Philippe Adamov, du décor animé au 9ᵉ art
Avant d'être l'un des grands noms de la bande dessinée de science-fiction française — Les Eaux de Mortelune, Le Vent des Dieux —, Philippe Adamov fut un jeune artiste qui travailla trois ans sur Ulysse 31. Formé chez René Laloux, marqué à jamais par Moebius, il appartient à cette génération d'illustrateurs français passés par l'animation des années 1980 avant de bâtir une œuvre dessinée dense et singulière. Portrait d'un dessinateur au réalisme baroque, disparu en 2020, dont la trajectoire relie la coproduction franco-japonaise au cœur du 9ᵉ art.
né Adamoff
Londres
63 ans · Nîmes
Studios René Laloux
« la » référence absolue
1979-1982
Vent des Dieux · Dayak
scénariste : Cothias
Estienne, Laloux, et la révélation Moebius
Philippe Adamov naît le 27 juin 1956 à Londres, sous le nom d'Adamoff, et rejoint la France enfant. Il découvre la bande dessinée dans les années 1960 chez les bouquinistes — l'ancienne garde : Cuvelier, Harold Foster, Jijé. Mais sa « référence absolue » sera Mœbius, dont l'ombre tutélaire plane sur tout son travail.
Après des études écourtées à l'École Estienne, il est embauché vers 1975-1977 comme stagiaire décorateur aux Studios René Laloux, tout juste créés à Angers. Il y travaille sur des projets liés à Caza, autour de l'univers qui mènera au film Gandahar. Ces trois années de formation au décor d'animation — il le dira lui-même — lui serviront bien plus tard dans toute son œuvre dessinée. C'est aussi là qu'il croise Moebius, rencontre décisive.
Ulysse 31 — trois ans dans la coproduction
De retour à Paris en 1978, Adamov se lance dans l'illustration de science-fiction — couvertures de romans pour Opta, Le Masque, Robert Laffont, Casterman, la grande anthologie SF du Livre de Poche. C'est dans ce contexte qu'en 1979, le dessinateur François Allot l'invite à rejoindre la série Ulysse 31.
Il y travaillera trois années, de 1979 à 1982 — un travail de création qu'il décrivait comme enrichissant, artistiquement et matériellement. Adamov appartient ainsi à cette cohorte d'illustrateurs français de SF mobilisés sur la première grande coproduction franco-japonaise : des artistes nourris de Moebius et de science-fiction littéraire, dont la patte a contribué à l'identité visuelle d'une série fabriquée au Japon. Ce passage par l'animation, il le réinvestira ensuite dans la bande dessinée — sens du cadrage, du décor, de la mise en scène.
Trois ans sur Ulysse 31 : l'école du cadrage et du décor, que tout son 9ᵉ art portera ensuite.
Le tournant bande dessinée
En 1983, Adamov aborde enfin la bande dessinée avec Seule au monde, histoire écrite par Xavier Séguin pour le bimensuel Okapi. Elle ne paraîtra jamais en album, mais elle le fait remarquer par Henri Filippini, directeur de collection chez Glénat — qui lui présente le scénariste Patrick Cothias.
De cette rencontre naît une collaboration de près de dix ans, et deux séries qui deviendront des classiques : Le Vent des Dieux (à partir de 1985, fresque historique) et Les Eaux de Mortelune (à partir de 1986, saga de science-fiction post-apocalyptique). Le succès est immédiat : Adamov peut désormais vivre exclusivement de la bande dessinée, alternant un album de chaque série pendant des années.
Mortelune, Le Vent des Dieux et l'œuvre
Les Eaux de Mortelune s'impose comme un sommet de la SF post-apocalyptique du 9ᵉ art francophone — un univers décadent et baroque qui doit beaucoup au sens du décor qu'Adamov avait forgé chez Laloux et sur Ulysse 31. Son trait, au « réalisme baroque », ses mises en scène improbables et ses personnages inoubliables deviennent sa signature.
L'œuvre est dense : la trilogie Dayak (qu'il crée seul, en Afrique de science-fiction), L'Impératrice Rouge avec Jean Dufaux, le triptyque La Malédiction de Zener sur un scénario du romancier Jean-Christophe Grangé (prologue au Concile de pierre), puis Dakota, à nouveau avec Dufaux. Une vingtaine d'albums, traversant le franco-belge et l'imaginaire, marqués par une méticulosité rare et un grand sens de l'équilibre.
Un passeur entre animation et 9ᵉ art
Philippe Adamov meurt le 3 février 2020, à 63 ans, dans le Gard. Ses pairs saluent un dessinateur « surdoué », d'une grande modestie, dont l'œuvre transversale — du décor animé au franco-belge — témoigne d'un esprit ouvert et d'une capacité d'adaptation rare.
Pour SAKUGAART, sa trajectoire a une valeur particulière : elle documente le lien, souvent ignoré, entre l'animation des années 1980 et la bande dessinée française. Ulysse 31 ne fut pas seulement une série regardée par des millions d'enfants ; ce fut aussi un atelier où des artistes comme Adamov se sont formés avant de bâtir des œuvres majeures. Le décor d'une coproduction franco-japonaise et les eaux de Mortelune sont, par lui, la même main qui dessine.
Articles connexes dans le corpus SAKUGAART
- La fiche Ulysse 31 et le dossier Les Mystérieuses Cités d'Or.
- Les portraits de Jean Chalopin, Bernard Deyriès, Bruno Bianchi — l'écosystème DIC.
- Le portrait de Shōji Kawamori — autre artiste d'Ulysse 31 devenu majeur.
- Pistes à produire : dossier les illustrateurs français de SF passés par l'animation · fiche René Laloux.
Sources & références
- Wikipédia FR — Philippe AdamovDates · Laloux · Ulysse 31 · œuvre BD
- Livres Hebdo — décès (2020)3 février 2020 · 63 ans · bibliographie
- BDZoom — hommage (Filippini)Estienne · Laloux · Ulysse 31 · Glénat
- Bedetheque — biographie & bibliographieCothias · Mortelune · Dayak · Dufaux
Note méthodologique. Dates (27 juin 1956, Londres — 3 février 2020, Nîmes/Gard), formation (École Estienne, Studios René Laloux), travail sur Ulysse 31 (1979-1982, via François Allot) et œuvre bande dessinée (Le Vent des Dieux, Les Eaux de Mortelune avec Cothias chez Glénat, Dayak, L'Impératrice Rouge et Dakota avec Dufaux, La Malédiction de Zener avec Grangé) : éléments établis par sources convergentes citées (Wikipédia, Livres Hebdo, BDZoom, Bedetheque). Article rédigé pour SAKUGAART, site éditorial dédié à l'animation japonaise.
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