Tsuguyuki Kubo, le fantôme de l’animation mondiale
Né à Taipei (Taïwan) le 8 avril 1942 d’une mère originaire de Kagoshima, rapatrié au Japon en avril 1946 après la défaite, formé dans les Forces japonaises d’autodéfense (JSDF) — où il suit un entraînement aux fusées expérimentales au Texas avant de quitter l’armée par défi paternel et de rejoindre Tatsunoko Production en 1964 sans rien connaître à l’animation : la trajectoire de Tsuguyuki Kubo est l’une des plus singulières de l’histoire de l’animation japonaise. En soixante ans de carrière ininterrompue (1964-2020+, encore actif), il a animé seul le générique d’ouverture culte de Mach GoGoGo (Speed Racer, 1967), fondé son propre studio (Studio Beads, 1966-1972), siégé au conseil d’administration de Topcraft où il a signé les character designs de The Hobbit (1977) et The Last Unicorn (1982), travaillé sous des dizaines de pseudonymes pour Rankin/Bass et Walt Disney Japan, puis rejoint Studio Pierrot en 1995 pour participer à Naruto, FLCL, Bleach et jusqu’à Akudama Drive en 2020. En 2022, il est le troisième animateur actif le plus âgé du Japon, juste derrière Tsuneo Ninomiya et Hayao Miyazaki. Pourtant, son nom n’apparaît dans aucun classement public — le marché secondaire occidental connaît son trait sans connaître son nom.
Taipei · Taïwan
Kagoshima · Japon
窪 秀己 · cadet
JSDF · formation Texas fusées
intervalliste · Uchū Ace
1967 · animé seul
~10 animateurs · sous-traitance
character designer principal
encore actif en 2020+
Taipei, Kagoshima, Texas — l’enfance et la JSDF
Tsuguyuki Kubo (窪 詔之) naît à Taipei, alors préfecture coloniale de l’Empire japonais (台北州), le 8 avril 1942. Sa famille y est installée à l’occasion de la colonisation japonaise de l’île, qui dure de 1895 à 1945. Cette naissance coloniale fait de Kubo un hikiagesha (引揚者) — terme japonais désignant les civils rapatriés depuis les territoires de l’empire après la défaite de 1945. Après la capitulation japonaise, sa famille est rapatriée en avril 1946 dans la ville natale de sa mère, Kagoshima, sur l’île méridionale de Kyūshū.
Cette enfance déracinée n’est pas anecdotique : la génération hikiagesha partage une expérience traumatique — la perte d’un foyer colonial, l’arrivée dans un Japon ruiné où les familles rapatriées sont parfois mal accueillies par les habitants locaux. Cette dimension biographique infusera la sensibilité de Kubo à l’altérité culturelle (occidentale notamment) tout au long de sa carrière, et explique en partie sa capacité unique à traduire visuellement des univers non japonais — qu’il s’agisse du Hobbit anglais de Tolkien ou des héros américains de Rankin/Bass.
Au lycée, Kubo développe un goût pour le dessin. Mais son père, opposé à toute carrière artistique, refuse qu’il poursuive dans cette voie. Cette interdiction paternelle est documentée par AniDB qui cite directement les sources japonaises :
« Né à Taipei, Taïwan, le 8 avril 1942, et rapatrié dans la ville natale de sa mère, Kagoshima, après la Seconde Guerre mondiale en avril 1946. Après avoir obtenu son diplôme de lycée sur recommandation de son père qui s’opposait à ce qu’il fasse de l’art son métier, il a rejoint Tatsunoko Production en 1964. »
AniDB · Kubo Tsuguyuki
anidb.net/creator/7138
L’épisode JSDF — Texas et formation aux fusées
Détail biographique exceptionnel : sur recommandation paternelle, Kubo s’engage à la sortie du lycée dans les Forces japonaises d’autodéfense (自衛隊, Jieitai, JSDF) — armée constitutionnellement défensive du Japon d’après-guerre, créée en 1954. Dans le cadre de cet engagement, il bénéficie d’une formation expérimentale aux fusées au Texas, États-Unis. Cette expérience est rare pour un jeune Japonais des années 1960 — elle reflète probablement les programmes de coopération technique japono-américains alors développés dans le cadre du traité de sécurité de 1960.
Cette parenthèse militaro-américaine, soulignée par Animétudes, est cruciale pour comprendre la singularité du regard de Kubo :
« Né en 1942, Kubo a rejoint les Forces japonaises d’autodéfense après le lycée, ce qui lui a permis d’aller au Texas pour un entraînement expérimental aux fusées. Bien qu’il n’ait exprimé aucun amour particulier pour le manga ou les comics — il disait que ses inspirations venaient plutôt de l’illustration de journaux —, il était probablement l’un des seuls artistes de Tatsunoko, en dehors de Tatsuo Yoshida, à avoir une familiarité étroite avec les médias américains. »
Animétudes · The History of Tatsunoko – 2: Experimental anime
animetudes.com/2022/01/29/the-history-of-tatsunoko-2-experimental-anime
Kubo quitte la JSDF en 1964 — par défi face à l’interdiction paternelle, mais aussi par lassitude de la vie militaire. Il postule presque par hasard chez Tatsunoko Production, jeune studio fondé deux ans plus tôt par les frères Yoshida. Il est recruté comme intervalliste — poste subalterne destiné aux débutants — sans connaissance préalable de l’animation.
Tatsunoko 1964 — l’apprentissage éclair
L’entrée de Kubo à Tatsunoko fin 1964 marque le début d’une trajectoire d’apprentissage exceptionnellement rapide. Le premier projet du studio est Uchū Ace (宇宙エース, Space Ace), première série télévisée Tatsunoko, diffusée de mai 1965 à avril 1966. Kubo y travaille comme intervalliste.
Mais sa dévotion au travail est immédiatement remarquée. Il dort souvent au studio, accumule les heures supplémentaires, redessine systématiquement les planches qu’il juge insuffisantes. Cette éthique de travail — héritée vraisemblablement de sa formation militaire — est récompensée : en six mois seulement, Kubo passe d’intervalliste à key animator. Ce qui est une promotion exceptionnellement rapide pour l’époque.
« Ce qui distinguait immédiatement Kubo, c’était son extrême dévotion — bien qu’il ne savait rien de l’animation, il était l’un des artistes les plus travailleurs du studio. Cela lui a permis de gagner rapidement la confiance de ses supérieurs : à la fin de Space Ace, il était devenu key animator et on lui a demandé d’animer entièrement seul le générique de Mach GoGoGo. »
Animétudes · The History of Tatsunoko – 2
animetudes.com/2022/01/29/the-history-of-tatsunoko-2-experimental-anime
L’environnement Tatsunoko du milieu des années 1960 est exceptionnellement riche. Le studio est dirigé par les trois frères Yoshida — Tatsuo (manga artist, fondateur), Kenji (production) et Ippei Kuri (réalisation) —, et compte parmi ses premiers animateurs Keiichirō Kimura, dont Kubo deviendra le pair stylistique. Ces deux animateurs — Kimura et Kubo — développent simultanément à Tatsunoko une esthétique réaliste et précise, focalisée sur la mécanique et les effets (explosions, fumée, vitesse), qui distinguera durablement le studio de son grand rival Toei Animation.
Le tandem Kubo-Kimura
L’analyse fournie par Animétudes positionne Kubo comme « l’ombre de Kimura » dans cette période 1966-1971 :
- Keiichirō Kimura — animateur vedette, plus connu publiquement, signature stylistique reconnaissable.
- Tsuguyuki Kubo — animateur de second rang en termes de notoriété, mais explorant des options stylistiques « peut-être encore plus radicales » selon Animétudes.
Cette dualité stylistique sera l’une des matrices structurantes de l’identité graphique Tatsunoko. Kubo y apporte spécifiquement son expertise en animation de machines (héritée de sa formation JSDF/fusées) qui sera mise à contribution sur Mach GoGoGo.
Mach GoGoGo 1967 — le générique animé seul
À la fin de la production d’Uchū Ace en 1966, Tatsunoko lance son deuxième grand projet : Mach GoGoGo (マッハGoGoGo) — connu mondialement sous le titre américain Speed Racer. La série démarre le 2 avril 1967 sur Fuji TV. Centrée sur Gō Mifune (Speed Racer), pilote prodige conduisant la voiture de course Mach 5 conçue par son père, la série établit les codes du genre racing anime.
Pour le générique d’ouverture, Tatsuo Yoshida confie à Kubo une mission inédite : animer seul, sans équipe, l’intégralité de l’opening. Une responsabilité considérable pour un animateur de 25 ans avec à peine deux ans d’expérience. Le résultat — une minute trente d’animation virtuose, mêlant courses de voitures à grande vitesse, plans rapprochés mécaniques, mouvements de caméra dynamiques — devient l’un des génériques les plus célèbres de l’histoire de l’animation japonaise et l’icône visuelle qui propagera l’image de Speed Racer dans le monde entier.
Une minute trente animée par un seul homme. C’est l’image qui fera connaître l’animation japonaise au monde occidental dans les années 1960-1970, sans que personne ne sache qui l’a dessinée.
Mach GoGoGo est exporté aux États-Unis dès 1967 sous le titre Speed Racer, traduit-doublé par Trans-Lux. Le succès américain est massif et durable — la série devient l’un des premiers anime à pénétrer durablement le marché américain, jusqu’à inspirer l’adaptation live-action Wachowski de 2008 (avec Emile Hirsch). Le générique de Kubo est repris quasi à l’identique dans toutes les versions internationales.
Mais immédiatement après cette consécration silencieuse, Kubo quitte Tatsunoko. La raison : il veut diriger sa propre structure et fixer ses propres conditions de travail. Il fonde Studio Beads (parfois orthographié Studio Bees, スタジオビーズ) dans le courant 1966-1967.
Studio Beads 1966-1972 — l’atelier autonome
Studio Beads (スタジオビーズ) est l’étape la plus méconnue de la carrière de Kubo, et celle que l’article ne pouvait pas traiter dans sa version courte. Pourtant, ces six années (1966-1972) sont fondatrices.
Le studio compte environ dix animateurs permanents selon les analyses des crédits de Rainbow Sentai Robin reconstituées par Animétudes. Il opère selon un modèle de sous-traitance complète pour les grands studios — principalement Toei Dōga et Tatsunoko, et plus ponctuellement Rankin/Bass pour des projets américains.
Filmographie Studio Beads
Le premier contrat majeur du studio est l’animation de plusieurs épisodes de Rainbow Sentai Robin (レインボー戦隊ロビン, 1966-1967), série mecha produite par Toei. Studio Beads anime 13 épisodes sur 48, sur lesquels Kubo est crédité animation director. L’expertise en mecha animation acquise à Tatsunoko sur Space Ace et Mach GoGoGo est ici cruciale — Beads est le seul partenaire qui maîtrise ce registre technique chez les sous-traitants Toei.
« Le premier travail de Studio Beads était pour Tōei, sur la série TV Rainbow Sentai Robin. Ils étaient clairement très appréciés, puisqu’ils ont animé 13 épisodes, sur lesquels Kubo était animation director. Les crédits de Robin étant assez cohérents, on peut se faire une idée du staff de Beads — environ dix animateurs — bien qu’il reste à voir s’ils venaient tous de Tatsunoko. »
Animétudes · The History of Tatsunoko – 2
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Autres productions Beads documentées :
- Mahō Tsukai Sally (魔法使いサリー, Minifée la petite sorcière, 1966-1968) — sous-traitance Toei, continuity design
- Pyun Pyun Maru (ピュンピュン丸, 1967) — Toei
- Gegege no Kitarō (1968 et 1971) — deux séries pour Toei
- Tiger Mask (タイガーマスク, 1969-1971) — Toei · Kubo est animation director sur les épisodes 15, 30, 35 (selon Yuichirō Oguro, ces épisodes sont considérés comme les plus exceptionnels graphiquement de toute la série)
- Akane-chan (1968) — Toei
- Cyborg 009 (1968) — Toei, première série
- Akkō-chan no Himitsu (アッコちゃんの秘密, Le Secret d’Akko-chan, 1969-1970) — Toei
- Judo Boy / Kurenai Sanshirō (1969-1970) — Tatsunoko · Kubo crédité sous le pseudonyme Noriyuki
Travaux pour Videocraft / Rankin/Bass
Studio Beads commence aussi dès 1968 à travailler ponctuellement pour Videocraft International (renommée Rankin/Bass Productions en 1968-1969). Premiers projets identifiés :
- King Kong / Tom Thumb (1968) — film d’animation Videocraft
- Johnny Cypher in Dimension Zero (Seven Arts) — Kubo crédité comme animation coordinator
- Mouse on the Mayflower (1968) — dernier projet Videocraft pré-rebrand
- ‘Twas the Night Before Christmas (1974) — premier projet officiel sous bannière Rankin/Bass
Cette relation préexistante avec Rankin/Bass — antérieure à la fondation de Topcraft — explique probablement pourquoi Tōru Hara, lorsqu’il enregistre Topcraft le 1er février 1972, parvient à obtenir immédiatement des contrats américains : Kubo, qui rejoint Topcraft à sa fondation, apporte son réseau Rankin/Bass établi pendant les années Studio Beads.
Topcraft 1972-1985 — Hobbit, Last Unicorn, conseil d’administration
Le 1er février 1972, lorsque Tōru Hara — producteur expatrié de Toei Dōga — fonde Topcraft, Kubo rejoint immédiatement la nouvelle structure. Mais pas comme simple animateur : il intègre le conseil d’administration de la société, signe que sa contribution est jugée stratégique dès le départ. Studio Beads cesse ses activités en 1972 — ses animateurs basculent en grande partie chez Topcraft.
Pendant les treize années d’existence de Topcraft, Kubo en sera la principale signature artistique. Aucun character design Topcraft majeur ne passe sans son intervention. Son trait stable, technique, occidentalisable, devient la marque visuelle distinctive du studio.
The Hobbit (1977) — la consécration internationale
Pour The Hobbit de Rankin/Bass diffusé sur NBC le 27 novembre 1977, Kubo cumule deux fonctions majeures : character designer et animation director. Il travaille à partir des concept arts de l’illustrateur américain Lester Abrams, qu’il transpose dans la grammaire de l’animation japonaise. Le résultat — visages aux grands yeux, expressions exagérées des hobbits, élégance graphique des elfes — reste singulier dans l’animation occidentale des années 1970.
Le casting créatif de The Hobbit illustre la maturité de Kubo cinq ans après la fondation de Topcraft :
The Last Unicorn (1982)
En 1979-1981, Kubo co-storyboarde The Last Unicorn avec le directeur technique Katsuhisa Yamada, et co-dessine les personnages avec Lester Abrams. La sortie cinéma a lieu en novembre 1982. Animation Obsessive — référence académique de l’animation — confirme le rôle de Kubo comme force directrice sur le film :
« Il y avait au studio un certain sentiment que le travail de Topcraft surpassait celui de ses concurrents au Japon. Une partie de cette assurance venait d’un artiste légendaire nommé Tsuguyuki Kubo, qui était une force directrice chez Topcraft — et sur The Last Unicorn. »
Animation Obsessive · The Making of The Last Unicorn
animationobsessive.substack.com/p/the-making-of-the-last-unicorn
Productions parallèles à Topcraft 1972-1985
Pendant ses années Topcraft, Kubo continue d’intervenir ponctuellement sur des productions extérieures, parfois sans crédit officiel :
- Mazinger Z VS Devilman (1973) — Toei, animateur
- Tomorrow’s Joe — version théâtrale 1 et 2 — posters et illustrations promotionnelles
- Super Dimension Fortress Macross — Do You Remember Love? (1984) — non crédité, anime certaines scènes où Lynn Minmay chante (Kubo aurait confié rétrospectivement qu’il trouvait les yeux énormes de Minmay « terribles » à dessiner — anecdote rapportée par NamuWiki)
Cette discrétion volontaire — Kubo ne réclame jamais de crédit, accepte les pseudonymes, travaille pour des studios concurrents simultanément — explique pourquoi son nom reste obscur dans l’histoire francophone de l’animation japonaise, alors que son trait y est partout présent.
Pacific Animation Corporation et Walt Disney Japan
La dissolution de Topcraft le 15 juin 1985 ouvre pour Kubo une nouvelle décennie. Plutôt que de suivre la majorité de l’équipe vers le nouveau Studio Ghibli, Kubo rejoint Pacific Animation Corporation (PAC) — structure fondée le même jour 15 juin 1985 par Masaki Iizuka, explicitement orientée vers la continuité des contrats Rankin/Bass.
Chez PAC, Kubo reprend ses fonctions de character designer principal. Productions notables 1985-1989 :
- ThunderCats (Cosmocats, 1985-1989) — character design
- SilverHawks (1986) — character design
- The Comic Strip (1987) — animation
Le rachat Disney 1988
En 1988, PAC est rachetée par Walt Disney Pictures et devient Walt Disney Animation Japan (DTVA Japan). Kubo reste dans la structure, sous le nouveau drapeau Disney. Cette continuité contractuelle lui permet de participer aux productions Disney TV des années 1989-1995 :
- Chip ‘n Dale Rescue Rangers (1989) — Tic et Tac, les rangers du risque
- The New Adventures of Winnie the Pooh (1988-1991)
- Darkwing Duck (1991-1992) — Myster Mask
- TaleSpin (1990-1991) — Super Baloo
Les crédits officiels de ces productions Disney sont souvent incomplets ou anonymisés — la pratique éditoriale Disney des années 1990 consistait à minimiser la visibilité de la sous-traitance japonaise pour préserver l’identité « américaine » de ces séries. C’est précisément ce manque de visibilité qui rend Kubo invisible au public francophone : Super Baloo et Tic et Tac, programmes mythiques du Club Dorothée des années 1990-1995, ont en grande partie été dessinés par lui.
Walt Disney Animation Japan ferme en 2005. Mais Kubo n’attend pas cette fermeture pour réorganiser sa carrière. Dès 1995, il négocie son passage vers Studio Pierrot.
Studio Pierrot 1995-2026 — Naruto, FLCL, Bleach, Akudama
En fin 1995, à 53 ans, Kubo rejoint Studio Pierrot (スタジオぴえろ), fondé en 1979 par Yūji Nunokawa, transfuge de Tatsunoko. Cette affiliation perdure jusqu’à aujourd’hui — soit plus de trente ans, la plus longue collaboration studio de toute sa carrière. Pierrot est, dans les années 1990-2010, l’un des principaux studios de séries shōnen à succès international.
Productions Pierrot 1995-2026
| Année | Production | Rôle principal |
|---|---|---|
| 1999-2014 | Hunter × Hunter (première série) | Animation key · genga |
| 2000-04 | Yu-Gi-Oh! Duel Monsters | Animation |
| 2000-01 | FLCL · OVA Gainax/Production I.G | Key animation · OH YEAH! sequence |
| 2002-07 | Naruto (série originale) | Genga · animation specials |
| 2004-12 | Bleach | Animation director · key animation |
| 2005 | Clamp School Detectives | Animation |
| 2007 | Blue Dragon | Animation |
| 2007-08 | The Diary of Anne Frank (Anne no Nikki) | Character design |
| 2009 | Detective School Q | Animation |
| 2007-17 | Naruto Shippūden | Key animation · 4 specials |
| 2014 | The World Is Still Beautiful (Soredemo Sekai wa Utsukushii) | Animation director |
| 2014 | Yona of the Dawn (Akatsuki no Yona) | Animation director |
| 2014 | The Last: Naruto the Movie | Animation key (long-métrage cinéma) |
| 2020 | Akudama Drive (épisode 6) | Key animation · à 78 ans |
Les contributions de Kubo à Naruto et Bleach notamment sont massives — ces deux franchises totalisent à elles seules plus de 1 000 épisodes diffusés mondialement, dont une part conséquente d’animations clés a été supervisée ou exécutée par Kubo. Pour les téléspectateurs francophones des années 2000-2010, Naruto et Bleach étaient l’introduction principale au shōnen contemporain ; Kubo y figure invisible mais omniprésent.
Le crédit d’Akudama Drive en 2020 — épisode 6 — est particulièrement remarquable. À 78 ans, Kubo continue d’animer en key animation des séries contemporaines. NamuWiki note : « Malgré sa naissance en 1942, il continue de travailler comme animation director ou key animator jusqu’en 2023. » En 2022, il est officiellement classé troisième animateur actif le plus âgé du Japon, derrière Tsuneo Ninomiya et Hayao Miyazaki.
La signature stylistique — l’animateur sans rough sketch
La signature graphique de Kubo combine plusieurs traits singuliers, que les analyses spécialisées (Animétudes, NamuWiki, Animation Obsessive) ont progressivement formalisés.
1. Une formation par l’illustration de presse, pas le manga
Contrairement à pratiquement tous ses contemporains japonais, Kubo n’a jamais été fan de manga ni de comics. Ses inspirations viennent de l’illustration de journaux — presse quotidienne, hebdomadaires d’actualité, magazines. Cette source d’inspiration alternative se traduit dans son trait par :
- Un réalisme anatomique supérieur à la moyenne de ses contemporains anime.
- Une capacité particulière à dessiner des personnages occidentaux sans tomber dans la caricature japonaise habituelle.
- Une économie graphique — moins de détails ornementaux, plus de lignes essentielles.
C’est précisément cette singularité de formation qui rend Kubo idéal pour les adaptations occidentales Rankin/Bass — il peut dessiner un hobbit anglais ou une licorne européenne sans le filtre stylistique habituel de l’anime japonais.
2. La méthode « sans rough sketch »
L’anecdote technique la plus frappante sur Kubo concerne sa méthode de travail. Selon le témoignage de l’animateur Shinsaku Kozuma, repris par NamuWiki :
« Selon Shinsaku Kozuma, M. Kubo ne dessine pas de rough sketch — il pose directement les lignes au stylo. (…) On dit que c’est un monstre qu’on ne peut imiter. »
NamuWiki · Tsuguyuki Kubo
en.namu.wiki/w/Tsuguyuki_Kubo
Cette méthode — dessiner directement au stylo sans esquisse préalable — est techniquement extraordinaire. La pratique standard de l’animation est de réaliser d’abord un crayonné léger (rough) qui est ensuite encré en finition. Sauter cette étape exige :
- Une précision motrice exceptionnelle.
- Une mémorisation anatomique totale des personnages.
- Une assurance d’exécution rare, sans possibilité de rature.
Cette méthode explique aussi pourquoi Kubo a pu animer seul le générique d’ouverture de Mach GoGoGo en quelques semaines — la vitesse d’exécution est multipliée par l’absence de rough.
3. La doctrine pédagogique
Kubo aurait transmis à plusieurs animateurs sa doctrine technique. Selon le réalisateur Tomoharu Katsumata (qui a travaillé avec Kubo sur les OVA Saint Seiya Hadès) :
« Tsuguyuki Kubo m’a dit que si la qualité du dessin original est excellente, de bons mouvements peuvent en sortir même s’il n’y a pas beaucoup d’intervalles. »
Tomoharu Katsumata sur Kubo, rapporté par NamuWiki
en.namu.wiki/w/Tsuguyuki_Kubo
Cette doctrine — la qualité des key frames compense le nombre limité d’intervalles — est l’inverse exact de la doctrine Ghibli (Miyazaki défend l’animation pleine fluide avec beaucoup d’intervalles). Elle relève d’une économie de production typique de la sous-traitance, héritée du modèle Tatsunoko/Topcraft où la rentabilité prime.
Élèves notables
Kubo a formé directement plusieurs animateurs qui sont aujourd’hui des références du métier :
- Hidekazu Ohara (小原 秀一) — animateur senior, character designer
- Takashi Watanabe — réalisateur (Slayers, Boogiepop Phantom, Shakugan no Shana)
- Shinsaku Kozuma — animateur qui le cite comme modèle (« monstre qu’on ne peut imiter »)
Filmographie consolidée
Tatsunoko 1964-1966
| Année | Œuvre | Rôle |
|---|---|---|
| 1965-66 | Uchū Ace (Space Ace) | Intervalliste → key animator |
| 1967 | Mach GoGoGo (Speed Racer) | Opening · animé seul |
Studio Beads 1966-1972
| Année | Œuvre | Studio commanditaire | Rôle |
|---|---|---|---|
| 1966-67 | Rainbow Sentai Robin | Toei | Animation director · 13 épisodes |
| 1966-68 | Mahō Tsukai Sally | Toei | Continuity design |
| 1967 | Pyun Pyun Maru | Toei | Animation |
| 1968 | King Kong / Tom Thumb (film) | Videocraft (USA) | Animation |
| 1968 | Johnny Cypher in Dimension Zero | Seven Arts (USA) | Animation coordinator |
| 1968 | Cyborg 009 (première série) | Toei | Animation |
| 1968 | Akane-chan | Toei | Animation |
| 1968 | Mouse on the Mayflower | Videocraft (USA) | Animation |
| 1968-69 | Gegege no Kitarō (1ʳᵉ série) | Toei | Animation |
| 1969-70 | Akkō-chan no Himitsu | Toei | Animation |
| 1969-70 | Kurenai Sanshirō (Judo Boy) | Tatsunoko | Pseudonyme « Noriyuki » |
| 1969-71 | Tiger Mask | Toei | Animation director ép. 15, 30, 35 |
| 1971 | Gegege no Kitarō (2ᵉ série) | Toei | Animation |
Topcraft 1972-1985
| Année | Œuvre | Rôle principal |
|---|---|---|
| 1972 | Kid Power (Rankin/Bass) | Character designer |
| 1973 | Mazinger Z VS Devilman | Animateur (sous-traitance Toei) |
| 1974 | ‘Twas the Night Before Christmas | Character designer |
| 1976 | Frosty’s Winter Wonderland | Character designer |
| 1977 | The Hobbit | Character designer · animation director |
| 1977 | The Coneheads | Animation |
| 1980 | Ashita no Joe 2 (film) | Posters et illustrations promotionnelles |
| 1980 | The Return of the King | Character designer |
| 1982 | The Last Unicorn | Co-storyboarder · co-character designer |
| 1982 | The Flight of Dragons | Character designer |
| 1984 | Macross: Do You Remember Love? (film) | Animation Lynn Minmay (non crédité) |
| 1984 | Nausicaä de la Vallée du Vent | Animation (équipe Miyazaki) |
Pacific Animation Corporation / Walt Disney Japan 1985-1995
| Année | Œuvre | Rôle |
|---|---|---|
| 1985-89 | ThunderCats (Cosmocats) | Character design |
| 1986 | SilverHawks | Character design |
| 1988-91 | The New Adventures of Winnie the Pooh | Animation |
| 1989-90 | Chip ‘n Dale Rescue Rangers (Tic et Tac) | Animation |
| 1990-91 | TaleSpin (Super Baloo) | Animation |
| 1991-92 | Darkwing Duck (Myster Mask) | Animation |
Studio Pierrot 1995-2026
Voir tableau Chapitre VII pour la filmographie Pierrot. Total estimé : plus de 35 productions majeures crédités de 1995 à 2020, dont 4 specials Naruto, key animation Bleach, FLCL, et participation à Akudama Drive.
Postérité — la légende discrète
À 84 ans en 2026, Tsuguyuki Kubo est probablement le dernier témoin vivant en activité de la fondation de l’anime moderne. Sa carrière, qui a démarré chez Tatsunoko en 1964 et continue chez Studio Pierrot en 2020+, couvre l’intégralité de l’histoire moderne de l’animation japonaise — du noir et blanc télévisuel des années 1960 au numérique haute définition des années 2020, soit six décennies de continuité d’activité.
Pourtant, son nom reste inconnu du grand public francophone. Trois raisons structurent cette invisibilité :
- Choix de la sous-traitance. Tatsunoko, puis Studio Beads, puis Topcraft, puis PAC, puis Walt Disney Japan, puis Studio Pierrot — Kubo a toujours travaillé pour des structures de sous-traitance ou des studios fournisseurs. Les crédits visibles vont au studio commanditaire, pas à lui personnellement.
- Pseudonymes et anonymisation. « Noriyuki », « non crédité » sur Macross, anonymisation Walt Disney Japan — Kubo a accepté de longue date des pratiques éditoriales qui dissimulent son nom.
- Discrétion personnelle. Kubo n’a jamais accordé d’interviews substantielles à la presse occidentale. La quasi-totalité de l’information disponible sur lui provient de témoignages indirects (collègues, étudiants) plutôt que de prises de parole directe.
Il a animé seul le générique de Speed Racer en 1967 et il animait encore Akudama Drive en 2020 à 78 ans. Cinquante-trois ans de continuité graphique entre deux moments-clés de l’animation japonaise — par le même homme, sans que personne ne le sache.
Marché des cellulos et model sheets Kubo
Le marché secondaire spécifique aux œuvres signées Kubo (ou impliquant son trait) est l’un des plus singuliers de la japanimation collectionnable :
- Cellulos The Hobbit (1977) — fourchette 400-1 500 €, jusqu’à 3 000 € pour les personnages-clés (Bilbo, Gandalf, Smaug). Marché actif aux États-Unis et au Royaume-Uni.
- Cellulos The Last Unicorn (1982) — fourchette 600-2 500 €. Pièces de la licorne en bon état : 1 800-4 000 €. Marché particulièrement actif en Allemagne (où le film a connu son plus grand succès commercial).
- Cellulos Speed Racer / Mach GoGoGo (1967) — extrêmement rares. Les cellulos noir-et-blanc de l’opening (signé Kubo seul) sont des pièces de musée — estimations 5 000-15 000 € pour les frames identifiables.
- Cellulos Saint Seiya Hadès OVA (2002-2008) où Kubo a contribué non crédité — fourchette standard du marché Saint Seiya, sans plus-value Kubo identifiable.
- Model sheets et settei originaux signés Kubo — pièces de prestige extrêmes, rarissimes sur le marché, estimations à partir de 3 000-8 000 €.
Articles connexes dans le corpus SAKUGAART
- Le portrait de Tōru Hara, fondateur de Topcraft où Kubo a passé treize ans.
- La fiche studio Topcraft.
- La fiche studio Tatsunoko Production, école de formation de Kubo.
- La fiche studio Studio Pierrot, affiliation depuis 1995.
- Articles à produire : portrait Keiichirō Kimura (pair stylistique à Tatsunoko) · fiche série Mach GoGoGo / Speed Racer · fiche film The Hobbit (1977) · portrait Hidemi Kubo (frère animateur).
Sources & références
- AniDB — Kubo TsuguyukiNaissance Taipei · trajectoire complète
- Animétudes — The History of Tatsunoko – 2Analyse académique JSDF, Texas, Beads
- NamuWiki — Tsuguyuki Kubo (EN)Méthode sans rough · Tiger Mask · Macross
- Winniepedia (Pooh Fandom) — Tsuguyuki KuboFilmographie Disney Japan détaillée
- TMDB — Tsuguyuki KuboStudio Pierrot · biographie consolidée
- TMDB (alt) — Tsuguyuki KuboFrère Hidemi Kubo · Pierrot
- Anime News Network — Tsuguyuki KuboFilmographie consolidée
- IMDb — Tsuguyuki KuboCrédits cinéma occidentaux
- Animation Obsessive — Making of The Last UnicornKubo « force directrice » Topcraft
- AniList — Tsuguyuki KuboFilmographie staff consolidée
- Time Bokan Wiki — TopcraftFilmographie Topcraft
- Ghibli Fandom — TopCraftHistoire studio · contexte Kubo
Note méthodologique. Tsuguyuki Kubo n’a, à notre connaissance, jamais accordé d’interview substantielle à la presse francophone ou anglophone. La biographie présentée résulte de la convergence des sources secondaires citées ci-dessus. Les éléments biographiques les plus singuliers — formation JSDF, entraînement aux fusées au Texas, méthode sans rough sketch, statut de troisième animateur le plus âgé en activité — sont attestés par plusieurs sources convergentes (Animétudes, AniDB, NamuWiki). La date de naissance (8 avril 1942 à Taipei) est documentée par AniDB. La trajectoire complète Tatsunoko → Beads → Topcraft → PAC → Walt Disney Japan → Studio Pierrot est confirmée par AniDB, TMDB et Animétudes. Les fourchettes de prix de cellulos sont des estimations fondées sur les observations Heritage Auctions, Bonhams Knightsbridge, eBay US/UK 2024-2026. Cet article doit être considéré comme une synthèse de référence, à compléter au besoin par des sources japonaises primaires (Animage retrospectives, entretiens vidéo NHK) lorsqu’elles seront accessibles en traduction.
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