Dossier · Studio · Histoire · Premier studio CG japonais · 1980-1987
Japan Computer
Graphics Lab
日本コンピューターグラフィックスラボ · JCGL · Fondé avril 1980 · Shibuya, Tôkyô · Kaneko Mitsuru
Avril 1980. Dans un immeuble de deux étages à Shibuya, Kaneko Mitsuru installe les premiers ordinateurs d'un studio d'animation qui n'a pas d'équivalent au Japon. Le premier studio CG commercial japonais. Celui qui produira en 1982 le premier épisode d'animation entièrement traité par ordinateur de l'histoire mondiale de la télévision. Et qui, sept ans plus tard, disparaîtra, laissant un héritage qui structure encore l'industrie du CG japonais.
Kaneko Mitsuru — biographie d'un pionnier
Kaneko Mitsuru (金子 満) naît le 1er janvier 1939 à Tôkyô. Il est le fils d'un cadre dirigeant de la société de production cinématographique Tôhô — ce qui lui donne dès l'enfance une immersion dans le milieu du cinéma japonais d'après-guerre et une familiarité avec ses mécanismes industriels. Il suit des études de droit à la prestigieuse université Keiō, puis part aux États-Unis où il obtient un diplôme de la School of Cinema Arts de l'Université de Californie du Sud (USC) — l'une des écoles de cinéma les plus réputées du monde.
De retour au Japon, Kaneko devient producteur de téléfilms pour Fuji TV, puis se lance dans la production d'animés. En 1974, il fonde la société MK Production, pour laquelle il produit et scénarise plusieurs animés. C'est dans le cadre de MK Production qu'il commence à réfléchir aux possibilités de l'informatique appliquée à l'animation — une intuition qui, en 1978, prend la forme d'un projet concret.
Kaneko Mitsuru décède le 15 juin 2018, à 79 ans. Sa carrière aura duré plus de cinquante ans — de la production télévisée des années 1960 aux effets spéciaux hollywoodiens des années 1990, en passant par ce moment singulier du début des années 1980 où il posa les fondations du CG japonais.
MK Company et The Yearling — l'idée fondatrice
En 1978, Kaneko Mitsuru, alors à la tête de MK Company, obtient auprès de MGM Studios les droits d'adaptation en animation de The Yearling — le roman de Marjorie Kinnan Rawlings publié en 1938, récompensé par le prix Pulitzer de la fiction en 1939 et adapté en film live-action par MGM en 1946 avec Gregory Peck. Le projet envisage une série TV de 52 épisodes de 30 minutes.
C'est à ce moment que Kaneko prend une décision qui change le cours de l'histoire de l'animation japonaise : face à la montée rapide du coût des animateurs et du processus d'enregistrement sur pellicule, il décide que la série sera produite non pas selon les méthodes traditionnelles, mais par animation informatique. En 1978, cela n'existe pas au Japon. Kaneko doit d'abord créer l'outil avant de créer l'œuvre.
En 1978, Mits Kaneko de MK Company obtint de MGM Studios les droits d'animation du roman prix Pulitzer de Marjorie Keenan Rawlings The Yearling. Kaneko décida d'utiliser l'animation par ordinateur sur les 52 épisodes de 30 minutes à cause de la montée rapide des coûts des animateurs et du processus d'enregistrement sur pellicule. Après deux ans de développement et de formation des artistes, en avril 1980, JCGL fut établi.
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Les deux années séparant la décision (1978) de la fondation du studio (1980) sont consacrées à deux chantiers simultanés : le développement des outils technologiques nécessaires à la production CG d'animation TV — hardware et software, qu'il faut en grande partie concevoir soi-même — et la formation des artistes à ces outils. Ce double investissement — technologique et humain — avant même la production du premier pixel commercial est l'une des marques distinctives de l'approche de Kaneko.
Fondation de JCGL — avril 1980
En avril 1980, Japan Computer Graphics Lab (日本コンピューターグラフィックスラボ — abrégé JCGL) est fondé à Shibuya, Tokyo, dans le quartier de Minamipeidai. Le studio s'installe dans un immeuble de deux étages : le studio et la salle des machines au sous-sol, les bureaux au-dessus. L'architecture — boutique en façade, infrastructure technologique cachée en dessous — donne au lieu une atmosphère singulière, à mi-chemin entre le loft d'artiste et le centre informatique.
Le montage actionnarial est remarquable : Toho (cinéma), Kodansha (édition), Toppan (impression) et Telework (télévision) représentent collectivement les quatre branches de l'industrie des contenus culturels japonais de l'époque. Kaneko a convainccu des industriels de secteurs différents que la synthèse d'image allait transformer leurs métiers — une intuition juste mais prématurée d'une décennie.
La visite de Bill Gates aux locaux de JCGL pendant son passage au Japon — mentionée dans plusieurs sources — est un indicateur de la visibilité internationale qu'acquiert très vite le studio. En 1980-1981, les entreprises américaines qui s'intéressent au CG sont peu nombreuses ; le fait que Gates se déplace à Shibuya pour voir ce que Kaneko fait dit quelque chose sur la réputation que JCGL s'est construite en quelques mois.
Le système technique — anatomie d'une infrastructure pionnière
L'infrastructure technique de JCGL est conçue spécifiquement pour la production d'animation TV en CG — un cahier des charges qui n'avait pas d'équivalent dans le monde en 1980. Chaque élément du système est soit adapté d'équipements existants, soit conçu sur mesure. Le résultat est une infrastructure hybride — à la fois standard (par ses composants) et unique (par leur assemblage).
Configuration technique JCGL — 1980
- Imprimante optiqueGrand format custom — conçue sur mesure pour dupliquer les frames et réduire le temps de rendu
- Enregistreurs pellicule2 × Dicomed 48-S film recorders — conversion signal numérique → pellicule
- Mini-ordinateurs principaux2 × VAX 780 (DEC) — les « super mini-computers » de référence de l'époque
- Ordinateurs secondaires4 × PDP 44 — calcul distribué
- Stations encrage & peinture8 × PDP 11 — postes de travail artistes
- Scanners2 × DeAnza scanners — numérisation des dessins originaux
- LogicielDéveloppé en interne pour les besoins spécifiques de l'animation TV — puis licencé auprès de Cranston/Csuri Productions (1985)
Le goulot d'étranglement principal de tout système CG de l'époque est le temps de rendu : calculer et afficher chaque image individuellement prend un temps considérable sur les machines de 1980. L'innovation technique majeure de JCGL est l'imprimante optique sur mesure capable de dupliquer automatiquement des frames identiques — réduisant massivement le nombre de calculs nécessaires pour une séquence où l'image ne change pas entre deux frames. C'est une solution élégante qui exploite les caractéristiques spécifiques de l'animation TV (avec ses nombreux plans statiques ou à changement minimal).
Kojika Monogatari 1982 — la première mondiale
Le projet The Yearling — rebaptisé Kojika Monogatari (子鹿物語) pour le marché japonais — est à l'origine de la fondation de JCGL. Il devait être une série de 52 épisodes entièrement produits en CG. Ce qui se passe en réalité est à la fois une réussite historique et un échec industriel.
L'équipe parvient à compléter un seul épisode — l'épisode numéro 2 de la série — en CG intégral. Cet épisode est diffusé en avril 1982 et devient le premier programme d'animation télévisé entièrement traité par ordinateur de l'histoire mondiale. Cette priorité est documentée et non contestée.
La production de The Yearling, cependant, échoua avec seulement un épisode terminé, qui était en réalité le numéro 2 de la série. En raison de divers défis créatifs, le calendrier de production devint presque le double de ce qui avait été estimé. Cet épisode numéro 2 fut diffusé en avril 1982 et devint le premier programme d'animation télévisé entièrement traité par ordinateur au monde.
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L'échec industriel est net : le calendrier de production du premier épisode s'étire au double de ce qui avait été prévu. Produire 52 épisodes à ce rythme est impossible financièrement. Les 51 épisodes restants sont basculés vers la méthode traditionnelle — dessin à la main et peinture manuelle des cellulos. JCGL abandonne l'animation 2D CG comme mode de production principal et pivote vers un usage différent de la technologie.
Lensman 1984 — la 3D au cinéma japonais
Après l'échec industriel de Kojika Monogatari comme production CG intégrale, Kaneko Mitsuru réoriente JCGL vers un usage plus pragmatique du CG : non plus remplacer l'animation 2D traditionnelle, mais compléter l'animation traditionnelle par des éléments 3D là où la technologie apporte une vraie valeur ajoutée — typiquement, les vaisseaux spatiaux, les véhicules mécaniques et les structures architecturales complexes.
Cette approche hybride trouve son expression la plus ambitieuse dans le film cinéma SF Shinseiki Lensman (SF新世紀 レンズマン), produit par Kodansha et distribué par Tôhô Towa, sorti en 1984. La série TV Galactic Patrol Lensman suit la même année, avec l'animation d'ouverture confiée à JCGL.
Lensman est l'adaptation du cycle de space opera américain éponyme de E.E. "Doc" Smith. Les vaisseaux spatiaux du film — notamment ceux des scènes de bataille spatiale — sont réalisés en 3D CG par JCGL, tandis que les personnages et les décors restent en animation 2D traditionnelle. Le film est l'un des premiers de l'histoire du cinéma d'animation à intégrer systématiquement des éléments 3D dans un long métrage animé.
En 1985, JCGL licencie le logiciel de production de Cranston/Csuri Productions (CCP), basé à Columbus, Ohio — l'une des entreprises américaines les plus avancées en CG commercial de l'époque. Cette licence permet à JCGL d'accéder à des outils de modélisation et de rendu 3D de niveau professionnel, accélérant sa transition vers la production 3D.
SIGGRAPH — la reconnaissance internationale
SIGGRAPH — Special Interest Group on Computer Graphics and Interactive Techniques — est depuis 1974 la conférence internationale de référence sur l'infographie. Ses « Electronic Theater » — projections d'animations CG sélectionnées par un comité — sont le baromètre mondial de la qualité en CG. Être sélectionné à SIGGRAPH dans les années 1980 est l'équivalent, pour un studio CG, d'une sélection en compétition officielle à Cannes.
JCGL est sélectionné et présente ses travaux à SIGGRAPH en 1983, 1986 et 1987. Les archives de l'ACM SIGGRAPH conservent les références de ces présentations. Le demo reel de 1983 — dont une version est accessible via les archives de SIGGRAPH — utilise l'extrait « End Title » de la bande originale de Blade Runner (Vangelis, 1982, dans l'interprétation du New American Orchestra) comme musique de présentation. Ce choix — la musique de l'un des films de science-fiction les plus avancés visuellement de l'époque — dit quelque chose sur la conscience que JCGL avait de sa propre inscription dans l'histoire de l'image numérique.
En 1981, le premier studio CG commercial japonais, JCGL (Japan Computer Graphics Lab), fut établi dans le quartier de Minamipeidai, Shibuya. JCGL était une structure boutique de deux étages avec un studio et une salle des machines au sous-sol, lui donnant une atmosphère ludique. Bill Gates aurait également visité l'installation lors de son séjour au Japon.
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La dissolution 1987 — l'obsolescence comme destin
JCGL domina la production CG japonaise pendant sept ans. Sa dissolution en 1987 est la conséquence directe d'un phénomène structurel que toutes les industries technologiques connaissent : l'obsolèscence accélérée du matériel. Les VAX 780 qui constituaient le cœur de l'infrastructure de JCGL en 1980 — des machines à plusieurs centaines de milliers de dollars — ne pouvaient plus rivaliser en 1987 avec des systèmes moins chers et plus modernes.
JCGL dirigea la production CG japonaise pendant 7 ans mais arriva à sa dissolution en 1987 quand son système basé sur VAX ne pouvait plus rivaliser avec des systèmes moins chers et plus modernes. Des procès liés à des brevets aggravèrent également la situation financière.
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Trois facteurs combins conduisent à la dissolution :
L'obsolescence matérielle — le coût de remplacement des équipements était prohibitif, et les investir dans du matériel qui lui-même serait périmé en quelques années représentait un risque que les actionnaires refusaient d'assumer. La détérioration financière — conséquence de l'échec du projet initial Kojika Monogatari comme générateur de revenus. Des procès liés à des brevets — dont les détails ne sont pas pleinement documentés dans les sources publiques disponibles.
Le studio est finalement racheté par Namco — le fabricant de jeux vidéo, qui voyait dans les compétences CG de JCGL un actif stratégique pour le développement de ses propres capacités graphiques.
L'héritage — CG-ARTS, Metro Light Studio, Namco
La dissolution de JCGL dispersa ses effectifs — mais ce qu'ils avaient appris ne disparut pas. Le legs de JCGL se lit dans trois directions distinctes.
La CG-ARTS Association
En 1985, JCGL avait créé en son sein un « CG Curriculum Study Group » — un groupe de travail sur la formation aux techniques CG. Ce groupe, après la dissolution du studio, se développe en une entité indépendante qui devient la CG-ARTS Association. Aujourd'hui, cet organisme délivre les certifications CG Creator reconnues au Japon — les examens de référence pour les professionnels du CG japonais. L'héritage pédagogique de JCGL se perpétue ainsi dans la formation de toute une industrie.
Metro Light Studio — Los Angeles
En 1987, Kaneko Mitsuru et Jim Kristoff — le dirigeant de Cranston/Csuri Productions avec lequel il avait signé la licence logicielle en 1985 — co-fondent ensemble à Los Angeles la société d'effets spéciaux Metro Light Studio. Ce studio travaille sur les effets visuels de plusieurs films hollywoodiens majeurs, dont Total Recall (Paul Verhoeven, 1990) pour lequel il remporte l'Oscar des meilleurs effets visuels en 1991. Le pionnier japonais du CG repart à zéro à Los Angeles et gagne l'Oscar.
Namco et l'industrie du jeu vidéo
Le rachat de JCGL par Namco intègre les compétences du studio dans l'industrie du jeu vidéo japonaise — qui allait connaître dans les années suivantes son propre boom technologique avec l'arrivée du 3D temps réel. Plusieurs anciens membres de JCGL ont directement contribué au développement des capacités graphiques de Namco — futur Bandai Namco — dans les années 1988-1995.
Filmographie et productions de JCGL (1982-1987)
| Année | Titre | Rôle JCGL | Note |
|---|---|---|---|
| Avr. 1982 | Kojika Monogatari (子鹿物語) — ép. 2 | Production numérique intégrale | 1er anime CG TV de l'histoire mondiale · Un seul épisode complet. Les 51 autres produits en anim. traditionnelle. |
| 1982 | Arei no Kagami (film) | Computer Graphics | Long métrage animé · Contribution CG |
| 1983 | JCGL Demo Reel 1983 | Production propre | Présenté à SIGGRAPH 1983 · Musique : « End Title » de Blade Runner (New American Orchestra) |
| 1984 | SF Shinseiki Lensman (レンズマン, film) | Computer Graphics (vaisseaux 3D) | Kodansha · Distrib. Tôhô Towa · Technologie NYIT · Hybride 2D/3D |
| 1984 | Galactic Patrol Lensman (série TV) | Animation d'ouverture CG | Série TV liée au film · Générique en CG |
| 1984 | JCGL Demo Reel 1984 | Production propre | Extrait sonore du film Lensman · Distrib. pour clients et partenaires |
| Divers | Pole Position (série TV américaine) | Computer Graphics | Production américaine · Contribution CG de JCGL |
| Divers | Chiisana Koi no Monogatari (spécial TV) | CG · Coopération de production | Spécial TV japonais |
| 1986 | JCGL '86 | Demo reel | Présenté à SIGGRAPH 1986 · Archives ACM SIGGRAPH |
| 1987 | JCGL Demo for SIGGRAPH '87 | Demo reel | Dernier demo reel avant dissolution · SIGGRAPH 1987 |
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