Bernard Deyriès, le metteur en scène de l'imaginaire
Derrière la caméra invisible des Mystérieuses Cités d'Or et d'Ulysse 31, il y a un homme : Bernard Deyriès. Réalisateur français formé à Tours, compagnon de route de Jean Chalopin depuis leurs années de poésie, il a co-réalisé les coproductions franco-japonaises fondatrices, façonné leur univers onirique — le Grand Condor, le Solaris — et dirigé jusqu'aux premières séances de doublage. Portrait d'un réalisateur qui a appris à travailler avec les Japonais sur des héros ambigus, et qui a toujours préféré les concepts forts au manichéisme.
né le 16 avril 1947
Indre-et-Loire
élève, prof, directeur
pub, films institutionnels
1981 · TMS
co-réalisation, 1982
1990
en BD · 17 pays
De l'École Brassart à la rencontre Chalopin
Bernard Deyriès naît le 16 avril 1947 à Tours. Étudiant à l'École Brassart de sa ville — école de dessin dont il deviendra plus tard le professeur principal, puis le directeur en 2003 —, il publie ses premiers dessins dans des fanzines. C'est dans le milieu poétique tourangeau, autour d'un cercle artistique animé dans un café, qu'il rencontre Jean Chalopin : Deyriès y chante et joue de la guitare, Chalopin y récite ses poèmes. Une amitié de jeunesse qui deviendra l'un des tandems les plus productifs de l'animation française.
Quand Chalopin, à la tête de DIC, a besoin de dessinateurs pour ses films publicitaires, il fait appel à Deyriès, qui enseigne alors l'animation. En 1974, ils réalisent ensemble des dessins animés publicitaires et des films institutionnels — dont Archibald le magicien. Lorsque Chalopin décide de passer aux séries, Deyriès et un petit groupe de dessinateurs français le suivent.
Ulysse 31 — premier réalisateur d'une coproduction historique
À la fin des années 1970, Chalopin part au Japon monter Ulysse 31 avec le studio TMS. Deyriès le rejoint et s'installe avec sa famille au Japon. Diffusée au début des années 1980, la série est sa première réalisation — et la première coproduction franco-japonaise de l'histoire du dessin animé. Le succès le fait considérer comme un grand réalisateur français de l'animation.
Anecdote révélatrice du soin porté aux personnages : c'est Deyriès qui recrute le comédien Jean Topart pour le rôle de Zeus dans Ulysse 31 — performance si marquante qu'il lui confiera ensuite la narration des Mystérieuses Cités d'Or. Le réalisateur, chez Deyriès, ne dirige pas que l'image : il dirige les voix.
Les Cités d'Or — l'architecte de l'imaginaire
Sur Les Mystérieuses Cités d'Or, Deyriès est co-réalisateur aux côtés de Chalopin. Son apport est décisif sur l'identité visuelle et narrative : c'est avec Chalopin qu'il crée l'ensemble de l'univers onirique et fantastique de la série — les concepts finaux du Grand Condor et du Solaris, l'orientation futuriste, et même des idées musicales que suivront ensuite Shuki Levy et Haïm Saban.
Son implication descend jusqu'au plateau : avant de confier le doublage français à une société spécialisée, Deyriès dirige lui-même les comédiens sur les premiers épisodes pour donner la direction à suivre, et vient régulièrement vérifier que tout se déroule selon l'orientation voulue. Le réalisateur, ici, est le gardien de la cohérence d'ensemble — de l'image au son.
Grand Condor, Solaris, le ton, les voix : Deyriès n'a pas mis en images un scénario, il a co-bâti un monde.
Le travail avec les Japonais
Deyriès a livré une réflexion précieuse sur la collaboration franco-japonaise. Il opposait volontiers le travail avec les studios japonais à celui, ultérieur, pour le marché américain — qu'il jugeait plus manichéen. Avec les Japonais, disait-il en substance, on travaillait sur des concepts forts, avec des héros parfois ambigus — il citait Mendoza, des Cités d'Or, comme exemple.
Il relevait aussi une parenté de sensibilité : selon lui, les Japonais avaient des références proches du cinéma français, ce qui rendait la collaboration créative féconde. Cette lucidité sur ce que la rencontre des deux écoles produisait — ni un produit purement français, ni un produit purement japonais, mais une troisième voie — éclaire la singularité durable des Cités d'Or, et nourrit directement le corpus SAKUGAART sur la coproduction franco-japonaise.
Studio Story et l'indépendance
En 1987, DIC est vendu à un groupe américain et l'équipe Chalopin rentre en France. Deyriès en profite, peu après, pour voler de ses propres ailes : en 1990, il fonde avec Christian Choquet, Guy Delcourt et Pascal Morelli son propre studio de pré-production, Story, afin de réaliser des dessins animés correspondant précisément à ses aspirations.
Il continue de travailler par intermittence avec Chalopin (Sophie et Virginie, Les Jumeaux du bout du monde) tout en menant ses propres projets — adaptations littéraires, dont Les Malheurs de Sophie qui rencontrera un grand succès et sera même diffusée au Japon. Homme aux multiples talents, il a aussi publié une Histoire de la musique en bande dessinée, vendue dans dix-sept pays.
Le réalisateur de l'ombre
Bernard Deyriès illustre une vérité que SAKUGAART s'attache à documenter : derrière les œuvres que tout le monde a vues, il y a des réalisateurs que personne ne nomme. Des millions de Français connaissent le générique des Cités d'Or par cœur ; presque aucun ne sait qui en fut le metteur en scène.
Son legs est précis : il est le réalisateur des deux coproductions franco-japonaises qui ont ouvert une voie — Ulysse 31 et les Cités d'Or —, le co-créateur de leurs univers, et un passeur entre deux cultures de l'animation. Revenu enseigner là où il avait débuté, à l'École Brassart de Tours, il aura aussi transmis. Le réalisateur de l'ombre fut, jusqu'au bout, un homme de l'image et de la pédagogie.
Articles connexes dans le corpus SAKUGAART
- Le dossier Les Mystérieuses Cités d'Or et la fiche Ulysse 31.
- Les portraits de Jean Chalopin et Bruno Bianchi — l'équipe DIC.
- Les portraits de Mitsuru Kaneko, Mitsuki Nakamura, Toshiyasu Okada — les partenaires japonais.
- L'annonce du livre Les séries de notre enfance (Eluasti & Zemrak).
Sources & références
- Wikipédia FR — Bernard DeyrièsNaissance · Brassart · filmographie
- MCO Wiki — Bernard DeyrièsUnivers Cités d'Or · doublage · Topart
- Les Cités d'Or — Deyriès & ChalopinParcours · Studio Story · interviews
- Site Ulysse 31 — entretien DeyrièsTravail avec les Japonais · Mendoza
Note méthodologique. Naissance (16 avril 1947, Tours), parcours École Brassart, rencontre Chalopin, DIC 1974, Ulysse 31, co-réalisation des Cités d'Or et création de leur univers (Grand Condor, Solaris, direction du doublage, recrutement de Jean Topart), Studio Story 1990 : éléments établis par sources convergentes citées (Wikipédia, MCO Wiki, sites de référence et entretien). Article rédigé pour SAKUGAART, site éditorial dédié à l'animation japonaise.
Leave a comment