Réalisateur · Toei Animation · Portrait
Tomoharu
Katsumata
勝間田 具治 · né 4 février 1938 · Shimoda, Shizuoka
Toei Company (live-action) 1960 → Toei Dōga 1963 → Toujours actif · Alias : Kitajima Mitsuaki
Il a commencé comme assistant réalisateur sur des films de samouraïs en noir et blanc, aux côtés des maîtres du jidaigeki de Kyoto. Il a fini par réaliser Goldorak, Albator, Captain Harlock, Hokuto no Ken et Les Chevaliers du Zodiaque. Quarante-cinq ans de carrière, un seul studio, une fidélité absolue — et la quasi-totalité des séries qui ont formé l'imaginaire de la génération Club Dorothée.
Shimoda — du jidaigeki à l'animation
Tomoharu Katsumata naît le 4 février 1938 à Shimoda, petite ville portuaire de la péninsule d'Izu, dans la préfecture de Shizuoka — lieu historique par excellence : c'est là que le commodore Perry avait mouillé en 1854, ouvrant le Japon au commerce extérieur. Ce détail géographique n'est pas anodin pour un homme qui passera sa carrière à raconter des récits d'aventure, d'exploration et de résistance.
Diplômé de la Nippon University Film School en 1960, il entre immédiatement dans l'industrie cinématographique — mais dans sa branche live-action. Il rejoint la division de Kyoto de la Toei Company comme assistant réalisateur, travaillant sous des maîtres du film de samouraïs : Masahiro Makino, Eiichi Kudo, Tomotaka Tasaka. Ces années d'apprentissage dans le jidaigeki — le genre historique japonais par excellence — lui transmettent une formation dramaturgique solide : rythme de l'action, composition du cadre, intensité émotionnelle. Tout ce que l'animation TV des années 70 saura utiliser.
Il rejoint Toei Dōga (l'aile animation de Toei) à Tōkyō vers 1963, d'abord pour des tâches de planning et d'assistance. Dans les années qui suivent, il dirige des épisodes des premières grandes séries TV de Toei : Ken le Loup (1963), Cyborg 009 (1968), Tiger Mask (1970). Il y construit sa réputation — celle d'un réalisateur qui tient le rythme, qui donne de l'ampleur aux séquences d'action, et qui ne perd jamais le fil émotionnel.
L'ère Gō Nagai — l'architecte du super robot
En 1972, Katsumata prend en main la codirection de Devilman, première grande adaptation TV du manga de Gō Nagai. La collaboration avec Nagai et sa société Dynamic Pro durera une décennie et définira l'ère la plus féconde de la carrière de Katsumata.
En 1972 encore, il dirige des épisodes de Mazinger Z — le robot géant piloté de l'intérieur qui révolutionne le genre mecha. En 1973, il prend la direction complète de Cutie Honey, puis de Great Mazinger (1974). Le binôme Katsumata-Nagai fonctionne ainsi : Nagai apporte l'imagination débridée et la densité mythologique, Katsumata apporte la rigueur cinématographique héritée du jidaigeki — le sens du rythme, la construction de la tension, l'économie du plan d'action.
Mazinger Z contre Devilman (1973)
Le film Mazinger Z Tai Devilman (1973), qu'il dirige, est une curiosité dans l'histoire de l'animation : le premier film de crossover de l'histoire de l'anime japonais. Deux univers Nagai, deux esthétiques différentes, fondus dans un format cinéma de 49 minutes. La logique du crossover — combiner des franchises pour maximiser l'audience — est aujourd'hui omniprésente dans les industries culturelles mondiales. Katsumata l'a pratiquée 50 ans avant Marvel.
Goldorak (1975-1977) — le choc français
Le 5 octobre 1975, Fuji TV diffuse le premier épisode d'UFO Robo Grendizer. Katsumata est le réalisateur en chef (kantoku). Avec Kazuo Komatsubara au character design pour les 48 premiers épisodes (puis Shingo Araki pour les 26 suivants), la série court jusqu'au 27 février 1977 sur 74 épisodes.
Au Japon, la série est un succès modeste — troisième de la trilogie Nagai après Mazinger Z et Great Mazinger. En France, c'est une explosion culturelle. Goldorak débarque sur Antenne 2 le 3 juillet 1978 et génère immédiatement un phénomène de masse : les enfants restent rivés devant les téléviseurs, les préaux d'école retentissent de « Lacrymo ! Ranforasol ! Fulguropoings ! », les chiffres de vente de jouets s'envolent. France Telecom rapporte une chute mesurable des communications téléphoniques pendant la diffusion.
Katsumata, qui visite la France peu après, est désarçonné par l'ampleur de la réaction. Il n'avait pas anticipé qu'une série qu'il avait réalisée dans le cadre routinier de la production Toei deviendrait un phénomène générationnel à l'autre bout du monde. Dans une interview rapportée par la presse spécialisée japonaise, il confie avoir été « stupéfait par l'accueil français ».
Leiji Matsumoto — l'épopée spatiale mélancolique
À partir de la fin des années 70, Katsumata développe une seconde grande relation créatrice — avec Leiji Matsumoto, le mangaka de l'espace romantique et mélancolique. Si Gō Nagai incarnait la puissance musculaire, la violence cathartique, l'humour potache, Matsumoto incarne quelque chose de radicalement différent : la solitude de l'espace infini, la nostalgie, l'honneur chevaleresque, la beauté des femmes impossibles.
En 1978, Katsumata dirige Captain Future — adaptation des romans de science-fiction d'Edmond Hamilton, produite dans la tradition Matsumoto bien que non dessinée par lui. La série, 52 épisodes, est un succès qui confirme la capacité de Katsumata à passer du super robot à la SF d'exploration.
En 1982, il signe le chef-d'œuvre de cette période : Arcadia of My Youth (Waga Seishun no Arcadia), long métrage de 130 minutes sur les origines du Capitaine Harlock. Avec Kazuo Komatsubara à la direction d'animation, le film est une œuvre de grande ambition narrative — une méditation sur la défaite, l'exil, l'amitié et le choix entre la survie et l'honneur. Le film ouvre avec une citation attribuée à Goethe : « À la fin de leur vie, tous les hommes regardent en arrière et pensent que leur jeunesse était l'Arcadie. » Une citation qui sonne comme un programme autobiographique.
Il dirige également Be Forever Yamato (1980) et Final Yamato (1983), deux films de la franchise Yamato — l'autre grand univers de l'anime spatial des années 70-80.
Les années 80 — l'âge d'or de la commande Toei
Les années 80 confirment Katsumata comme le réalisateur le plus polyvalent et le plus fiable de Toei Animation. Il enchaîne des genres radicalement différents avec une même efficacité professionnelle.
Dr. Slump Arale-chan (1981)
La comédie d'Akira Toriyama, délirante et absurde — un registre aux antipodes des robots géants de Nagai. Katsumata y dirige des épisodes, prouvant sa capacité à s'adapter à n'importe quelle tonalité narrative.
Hokuto no Ken — Ken le Survivant (1984)
La série adaptée du manga de Buronson et Hara est peut-être la plus violente de la décennie — un post-apocalyptique de survie avec arts martiaux, où les corps explosent à chaque technique secrète. Katsumata en prend la direction générale. La série atteint des sommets d'audience et définit l'esthétique « shōnen mature » des années 80.
La Petite Sirène (1975) et les contes
Entre deux robots géants, Katsumata réalise en 1975 le long métrage Anderusen Douwa Ningyo Hime (La Petite Sirène d'Andersen) — 68 minutes, character design de Reiko Okuyama et Shingo Araki. La capacité à passer du mecha hard au conte pour enfants en quelques mois est typique de sa méthode : il est un réalisateur de commande au sens noble, capable de servir n'importe quel projet avec le même niveau d'exigence professionnelle.
La trilogie Sangokushi (1992-1994) — l'œuvre personnelle
À la fin des années 80, en collaboration avec le réalisateur de cinéma live-action Toshio Masuda, Katsumata s'engage dans le projet le plus ambitieux de sa carrière : l'adaptation du roman chinois classique Romance des Trois Royaumes (Sangokushi) en une trilogie de films d'animation.
Les trois films sortent en 1992, 1993 et 1994. Le premier, Great Conquest: The Romance of Three Kingdoms (1992), reçoit un accueil unanimement positif de la critique spécialisée mondiale. Un critique IMDB le décrit comme
un modèle presque parfait de la façon dont une épopée historique animée devrait être réalisée. Les créateurs de Mulan de Disney (1998) auraient pu apprendre beaucoup de ce film sur la façon dont un sujet historique sérieux devrait être traité sur grand écran.
— IMDB, critique du film Sangokushi (1992)
C'est une œuvre qui sort du cadre habituel de la production Toei — non plus l'adaptation de manga populaire pour la jeunesse, mais un récit historique de guerre et de politique destiné à un public adulte. Elle représente la maturation ultime de tout ce que Katsumata a appris dans le jidaigeki de Kyoto soixante ans plus tôt.
L'héritage invisible — le réalisateur de tout
Katsumata est un exemple rare de cinéaste entièrement défini par la fidélité institutionnelle. Pendant quarante-cinq ans, il travaille pour un seul studio — Toei — avec une constance que peu de réalisateurs de l'histoire du cinéma mondial peuvent revendiquer. Pas de fuite vers la concurrence, pas de projet indépendant, pas d'ego d'auteur revendiqué. Juste la commande, servie avec excellence.
En 2011, le Tokyo Anime Awards Festival lui décerne l'Award of Merit dans la catégorie réalisation — une reconnaissance tardive mais explicite de son rôle fondateur dans l'histoire de l'animation japonaise.
Son influence est structurelle plutôt que stylistique. Là où Dezaki a inventé une grammaire visuelle identifiable, Katsumata a construit un standard de production — une façon de tenir le rythme d'une série longue, de gérer l'action, de distribuer l'émotion sur des dizaines d'épisodes sans perdre le spectateur. Ce standard, absorbé par des générations de réalisateurs Toei qui ont travaillé sous ses ordres, a contribué à définir l'anime d'action des années 70-80 autant que les œuvres de Dezaki ou Miyazaki.
Il utilise parfois l'alias Kitajima Mitsuaki (北島光昭) — documenté par AniDB — pour des raisons contractuelles non précisées. Ce pseudonyme explique certaines absences dans les crédits officiels d'œuvres auxquelles il a manifestement contribué.
Filmographie sélective
| Année | Titre | Rôle | Note |
|---|---|---|---|
| 1960 | Toei Company Kyoto — jidaigeki | Ass. réalisateur | Makino, Kudo, Tasaka |
| 1963 | Ken the Wolf Boy | Épisodes | Première série Toei Dōga |
| 1968 | Cyborg 009 | Épisodes | |
| 1970 | Tiger Mask | Épisodes (19) | |
| 1972 | Devilman | Codirection | 1re collaboration Gō Nagai |
| 1972-74 | Mazinger Z | Épisodes | |
| 1973 | Mazinger Z Tai Devilman (film) | Réalisation ★ | 1er crossover anime de l'histoire |
| 1973-74 | Cutie Honey | Direction série | Nagai — magical girl precursor |
| 1974-75 | Great Mazinger | Direction série | |
| 1975 | La Petite Sirène (film) | Réalisation ★ | 68 min — conte d'Andersen |
| 1975-77 | UFO Robo Grendizer / Goldorak | Chef-réalisateur ★★ | 74 épisodes — phénomène mondial |
| 1976 | Gaiking / Daikū Maryū | Réalisation | |
| 1977-78 | Magnerobo Ga-Keen | Direction | |
| 1978-79 | Captain Future | Direction série ★ | Edmond Hamilton — SF classique |
| 1980 | Be Forever Yamato (film) | Réalisation | Franchise Yamato / Matsumoto |
| 1981 | Dr. Slump Arale-chan | Épisodes | Comédie Toriyama |
| 1982 | Arcadia of My Youth (film) | Réalisation ★★ | Harlock — DA : Kazuo Komatsubara |
| 1983 | Final Yamato (film) | Réalisation | Franchise Yamato |
| 1984-87 | Hokuto no Ken / Ken le Survivant | Direction série ★ | Shōnen mature — post-apo |
| 1992-94 | Sangokushi (trilogie, 3 films) | Réalisation ★★ | Romance des Trois Royaumes |
| 2005 | Saint Seiya : Hadès (OVA, eps 14-31) | Réalisation | Retour aux Chevaliers du Zodiaque |
| 2008 | New Attacker You (Knack Productions) | Réalisation | Dernier crédit documenté |
| 2011 | Tokyo Anime Awards Festival | Award of Merit — Réalisation | Reconnaissance officielle tardive |
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