Institution · Musée · Suginami-ku, Tōkyō · Portrait documenté
Suginami Animation Museum —
Le musée au cœur de l’anime japonais
東京工芸大学 杉並アニメーションミュージアム · Ouvert 2005 · Directeur : Yoshida Rikio depuis 2021
Entrée gratuite. 70 studios d’animation dans le quartier. 100 ans d’histoire de l’anime retracés sur trois étages. Le seul musée municipal au Japon exclusivement consacré à l’animation dans son ensemble — pas à un studio, pas à une franchise, pas à un auteur. À Suginami. Au cœur de tout.
Suginami — la capitale mondiale de l’anime
Suginami-ku est un arrondissement de l’ouest de Tōkyō que rien, de prime abord, ne distingue des quartiers résidentiels qui l’entourent. Des rues calmes, des commerces de quartier, des maisons basses. Et pourtant : Suginami abrite le plus grand nombre de studios d’animation du Japon — selon les sources, entre 70 et 130 selon les années et les critères de recensement, sur les 400 studios actifs dans l’ensemble du pays.
L’explication est historique. Les premiers grands studios d’animation japonais s’installent dans l’arrondissement voisin de Nerima dans les années 60 — Toei Animation, Mushi Production. Suginami, immédiatement adjacent, devient naturellement le territoire des sous-traitants, des ateliers de fonds, des studios d’animation secondaires qui travaillent pour les grandes maisons. Réalisateurs, producteurs, auteurs et assistants pouvaient collaborer à pied d’une rue à l’autre.
Les premiers studios de production étaient à Nerima, mais Suginami était l’arrondissement voisin le plus proche, donc il était facile pour les réalisateurs, producteurs, auteurs et assistants de travailler ensemble.
— Fujita [membre du musée], cité par Tokyo Cheapo · tokyocheapo.com
Parmi les studios historiquement implantés à Suginami ou dans ses communes limitrophes : Sunrise (Gundam, Cowboy Bebop), MAPPA (Jujutsu Kaisen), Shaft (Bakemonogatari), Satelight (Macross), Bones (Fullmetal Alchemist: Brotherhood). L’arrondissement ne ressemble pas à Hollywood — c’est précisément ce qui en fait un lieu de travail réel, pas un décor.
Fondation (2005) — l’initiative de la mairie de Suginami
En 1999, Pokémon, le film : Mewtwo contre-attaque arrive en tête du box-office américain pour un film d’animation japonais. En 2001, Le Voyage de Chihiro remporte l’Ours d’Or à Berlin. Ces deux événements changent la perception internationale de l’anime — et alertent les institutions japonaises sur la valeur patrimoniale de ce médium. La mairie de Suginami, consciente que son arrondissement héberge le cœur industriel de cette production, décide d’agir.
En mars 2005, le Suginami Animation Museum ouvre ses portes — première institution municipale au Japon exclusivement consacrée à l’ensemble de l’animation japonaise, sans se limiter à un studio, un auteur ou une franchise. La caractéristique fondamentale du musée est sa neutralité éditoriale : parce que la Japan Animation Association (AJA) est impliquée dans sa gestion, il peut exposer des œuvres de studios concurrents dans le même espace sans conflit d’intérêts.
Il existe des musées par auteur et par société d’animation, mais c’est un bon exemple de soutien à l’animation par une autorité publique. Même si l’État construit un jour une grande structure pour l’animation, on pourra être fiers que la première soit née à Suginami. Je veux que l’animation continue à se développer comme culture japonaise, et que l’effort du Japon soit connu du monde entier. Je veux réussir ceci aussi pour le bien de l’industrie.
— Suzuki Shin’ichi, directeur fondateur (2005-2021), cité par Suginamigaku.org · suginamigaku.org
Le premier directeur, Suzuki Shin’ichi (né en 1933 à Nagasaki), est lui-même une figure majeure de l’animation japonaise : cofondateur de Studio Zero en 1963 avec Fujiko F. Fujio, Shotaro Ishinomori, Fujiko Fujio (A), et d’autres membres de Tokiwasō. Il est notamment connu du grand public comme le modèle du personnage Koike-san dans les mangas de Fujiko Fujio. Il accepte le poste de directeur à l’ouverture en 2005 comme « une façon de rendre à l’industrie anime ce qu’elle m’a donné », et le conserve jusqu’en 2021.
Les collections permanentes — 100 ans d’animation sur un mur
L’exposition permanente occupe le 3e étage du Suginami Kaikan (le bâtiment municipal qui accueille le musée). Elle s’organise autour de plusieurs zones distinctes, conçues pour être accessibles à tous les publics — des enfants aux passionnés d’histoire de l’animation.
La frise chronologique — depuis 1917
Dès l’entrée, une frise murale chronologique retrace l’histoire de l’animation japonaise depuis sa première trace documentée en 1917 — le court-métrage Namakura Gatana de Jun’ichi Kouchi, considéré comme le premier dessin animé japonais. La frise progresse année par année jusqu’au présent, illustrée de photographies, affiches, jouets et extraits diffusés sur des téléviseurs d’époque. Chaque visiteur retrouve les séries de son enfance dans leur contexte historique précis.
Les ateliers reconstitués
Plusieurs espaces de travail d’animateurs ont été reconstitués avec du matériel d’époque : tables lumineuses, piles de cellulos, outils de colorisation. Ces reconstitutions permettent de visualiser concrètement les conditions de production d’une série TV des années 70-80 — très différentes des workflows numériques actuels.
La colonne des signatures
À la réception, une colonne de signatures est couverte des autographes de réalisateurs, animateurs et mangakas ayant visité le musée. Cette colonne, commencée à l’ouverture en 2005, constitue un document vivant de l’histoire du musée et de la fréquentation de la profession.
La bibliothèque (4e étage)
Au 4e étage, une bibliothèque d’anime est ouverte au public avec des DVDs visionnables sur place (limitée à 30 minutes par visiteur en période d’affluence), des livres d’art, des revues spécialisées et des mangas en plusieurs langues — japonais, anglais, français, allemand, coréen, tchèque, thaï et autres. C’est l’une des ressources documentaires sur l’animation japonaise les plus accessibles du pays pour un visiteur non-spécialiste.
Les espaces d’expérience — faire avant de comprendre
La philosophie du musée est participative. Plutôt que de se contenter de montrer, il propose de faire — de manipuler les outils de l’animateur, de prendre la voix d’un personnage, de comprendre par la pratique ce que représente la production d’un anime.
L’atelier para-para (flip-book)
Des ateliers de flip-book animation (パラパラアニメ) sont proposés gratuitement les jours d’ouverture, de 10h à 17h. Sans rendez-vous, sans coût supplémentaire. Les visiteurs créent en quelques minutes leur propre séquence animée — introduction concrète au principe fondamental de l’animation par persistence rétinienne. D’autres ateliers ponctuels proposent de l’animation en argile (clay animation) ou du tracé d’entre-deux (dōga trace).
Le coin afreko (doublage)
Un studio de doublage miniature permet aux visiteurs d’enregistrer leur voix sur une scène courte d’Astro Boy ou d’un autre personnage culte. Le principe de l’afreko (after recording — technique japonaise où l’animation est dessinée en premier, les voix enregistrées après) est ainsi démontré de manière vivante.
Le théâtre (4e étage)
Le théâtre avec écran de 150 pouces en son surround diffuse des sélections d’anime — œuvres classiques ou productions liées à l’exposition temporaire en cours. Les séances sont libres d’accès, incluses dans l’entrée gratuite du musée.
Atelier numérique
Des stations informatiques permettent d’utiliser des logiciels d’animation professionnels pour coloriser ou animer des scènes. Destiné à illustrer l’évolution des techniques depuis le cellulo vers le numérique.
Les expositions temporaires — quatre fois par an, un univers différent
Toutes les deux à trois mois, l’espace d’exposition temporaire du 4e étage change entièrement de thème. Ces expositions sont le pouls vivant du musée — elles drainent un public fidèle qui revient régulièrement, et elles constituent une fenêtre sur la production anime contemporaine autant que sur l’histoire du médium. Chaque exposition inclut des dessins originaux, des matériaux de production, des autographes de doubleurs, et des visuels grand format pour les photos.
Un audioguide en anglais est disponible pour chaque nouvelle exposition — effort de médiation internationale significatif pour un musée municipal gratuit.
| Période | Exposition | Note |
|---|---|---|
| 2020-2021 | Sunrise — Gundam, Cowboy Bebop, Code Geass | 16 œuvres, 4 séries · Sunrise est à Suginami |
| 2023-2024 | Spy × Family | ★ Phénomène mondial |
| 2025 (en cours) | Crayon Shin-chan : Super Luxueux ! Les danseurs brûlants de Kasukabe | Exposition film · postcards offerts |
| Récurrentes | Expositions commémoratives d’animateurs | Ex. : rétrospective Aosaka Hiroshi 2007 |
Yoshida Rikio — portrait du directeur actuel
Yoshida Rikio吉田力雄 · よしだ りきお
Né en 1954 (Shōwa 29) dans la préfecture de Chiba. Diplômé en 1978 du département de radio et télévision de la Faculté des Arts de l’Université Nihon. Son mémoire de fin d’études, intitulé Monde invisible (見えない世界), défendait déjà la singularité de l’expression animée comme médium à part entière.
En avril 1978, il rejoint Tokyo Movie (aujourd’hui TMS Entertainment), implanté dans le quartier de Naritahigashi à Suginami. Il y travaille comme assistant de réalisation sur les séries TV Shin Kyojin no Hoshi I et II, puis sur le film Lupin III : Le Château de Cagliostro (Hayao Miyazaki, 1979) — première expérience de production d’un long-métrage fondamental de l’histoire de l’anime.
Il participe ensuite aux premières coproductions internationales du studio, en tant que manager local aux antennes TMS-Taipei et TMS-Seoul. Il supervise des productions Disney et de nombreux projets étrangers. De retour au Japon, il intègre les comités de production de Soreike! Anpanman, Lupin III, Detective Conan, Lupin III vs Detective Conan (films) et de nombreuses séries TV.
Il gravit les échelons jusqu’au poste de directeur général marketing, puis constitue les fondations des activités de licensing, base de données et archivage des actifs vidéo de TMS. Nommé directeur exécutif senior en 2014, conseiller spécial en 2016, il prend sa retraite de TMS en mars 2020.
Parallèlement, à partir de 2008, il siège comme directeur, directeur général, puis vice-président de la Japan Animation Association (AJA). Il préside la commission d’examen des pratiques de sous-traitance équitable dans la production animation, et lance le comité de réforme des conditions de travail — travail institutionnel sur les conditions de la profession.
En 2017, il prend la direction du projet Anime Taizen (アニメ大全) pour le centenaire de l’anime japonais, et fait enregistrer le 22 octobre (date de sortie du premier long-métrage couleur japonais, Hakujaden / Le Serpent blanc) comme « Jour de l’Anime » (アニメの日). La même année, il co-fonde le festival Anime Film Festival Tokyo regroupant sept studios.
Depuis le 1er avril 2021, il est directeur du Suginami Animation Museum — mission qu’il définit comme « transmettre à la prochaine génération les œuvres héritées des pionniers, et continuer à les faire vivre ». Il est également évaluateur de la Fondation commémorative Tokuma pour la culture d’animation (Tokuma Memorial Animation Cultural Foundation), qui gère le Musée Ghibli de Mitaka.
L’animation japonaise a évolué dans ses techniques d’expression et de prise de vue, et s’est étendue au manga, aux jeux, à la musique, aux jouets, mais aussi à la mode et à la culture alimentaire — elle est désormais reconnue dans le monde entier comme un contenu représentatif du Japon. Je suis convaincu que c’est le résultat des défis quotidiens et des efforts des pionniers.
J’ai occupé la position de fournisseur d’œuvres, mais désormais je pense que notre mission est de transmettre à la prochaine génération les œuvres héritées de ces pionniers, et de continuer à les faire vivre. J’ai accepté le poste de directeur avec cette conviction.
— Yoshida Rikio, message de prise de poste · Site officiel SAM · sam.or.jp/about_sam
Son prédécesseur, Suzuki Shin’ichi (né en 1933), devient directeur honoraire à partir du 1er avril 2021. Suzuki avait fondé le musée en 2005 et le dirigeait depuis son ouverture — soit seize ans de direction continue, un record de longévité institutionnelle remarquable.
Les droits de naming — Tokyo Polytechnic University
En 2018, la mairie de Suginami ouvre les droits de naming du musée à des partenaires extérieurs, cherchant un soutien financier complémentaire. La valeur souhaitée : 5 millions de yens par an pour un contrat de trois à cinq ans. Les studios d’animation étaient explicitement exclus de l’appel d’offres — pour préserver la neutralité éditoriale du musée, les entreprises du secteur qu’il présente ne peuvent pas en financer le nom.
C’est la Tokyo Polytechnic University (東京工芸大学 — université spécialisée dans les arts, le design et les technologies de l’image) qui remporte l’appel d’offres pour un contrat initial de cinq ans (2018-2023). Depuis septembre 2018, le nom officiel est donc 東京工芸大学 杉並アニメーションミュージアム. Après l’expiration du contrat en août 2023, l’université a reconduit l’accord — le musée continue d’afficher son nom en 2026.
Guide de visite pratique
Comment y aller
Le musée est situé dans le bâtiment Suginami Kaikan, au 3e étage. Depuis la gare d’Ogikubo (lignes JR Chūō et Tokyo Metro Marunouchi), prendre n’importe quel bus Kantō depuis les arrêts n°0 ou n°1 (sortie nord) — descendre à l’arrêt Ogikubo Keisatsusho-mae (en face du commissariat d’Ogikubo). Le musée est à moins de 2 minutes à pied. Alternativement, depuis la gare de Nishi-Ogikubo (ligne JR Chūō), environ 16 à 20 minutes à pied.
Langues disponibles
L’audioguide est disponible en japonais, anglais, coréen et chinois. Les explications des nouvelles expositions temporaires sont systématiquement traduites en anglais. Des dépliants informatifs existent en français, coréen et autres langues. Le site officiel propose des pages en japonais, anglais et chinois.
Durée recommandée
Compter 2 à 3 heures pour une visite complète incluant la bibliothèque et une séance de théâtre. Si une exposition temporaire particulière vous intéresse, prévoir davantage. La bibliothèque seule peut occuper des heures — le fonds de DVDs et de livres d’art est exceptionnellement riche.
Combiner avec d’autres lieux
Le musée s’inscrit dans un triangle culturel de l’ouest de Tōkyō : le Musée Ghibli de Mitaka (à 30 minutes en train, réservation obligatoire longtemps à l’avance), le quartier de Koenji (sous-culture, vinyle, vintage, à 10 minutes), et le parc Inokashira (entre Kichijoji et Mitaka). Le SAM est la seule institution de cette zone accessible librement sans réservation.
Ce que la presse dit
L’exposition permanente occupe un seul étage, avec un étage cinéma supplémentaire qui accueille des expositions tournantes, et une bibliothèque de films anime ouverte au public. Au premier abord, cela peut sembler peu d’espace pour un sujet aussi vaste, mais le musée maintient l’équilibre parfait entre être complet et compact.
— Tokyo Cheapo · tokyocheapo.com
L’une des raisons pour lesquelles les fonds sont si beaux [dans Children of the Whales] est le fait que Toshiharu Mizutani est le directeur artistique de la série. Il a travaillé sur des classiques comme Akira, Kiki la petite sorcière et Yuri!!! on Ice, donc il n’est pas surprenant qu’il apporte un regard talentueux pour les visuels.
— Note : Exemple de la connexion entre le musée et les artistes locaux — plusieurs DA liés aux studios de Suginami ont exposé leurs travaux au SAM.
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