Couloirs au plancher de bois usé. Chaque chambre d'angle est meublée comme l'était celle d'un mangaka spécifique : table basse couverte de feuilles, encriers, tasse de thé encore là, manuscrits en cours, références techniques de l'époque. On entre dans des espaces qui n'ont plus rien d'un musée — qui sont devenus, à nouveau, des chambres.

— V —

Le parcours du visiteur

Le visiteur entre par l'escalier qui mène à l'étage des chambres, comme un nouveau pensionnaire arrivant en 1955. Au rez-de-chaussée, des expositions plus classiques contextualisent l'histoire du quartier, présentent les biographies des principaux pensionnaires et exposent quelques documents originaux. Mais le cœur de la visite est à l'étage : la déambulation libre dans les couloirs et l'observation des chambres reconstituées.

Le silence est encouragé. Aucun parcours imposé, aucune signalétique invasive. La sensation produite est celle d'une visite hors du temps — qui peut être bouleversante pour qui mesure que c'est dans ces 7,5 m² qu'ont été dessinées les premières pages d'Astro Boy, les premières esquisses de Cyborg 009, les ancêtres de Doraemon. Une concentration patrimoniale rare.

À Tokiwasō, le visiteur n'observe pas le manga — il marche dans le couloir où il s'est inventé.

— VI —

Pourquoi Tokiwasō compte

Pour qui s'intéresse à l'histoire culturelle du Japon d'après-guerre, Tokiwasō documente un moment précis : celui où le manga moderne, encore artisanal, est passé de pratique amateur à industrie. La pension a abrité littéralement, dans le même bâtiment, ceux qui ont structuré les genres dominants — manga jeunesse (Tezuka, Fujiko), manga d'aventure (Ishinomori), gag manga (Akatsuka), shōjo (Mizuno). Une convergence improbable que le hasard d'une géographie locative a rendue possible.

Pour le patrimoine matériel, le musée pose une question importante : peut-on muséifier une atmosphère ? La reconstitution fidèle est-elle équivalente à la préservation de l'original ? SAKUGAART tient à ces questions parce qu'elles touchent au cœur des dossiers cellulo : qu'est-ce qu'on conserve d'une pratique qui a disparu ? Tokiwasō répond à sa manière — par l'enveloppe architecturale plutôt que par les objets eux-mêmes.

Articles connexes dans le corpus SAKUGAART

  • Le portrait Osamu Tezuka et le dossier Musée Tezuka de Takarazuka.
  • Le dossier Musée Fujiko F. Fujio de Kawasaki — l'un des duos pensionnaires devenu institution.
  • Pistes : portrait Shōtarō Ishinomori · portrait Fujio Akatsuka · dossier les pensionnaires de Tokiwasō et la naissance du manga moderne.

Sources & références

Note méthodologique. Construction de la pension Tokiwasō en 1952 à Shiinamachi, présence successive d'Osamu Tezuka (1953-1954) et de Hiroo Terada, Fujiko Fujio (Hiroshi Fujimoto et Motoo Abiko), Shinichi Suzuki, Shōtarō Ishinomori, Fujio Akatsuka, Naoya Moriyasu, Hideko Mizuno, Tokuo Yokota et autres pensionnaires, démantèlement en décembre 1982, ouverture du musée reconstitué le 7 juillet 2020 à Minaminagasaki par la municipalité de Toshima : éléments établis par sources convergentes citées (Go Tokyo, Google Arts & Culture, site officiel). Conformément à la ligne éditoriale du site, aucune indication chiffrée de valeur, de prix ou de cote n'est fournie dans cet article ; les sujets relatifs au marché ne sont traités que sous angle culturel, documentaire et patrimonial. Article rédigé pour SAKUGAART, site éditorial dédié à l'animation japonaise.

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