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Entretien avec Kazuo Terada – 寺田 和男 – Ulysse 31

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Kazuo Terada — l'entretien : un coréalisateur japonais d'Ulysse 31 raconte · SAKUGAART
Entretien · Réalisateur · Coulisses d'Ulysse 31

« On animait sans comprendre. Avec les Français, tout a changé. »

寺田 和男 ・ ユリシーズ31

Son nom figure au générique d'Ulysse 31, aux côtés de Bernard Deyriès, Kyōsuke Mikuriya et Tadao Nagahama — et pourtant Kazuo Terada est quasiment introuvable dans la documentation francophone. Réalisateur formé au studio Mushi d'Osamu Tezuka, passé par Sunrise, il fut l'un des metteurs en scène japonais de la série. Dans cet entretien, il revient sur une vocation née d'un échec, sur l'anecdote du nattō de Fujioka, et surtout sur la mutation qu'un studio japonais habitué à exécuter a vécue au contact de Jean Chalopin. SAKUGAART en propose une restitution éditoriale, en respectant le format question-réponse de l'entretien d'origine.

寺田 和男Mushi · Sunrise · TMSCoréalisateur Ulysse 31Entretien
Nom
寺田 和男
Terada Kazuo
Métier
Réalisateur
storyboarder · scénariste
Débuts
Mushi Production
studio de Tezuka, 1962
Maison
Sunrise
à partir de 1973
Œuvre phare
Ulysse 31
coréalisation · TMS
Coréalisateurs
Deyriès · Mikuriya
Nagahama
Studio fabricant
TMS
Tokyo Movie Shinsha
Source
Entretien
recueilli pour un ouvrage DIC

Ce qui suit est la restitution éditoriale d'un entretien accordé par Kazuo Terada, coréalisateur japonais d'Ulysse 31. Les questions sont reformulées et les réponses rapportées dans la voix de SAKUGAART, fidèlement au contenu mais sans reproduction verbatim de la source. L'ordre de l'entretien d'origine est conservé.

Parlez-nous de votre arrivée dans le métier.

Honnêtement, devenir réalisateur d'animation ne m'avait jamais traversé l'esprit. C'est arrivé par pur hasard. Dans ma jeunesse, les séries et les films d'animation ne m'intéressaient pas du tout — je leur préférais les chansons des Beatles, « Yellow Submarine », et le cinéma.

À dix-huit ans, je rêvais de devenir peintre. Je suis parti à Tokyo pour passer le concours d'admission à l'Université des arts. Je l'ai raté. Je me suis alors retrouvé à fréquenter une salle de cinéma, et je suis devenu curieux du processus même de tournage. Je suis allé me renseigner directement au studio Mushi Production, créé par Osamu Tezuka en 1962. J'y ai rencontré l'équipe — et c'est ainsi qu'a débuté ma carrière dans le monde de l'animation.

Quel souvenir gardez-vous de votre première expérience ?

Celui d'un travail extrêmement long et exigeant, qui m'a complètement accaparé. Les journées ne suffisaient pas pour respecter les délais de diffusion des séries télévisées ou des films d'animation. Les équipes travaillaient donc de nuit. C'était harassant.

Mais, une fois le travail bouclé, nous déambulions toute la nuit sans dormir, et nous partions nous ressourcer au bord de la mer. Ce sont, malgré tout, de bons souvenirs.

Vous avez surtout travaillé sur des séries de science-fiction et de robots. Était-ce un choix de votre part ?

Pas vraiment, rien n'était prémédité. En 1973, le studio Sunrise a succédé à Mushi Production. J'ai naturellement suivi mes confrères. C'est ce studio qui produira ensuite des séries comme Nicky Larson (1987), Vision d'Escaflowne (1996) ou Cowboy Bebop (1998).

J'ai participé à toutes sortes de séries de robots. J'étais déjà marié, et j'avais déjà été nommé assistant-réalisateur.

Comme réalisateur, quel est votre modèle, votre mentor ?

Je n'en ai pas vraiment. En revanche, j'ai beaucoup d'estime pour de nombreux directeurs du son, scénaristes et responsables de l'animation avec qui j'ai travaillé.

Vos casquettes sont multiples — storyboarder, scénariste, réalisateur. À quel poste vous sentez-vous le plus à l'aise ?

Sans hésiter : je m'épanouis divinement comme réalisateur.

Quel contact avez-vous eu avec Yutaka Fujioka, le PDG du studio TMS ?

C'est un artiste, mais aussi un homme d'affaires puissant, aux commandes de Tokyo Movie. Je ne discute pas beaucoup avec lui.

La seule anecdote amusante qui nous relie concerne la sauce soja, ou le nattō — cet aliment fermenté à base de soja — qu'il me rapportait du Japon lors de ses visites à Los Angeles, où il habite.

Quelle était la répartition du travail lors de votre collaboration avec Bernard Deyriès, Kyōsuke Mikuriya et Tadao Nagahama (avant sa disparition) ?

Le réalisateur en chef, c'est Bernard Deyriès. Il veille sur la qualité et l'harmonie entre les différentes équipes. Malgré les difficultés liées aux scénarios, aux différences culturelles et à l'adaptation aux méthodes de l'animation japonaise, Jean Chalopin et Bernard Deyriès étaient très présents.

Monsieur Nagahama, lui, dirigeait de son côté l'équipe japonaise — un travail extraordinaire — jusqu'à sa disparition soudaine. Quant à Monsieur Mikuriya, il travaillait depuis des années à TMS comme réalisateur.

Comment la série Ulysse 31 s'est-elle présentée à vous ?

J'avais déjà eu l'occasion de collaborer avec Monsieur Tadao Nagahama. Le courant passait spontanément entre nous. C'est donc tout naturellement qu'il a pensé à moi pour me proposer de le rejoindre dans l'aventure d'Ulysse 31.

Comment se passe la coproduction avec la France ?

Notre collaboration avec l'équipe française est intéressante. Pendant longtemps, nous étions en sous-traitance : nous avions l'habitude de suivre scrupuleusement les consignes américaines, d'animer sans chercher à comprendre la signification de ce que nous faisions.

Avec les Français, tout change. Jean Chalopin est un génie. Il comprend avant tout le monde qu'il faut faire une série de qualité, et qu'il faut travailler ensemble. Nos équipes japonaises possèdent un grand savoir-faire technique, mais notre seul avantage résidait jusque-là dans les bons salaires versés par les studios américains. Là, l'échange devient réciproque : Jean apporte la base scénaristique et les premières images originales, mais il nous laisse toute la liberté d'apporter notre savoir-faire créatif « à la japonaise ».

Les discussions tournent beaucoup autour des personnages proposés par les Français. En quoi les dessins japonais et français sont-ils différents ?

Dans la culture de l'animation japonaise, les personnages sont dessinés en 2D, sans relief, toujours de la même façon. Il leur manque du volume dans les yeux ou la bouche. Prenez les yeux des personnages de Pokémon : c'est une forme d'ellipse verticale quand ils sont vus de face, et la bouche est souvent décalée sur le côté.

Jean et Bernard, eux, insistent sur le réalisme : ils veulent insuffler bien plus de relief à leurs personnages. Leurs croquis sont plus complexes et ne se déforment pas en toute occasion. Cette capacité de remise en question et d'adaptation contribue grandement au succès d'Ulysse 31.

Les scénaristes de Tokyo Movie sont-ils intervenus sur l'histoire ?

Oui, nous sommes tous très impliqués. Je me souviens que les scénarios français étaient parfois trop philosophiques. En l'état, nous ne pouvions rien en faire si nous voulions plaire aux enfants japonais.

Une transformation s'imposait. Ces retouches permanentes entre les scénarios français et japonais étaient nécessaires, tout en gardant l'esprit français.

La distance entre la France et le Japon est-elle un problème ?

Je dois dire que l'éloignement ne pose aucun problème. Jean Chalopin et Bernard Deyriès sont très présents auprès de nos équipes. Leur investissement est total.

Nous en sommes très touchés. Les équipes franco-japonaises aboutissent ainsi à capter l'empathie du téléspectateur pour les héros de la série. Et l'émotion est alors au rendez-vous.

Quel bilan dressez-vous de cette aventure ?

Découvrir cette coproduction franco-japonaise, c'était découvrir une nouvelle culture, une autre façon de penser, différente. Cela m'a ouvert les yeux sur le reste du monde. Les automatismes des séries japonaises sont alors remis en question. Le modèle unique que je reproduisais sur nos séries habituelles n'est plus aussi valable.

Au Japon, les expressions sont stéréotypées : les codes changent, les sourcils vibrent, les yeux se révulsent quand un personnage est soucieux ou excité, il pousse parfois des cris hystériques, inutilement exagérés, mis en avant par les acteurs de doublage. Ulysse 31 nous ouvre des perspectives insoupçonnables jusque-là. Cette période de ma jeunesse est un trésor inestimable dont je garde un très bon souvenir.

— Éclairage —

Pourquoi cet entretien compte

Du côté français, les coulisses d'Ulysse 31 sont presque toujours racontées par les voix françaises — Chalopin, Deyriès. Entendre un réalisateur japonais de la série décrire, de l'intérieur, ce que la rencontre avec la France a fait à un studio nippon habitué à exécuter, c'est accéder au revers du miroir.

Son témoignage confirme la thèse que SAKUGAART développe sur les coproductions franco-japonaises : ces séries ne furent pas de simples commandes sous-traitées, mais des laboratoires où deux cultures de l'animation se sont mutuellement transformées. Terada en est la preuve par l'exemple — un artisan que le contact avec Chalopin et Deyriès a fait passer de l'exécution à la création.

Articles connexes dans le corpus SAKUGAART

  • La fiche Ulysse 31 et le dossier Les Mystérieuses Cités d'Or — les coproductions franco-japonaises.
  • Les portraits de Jean Chalopin et Bernard Deyriès — ses partenaires français.
  • Le portrait de Shōji Kawamori — mecha designer d'Ulysse 31, autre artisan japonais de la série.
  • La fiche TMS et le portrait de Yutaka Fujioka — le studio fabricant et son fondateur.
  • Les fiches Mushi Production, Tezuka Production et Sunrise — les maisons où Terada s'est formé.

Sources & références

Note de transparence éditoriale. Cet entretien est la restitution éditoriale, reformulée et structurée pour SAKUGAART, d'une interview de Kazuo Terada publiée dans un ouvrage documentaire de référence consacré au studio DIC — Les séries de notre enfance (M. Eluasti & N. Zemrak, Pollux, 2013). Les questions sont reformulées et les réponses rapportées dans une langue propre à SAKUGAART, fidèlement au contenu de l'entretien mais sans reproduction mot à mot de la source. L'ordre des échanges d'origine est conservé. Le crédit de Kazuo Terada comme coréalisateur d'Ulysse 31 est indépendamment corroboré par des sources institutionnelles (BnF, Anime News Network, notices de médiathèques). Cet article constitue une synthèse éditoriale originale, non une reproduction de sa source documentaire. Article rédigé pour SAKUGAART, site éditorial dédié à l'animation japonaise.

SAKUGAART · EntretienKazuo Terada · 寺田 和男 · coréalisateur d'Ulysse 31
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