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Dossier créateur · 1928-1989 · Mangaka · Réalisateur d'animation · Docteur en médecine
Osamu
Tezuka
手塚 治虫 · てづか おさむ · 鉄腕アトム · ジャングル大帝 · 火の鳥 · ブラック・ジャック
Un étudiant en médecine d'Osaka, collectionneur d'insectes et lecteur de Disney, a posé entre 1946 et 1989 les fondations du manga narratif moderne et de la série d'animation télévisée japonaise. D'Astro le petit robot au chirurgien Black Jack, du Roi Léo au Phénix, Osamu Tezuka a dessiné plus de cent cinquante mille pages, fondé deux studios, connu la faillite, puis signé ses œuvres les plus ambitieuses dans la seconde moitié de sa vie. Ce dossier retrace son parcours, ses studios, ses films d'auteur, sa réception en France et dans le monde, et l'héritage que le Japon s'apprête à célébrer pour son centenaire, en 2028.
Takarazuka : l'enfant des insectes (1928-1945)
Osamu Tezuka naît le 3 novembre 1928 à Toyonaka, dans la préfecture d'Osaka, aîné d'une fratrie de trois. Son prénom civil, Osamu (治), est un écho à la fête de l'empereur Meiji, le Meiji-setsu, tombant ce jour-là. À cinq ans, la famille s'installe dans le village d'Obama, district de Kawabe, dans la préfecture de Hyōgo, qui deviendra en 1954 la ville de Takarazuka ; il y vivra jusqu'à son départ pour Tokyo. Le site officiel décrit un foyer ouvert, où l'on lit des mangas et où l'on regarde des dessins animés : sa mère lui en achetait en guise de jouets et les lui lisait à voix haute, et la maison en comptait jusqu'à deux cents, selon ses mémoires.
Takarazuka, ville de la revue féminine du même nom, de ses fastes et de ses rôles travestis, laisse une trace durable : Princesse Saphir en sera le fruit le plus direct. Mais la passion qui structure l'enfance est entomologique. Le jeune Tezuka chasse les insectes dans les collines et ajoute à son prénom le caractère 虫, « insecte », qui donne la signature « Osamu » (治虫). Entré en avril 1941 au collège préfectoral de Kitano, à Osaka, il rejoint les cercles d'arts plastiques et d'histoire naturelle et dessine des mangas, ce qui lui vaut l'hostilité de l'instructeur militaire ; son professeur de dessin, M. Okajima (岡島吉郎), prend souvent sa défense. Il fonde un cercle zoologique, réalise à la main des bulletins illustrés, puis, en janvier 1943, le premier volume d'un atlas en couleurs des coléoptères (原色甲蟲圖譜).
La guerre rattrape l'adolescent. En août 1944, il est envoyé dans un centre d'entraînement physique, d'où une mycose aux bras le fait renvoyer ; en septembre, la mobilisation ouvrière l'affecte à une usine d'amiante des bords de la Yodo. Le 12 avril 1945, il voit au Shōchiku-za d'Osaka Momotarō, le divin soldat de la mer, premier long métrage d'animation japonais, et en ressort, a-t-il souvent raconté, résolu à faire un jour de l'animation. Il quitte le collège le 28 mars 1945. Le site officiel résume ce que les bombardements lui ont appris.
「戦争体験から生命の尊さを深く知り、医学の道を志して後年医学博士になるが結局彼自身が一番望んだ職業を選んだ。」
« La guerre lui fit éprouver profondément le prix de la vie ; il choisit la voie de la médecine et devint plus tard docteur en médecine, mais il opta finalement pour le métier qu'il désirait le plus. »
— Biographie officielle, Tezuka Productions, tezukaosamu.net (traduction SAKUGAART)
Le carabin d'Osaka et la Nouvelle Île au trésor (1945-1952)
Le 1er juillet 1945, Tezuka entre à l'école spéciale de médecine rattachée à l'université impériale d'Osaka. Six mois plus tard, le 1er janvier 1946, paraît dans l'édition d'Osaka du Shōkokumin Shinbun, futur Mainichi Shōgakusei Shinbun, le premier épisode d'un strip en quatre cases, Mā-chan no nikkichō (マアチャンの日記帳), publié jusqu'au 31 mars. L'étudiant mène alors trois vies : la médecine, le dessin et le théâtre amateur, au sein de la troupe Gakuyū-za, où il joue Dostoïevski et Kingsley et se produit comme pianiste.
Le 20 août 1946, à une réunion d'un club de dessinateurs du Kansai, le dessinateur Shichima Sakai (酒井七馬) lui propose un livre. En janvier 1947 paraît Shin Takarajima (新寶島), « la Nouvelle Île au trésor », sur une idée originale de Sakai. Le volume, vendu hors des circuits de presse dans le marché des livres bon marché d'Osaka, les « akahon », atteint selon le site officiel quatre cent mille exemplaires. Son ouverture, une voiture filant vers le lecteur dans une succession de cases au cadrage cinématographique, est devenue un mythe fondateur : de nombreux auteurs de la génération suivante, de Fujiko Fujio à Shōtarō Ishinomori, ont dit avoir décidé de devenir mangakas à sa lecture.
Viennent ensuite, chez les éditeurs d'akahon, une série de récits longs qui imposent la « story manga » : Lost World, Metropolis, Kitarubeki sekai. En 1950, une visite impromptue chez l'éditeur Gakudōsha lui fait rencontrer Ken'ichi Katō, directeur du Manga Shōnen, qui lui confie Jungle Taitei (ジャングル大帝), publié de novembre 1950 à avril 1954. Le 24 mars 1951, il est diplômé en médecine ; le 16 juillet 1952, il réussit l'examen national de médecin. Il ne pratiquera jamais.
Tokyo, la Tokiwa-sō et la story manga (1952-1961)
Son examen en poche, Tezuka s'installe à Tokyo en 1952, au-dessus d'une épicerie de Yotsuya, puis en 1953 dans un immeuble modeste du quartier de Shiinamachi, à Toshima : la Tokiwa-sō (トキワ荘). Il n'y reste que jusqu'en octobre 1954, mais la chambre qu'il quitte passe aux deux Fujiko Fujio, et la pension devient, autour de Hiroo Terada, Shōtarō Ishinomori, Fujio Akatsuka et quelques autres, le berceau d'une génération entière. En mars 1954, le classement des revenus du Kansai le place en tête des dessinateurs, avec 2,17 millions de yens ; en 1961, le classement national le donne premier, avec plus de neuf millions.
Les trois séries fondatrices
Dans le mensuel Shōnen de Kōbunsha, le petit robot de Atom Taishi (1951) devient le héros de Tetsuwan Atom (鉄腕アトム), publié de 1952 à 1968. Dans Shōjo Club, de janvier 1953 à janvier 1956, Ribon no kishi (リボンの騎士), Princesse Saphir en France, raconte une princesse née avec un cœur de garçon et un cœur de fille, qui doit se travestir pour régner : l'œuvre est considérée comme l'une des matrices du shōjo manga moderne. Jungle Taitei poursuit dans le Manga Shōnen l'histoire du lion blanc Léo jusqu'à sa mort.
| Œuvre | Prépublication | Support | Titre français |
|---|---|---|---|
| ★Shin Takarajima 新寶島 | janv. 1947 | Livre (akahon), avec Shichima Sakai | La Nouvelle Île au trésor |
| ★★Jungle Taitei ジャングル大帝 | 1950-1954 | Manga Shōnen | Le Roi Léo |
| ★★Tetsuwan Atom 鉄腕アトム | 1952-1968 | Shōnen (Kōbunsha) | Astro Boy / Astro le petit robot |
| ★Ribon no kishi リボンの騎士 | 1953-1956 | Shōjo Club · nouvelle version dans Nakayoshi (1963) | Princesse Saphir |
| ★★Hi no tori 火の鳥 | 1954-1988 | Manga Shōnen, puis COM (fin 1966) et autres revues | Phénix, l'oiseau de feu |
| Dororo どろろ | 1967-1968 | Weekly Shōnen Sunday | Dororo |
| Kirihito sanka きりひと讃歌 | 1970-1971 | Big Comic | Kirihito |
| ★★Buddha ブッダ | 1972-1983 | Kibō no tomo, puis Comic Tom | Bouddha |
| ★★Black Jack ブラック・ジャック | 1973-1983 | Weekly Shōnen Champion (Akita Shoten) | Black Jack |
| Mitsume ga tōru 三つ目がとおる | 1974-1978 | Weekly Shōnen Magazine | Le Prince aux trois yeux |
| MW | 1976-1978 | Big Comic | MW |
| Hidamari no ki 陽だまりの樹 | 1981-1986 | Big Comic | L'Arbre au soleil |
| ★★Adolf ni tsugu アドルフに告ぐ | 1983-1985 | Shūkan Bunshun | L'Histoire des 3 Adolf |
| Ludwig B, Gringo, Neo Faust | 1987-1989 | Trois séries interrompues par sa mort | Gringo (2009) |
En 1958, Biiko-chan et Manga seibutsugaku lui valent le troisième prix Shōgakukan du manga. La même année, il devient conseiller de Tōei Dōga, où il conçoit le scénario et la construction de Saiyūki (sorti le 14 août 1960) : c'est son premier travail dans l'animation professionnelle. Le 4 octobre 1959, il épouse Etsuko Okada à l'hôtel Hankyū de Takarazuka. Le 19 janvier 1961, l'université de médecine de la préfecture de Nara lui confère le doctorat pour une étude au microscope électronique de spermatozoïdes atypiques chez un escargot d'eau douce. En août naît son fils, Makoto, futur cinéaste.
Mushi Production et la naissance de l'anime télévisé
En juin 1961, Tezuka crée la section animation de sa société, qui prend en janvier 1962 le nom de Mushi Production (虫プロダクション), s'installe le 10 avril dans un nouveau studio à Nerima et devient société anonyme en décembre. Le 5 novembre 1962, au Yamaha Hall de Ginza, la première présentation publique du studio montre trois films : le court métrage d'auteur Aru machikado no monogatari (ある街角の物語), un essai intitulé Osu et le premier épisode d'une série dont personne ne sait encore qu'elle va transformer l'industrie.
Le 1er janvier 1963, Fuji TV diffuse Tetsuwan Atom, première série d'animation japonaise au format hebdomadaire de trente minutes. Jusqu'au 31 décembre 1966, 193 épisodes sont produits ; selon Tezuka Productions, l'audience culmine à 40,3 % et s'établit en moyenne à 25 %. Tezuka réalise lui-même plusieurs épisodes, en dessine les storyboards et en écrit d'autres. Pour tenir un rythme hebdomadaire avec une petite équipe, le studio pousse à l'extrême l'animation limitée : réutilisation systématique des dessins, banque de cellulos, plans fixes animés par la caméra.
Le mythe des 550 000 yens
Tezuka a affirmé avoir vendu les épisodes à un prix très inférieur à leur coût, autour de 550 000 yens, pour emporter le marché. Ce chiffre a nourri un réquisitoire durable : en vendant l'animation au rabais, il aurait installé les bas salaires et les cadences de l'anime. Hayao Miyazaki l'a formulé avec la plus grande dureté, au lendemain de sa mort.
「手塚治虫に『神の手』をみた時、ぼくは彼と決別した」
« Le jour où j'ai vu chez Osamu Tezuka la "main de Dieu", j'ai rompu avec lui. »
— Hayao Miyazaki, titre de son entretien paru dans Comic Box, mai 1989, repris dans Shuppatsuten 1979-1996 (traduction SAKUGAART)
Les historiens nuancent aujourd'hui fortement ce récit. Nobuyuki Tsugata, dans Anime sakka to shite no Tezuka Osamu (2007), a montré que le prix réellement payé était plus élevé que celui que Tezuka annonçait ; Yūsuke Nakagawa, dans Anime taikoku kenkokuki 1963-1973, soutient que Mushi Pro payait relativement bien ses employés. Pour Tsugata, imputer à Tezuka seul les budgets de l'anime d'un demi-siècle relève du raccourci.
Les séries de Mushi Production
| Série | Diffusion (Japon) | Chaîne | Particularité |
|---|---|---|---|
| ★★Tetsuwan Atom | 1963-1966 | Fuji TV | 193 épisodes · première série de 30 minutes Officiel |
| Shin Takarajima | 3 janv. 1965 | Fuji TV | Premier téléfilm d'animation d'une heure |
| W3 | 1965-1966 | Fuji TV | Science-fiction |
| ★★Jungle Taitei | 1965-1966 | Fuji TV | Première série japonaise en couleurs · 52 épisodes |
| Jungle Taitei, Susume Leo! | 1966-1967 | Fuji TV | Suite, Léo adulte |
| ★Ribon no kishi | 1967-1968 | Fuji TV | Premier épisode coréalisé avec Sadao Tsukioka |
| Dororo | 1969 | Fuji TV | Fantastique historique |
| Fushigi na Melmo | 1971-1972 | Asahi Hōsō | Production Tezuka Productions |
| Wansa-kun | 1973 | Kansai TV | Dernière série de Mushi Pro avant la faillite |
Le studio est aussi une école. Rintarō, Gisaburō Sugii, Eiichi Yamamoto et Osamu Dezaki y font leurs armes, et la génération qu'il forme dirigera les studios des décennies suivantes. Le 30 avril 1964 naît sa fille Rumiko ; en 1965, Stanley Kubrick lui écrit pour lui proposer de travailler à la direction artistique de 2001, l'Odyssée de l'espace, offre que Tezuka décline. En 1968, il fonde Tezuka Productions, société consacrée à ses mangas.
Le cinéaste : Animerama et films d'auteur
À côté de la production industrielle, Tezuka n'a jamais cessé de faire des films pour lui. Aru machikado no monogatari reçoit en 1963 le premier prix Ōfuji du concours Mainichi, la principale distinction japonaise pour l'animation. Suivent Memory et Ningyo (1964), Shizuku (1965), puis Tenrankai no e (展覧会の絵), sur Les Tableaux d'une exposition de Moussorgski (1966), qui obtient en 1967 un nouveau prix Ōfuji et un prix au festival du film d'Asie. Le long métrage Jungle Taitei (1966) reçoit en 1967 le Lion d'argent de Saint-Marc à Venise.
Puis vient Animerama, une trilogie de longs métrages pour adultes produite par Mushi Pro et distribuée par Nippon Herald : Senya ichiya monogatari (千夜一夜物語), Les Mille et Une Nuits, sort le 14 juin 1969 et rencontre un grand succès ; Cleopatra, coréalisé avec Eiichi Yamamoto, suit le 15 septembre 1970. Le troisième volet, Kanashimi no Belladonna (1973), est réalisé par Yamamoto, Tezuka ayant quitté la présidence du studio en juin 1971.
Les années 1980 marquent la consécration internationale de ces films courts, réalisés à Tezuka Productions sur ses fonds propres. Jumping, plan-séquence en caméra subjective d'un bond qui ne s'arrête plus, remporte le 15 juin 1984 le Grand Prix et le prix de l'Unesco à Zagreb. Onboro Film, pastiche d'un western muet rayé et abîmé, obtient le 23 août 1985 le Grand Prix du premier festival international d'animation de Hiroshima. Mori no densetsu (森の伝説), achevé en décembre 1987, retrace sur une symphonie de Tchaïkovski l'histoire de l'animation, de Disney à l'ère industrielle, et lui vaut en 1988 son quatrième prix Ōfuji.
| Film | Année | Format | Distinctions |
|---|---|---|---|
| ★Aru machikado no monogatari | 1962 | Court métrage | 1er prix Ōfuji · prix Blue Ribbon · prix d'encouragement du festival des arts |
| Tenrankai no e | 1966 | Court métrage | Prix Ōfuji 1967 · festival du film d'Asie 1967 |
| Jungle Taitei (film) | 1966 | Long métrage | Lion d'argent de Saint-Marc, Venise 1967 |
| Senya ichiya monogatari | 1969 | Long métrage · Animerama | Grand succès public |
| Cleopatra | 1970 | Long métrage · Animerama | Coréalisé avec Eiichi Yamamoto |
| Yasashii Lion | 1970 | Moyen métrage (production) | Prix Ōfuji |
| Hi no tori 2772 | 1980 | Long métrage | Prix Inkpot, San Diego 1980 |
| ★★Jumping | 1984 | Court métrage | Grand Prix et prix de l'Unesco, Zagreb 1984 Officiel |
| ★★Onboro Film | 1985 | Court métrage | Grand Prix, Hiroshima 1985 · Varna 1985 |
| Push, Muramasa | 1987 | Courts métrages | Présentés à Hiroshima 1987 |
| ★Mori no densetsu | 1987 | Court métrage | Prix Ōfuji 1988 · prix CIFEJ, Zagreb 1988 · Bourg-en-Bresse 1988 |
Faillite et renaissance : Black Jack, Bouddha, Phénix
Le début des années 1970 est le point bas de sa carrière. La critique le juge dépassé par le gekiga, ce manga réaliste et violent porté par une nouvelle génération ; Mushi Production s'endette. La société commerciale du groupe, Mushi Pro Shōji, fait faillite le 22 août 1973, Mushi Production le 1er novembre. Tezuka n'en était plus le président depuis juin 1971, mais il en porte les dettes et le discrédit.
La renaissance vient d'un hebdomadaire pour garçons. À partir de novembre 1973, le Weekly Shōnen Champion d'Akita Shoten publie Black Jack (ブラック・ジャック), initialement prévu pour quelques épisodes, en hommage à ses cinquante ans : un chirurgien de génie sans licence, couturé, qui opère à des prix exorbitants. Chaque épisode est une nouvelle complète, une leçon de médecine et un cas de conscience. Le succès est immédiat et durable. En 1975, la série reçoit le prix spécial de l'Association des dessinateurs japonais, et Bouddha, entamé en 1972, le prix du manga Bungeishunjū. En 1977, Black Jack et Mitsume ga tōru reçoivent le tout premier prix du manga Kōdansha.
Ces années sont aussi celles d'œuvres sombres et adultes : Kirihito, sur une maladie qui transforme les hommes en bêtes, Ayako, saga familiale de l'après-guerre, MW, sur une arme chimique et un tueur amoral. Le Phénix, cycle de récits répartis du passé lointain au futur ultime, devient son œuvre-somme. Il est adapté au cinéma par Kon Ichikawa en 1978, en prises de vues réelles, puis en animation sous sa direction générale avec Hi no tori 2772 (1980). En 1978, il conçoit aussi pour Nippon Television le premier téléfilm d'animation de deux heures au Japon, Bander Book, qui inaugure une série annuelle de téléfilms. Le 15 juin 1977, Kōdansha lance la publication de ses œuvres complètes en trois cents volumes, achevée le 3 octobre 1984 et portée par la suite à quatre cents volumes.
Les dix dernières années (1980-1989)
Les années 1980 sont celles d'un auteur au sommet de son ambition. Hidamari no ki, chronique de la fin du shogunat à travers son propre arrière-grand-père, médecin, reçoit en 1984 le prix Shōgakukan dans la catégorie adulte. Adolf ni tsugu, publié de 1983 à 1985 dans le magazine d'information Shūkan Bunshun, entrelace les destins de trois Adolf, dont Hitler, autour d'un secret sur ses origines ; il reçoit en 1986 le prix du manga Kōdansha. Tezuka retourne aussi à la télévision avec une nouvelle série Tetsuwan Atom, en couleurs, diffusée sur Nippon Television du 1er octobre 1980 au 23 décembre 1981.
Il devient un ambassadeur. En mars 1980, la Fondation du Japon l'envoie aux États-Unis comme « ambassadeur du manga » ; il parle au siège des Nations unies. Il se rend en Chine, au Brésil, au Canada. En 1978, il devient le premier président de l'Association japonaise de l'animation, et préside en 1987 le jury international de Hiroshima, festival dont il a soutenu la création. Il reçoit le prix Asahi le 29 janvier 1988 pour l'ensemble de son œuvre.
Le 15 mars 1988, des douleurs abdominales le conduisent à l'hôpital Hanzōmon de Tokyo ; il est opéré le 17 et sort le 12 mai. Il voyage encore, en novembre, à Shanghai où il préside le jury du premier festival international d'animation, son dernier engagement à l'étranger. Réhospitalisé le 3 octobre, opéré à nouveau le 5 décembre, il travaille depuis sa chambre à trois séries, Ludwig B, Gringo et Neo Faust. Il meurt le 9 février 1989 d'un cancer de l'estomac, à soixante ans, un mois après le début de l'ère Heisei. Ses dernières paroles sont restées célèbres.
「仕事をさせてくれ」
« Laissez-moi travailler. »
— Osamu Tezuka, ses dernières paroles selon le Kōbe Shinbun, 5 février 2019 (traduction SAKUGAART)
France et francophonie : du Roi Léo à Angoulême
Tezuka est le premier auteur japonais à entrer dans les foyers français. Selon la chronologie officielle, la série Astro Boy est exportée dès les années 1960 vers plusieurs pays, dont la France ; mais la première diffusion documentée est celle du Roi Léo sur l'ORTF en 1972, souvent présentée comme le premier dessin animé japonais à la télévision française. La RTBF y voit la première percée du Japon dans le paysage audiovisuel européen. Il s'agit, selon un relevé de diffusions, de la seconde série, Susume Leo!, à partir du 20 décembre 1972 ; la série originale de 1965 n'arrive qu'en 1990, sous le titre Le Retour du Roi Léo. Princesse Saphir suit sur TF1 en décembre 1974, d'abord sous le titre Prince Saphir.
La génération des années 1980 découvre Astro, le petit robot, la série couleur de 1980, sur TF1 : la Bibliothèque nationale de France conserve la plaquette de présentation éditée par la chaîne en 1985. Le long métrage Léo, roi de la jungle de Yoshio Takeuchi (1997), sur un scénario conçu par Tezuka, sort en salles en France le 20 avril 2005.
Tezuka en France, de son vivant
Peu de lecteurs le savent : Tezuka a bien connu la France. Du 27 janvier au 1er février 1982, il est l'invité du dixième festival de la bande dessinée d'Angoulême, où il se lie avec Mœbius ; en juillet suivant, il accompagne l'auteur français à Kyōto et Nara lors de sa venue au Japon. En juin 1983, le festival d'Annecy l'invite avec Les Mille et Une Nuits et Cleopatra ; il y revient en 1987. En juillet 1985, il donne à la Saline royale d'Arc-et-Senans, lors d'un sommet culturel franco-japonais, une conférence sur le manga comme langue commune ; en mars 1987, le ministère japonais des Affaires étrangères l'envoie parler à Nancy. Dès avril 1984, la revue Furansu, publiée à Tokyo par Hakusuisha pour les étudiants japonais en français, publie Black Jack en traduction française. En 1988, Mori no densetsu est primé par le jury jeune du festival de Bourg-en-Bresse.
L'édition française
Le manga de Tezuka arrive tardivement en librairie, avec la vague éditoriale des années 1990. Glénat publie Black Jack de 1996 à 2000 ; Tonkam lance Bouddha en 1997, dans une traduction de Sylviane Guyader, puis L'Histoire des 3 Adolf en 1998. Suivent Asuka, Kana (collection Sensei, avec Astro Boy), Soleil (Princesse Saphir), Isan Manga (Black Jack, édition de luxe, 2023-2026). Depuis 2019, Delcourt/Tonkam réédite ses titres majeurs en format prestige : Kirihito et Phénix en septembre 2019, Princesse Saphir en novembre 2025, avec sa suite Les Enfants de Saphir en 2026.
| Œuvre | France | Repère |
|---|---|---|
| Le Roi Léo (Susume Leo!) | 20 déc. 1972 · ORTF | Premier anime documenté en France source faible |
| Princesse Saphir | déc. 1974 · TF1 | D'abord titré Prince Saphir source faible |
| Astro, le petit robot (1980) | milieu des années 1980 · TF1 | Plaquette TF1 de 1985 à la BnF |
| Le Retour du Roi Léo (1965) | 17 sept. 1990 | Série originale source faible |
| Black Jack (manga) | 1996 · Glénat | Première édition française en volumes |
| Bouddha (manga) | 1997 · Tonkam | Traduction de Sylviane Guyader |
| Léo, roi de la jungle (film) | 20 avr. 2005 | Sortie en salles |
| Pluto (Urasawa, d'après Tezuka) | janv. 2011 · Angoulême | Prix Intergénérations |
| Exposition Osamu Tezuka, Manga no kamisama | 25 janv.-11 mars 2018 · Angoulême | Première grande exposition en Europe Officiel |
En janvier 2018, pour les quatre-vingt-dix ans de sa naissance et dans le cadre de « Japonismes 2018 », le 45e festival d'Angoulême lui consacre au musée d'Angoulême, du 25 janvier au 11 mars, l'exposition Osamu Tezuka, Manga no kamisama, présentée comme la première grande rétrospective de son œuvre en Europe, avec de nombreuses planches originales. Pika publie le même mois la biographie dessinée de Toshio Ban, son ancien assistant, Osamu Tezuka, une vie en manga (930 pages). En 2011, Pluto, la relecture d'un épisode d'Astro par Naoki Urasawa, avait reçu à Angoulême le prix Intergénérations.
Europe et monde : Astro Boy, Kimba et la polémique Disney
L'internationalisation est inscrite dans le projet de Mushi Pro. En mars 1963, Tezuka se rend à New York pour négocier avec NBC ; une projection a lieu le 10 mars, un contrat de 52 épisodes est signé en mai, et la série est diffusée aux États-Unis à partir du 7 septembre 1963 sous le titre Astro Boy. Selon Tezuka Productions, elle est ensuite vendue au Royaume-Uni, en France, en Allemagne de l'Ouest, en Australie, à Taïwan, à Hong Kong, en Thaïlande et aux Philippines. Jungle Taitei, pensé dès l'origine pour l'exportation en couleurs, devient Kimba the White Lion aux États-Unis. En Chine, la télévision centrale diffuse Astro à partir du 17 décembre 1980, et Jungle Taitei en 1982 ; Tezuka participe à la campagne de lancement.
Kimba et Le Roi Lion
En 1994, la sortie du Roi Lion de Disney ravive la mémoire de Kimba : lionceau royal, babouin sage, méchant borgne, apparition du père dans les nuages. La mangaka Machiko Satonaka adresse au distributeur japonais de Disney une lettre ouverte demandant que quelques lignes rendent hommage à l'origine de l'histoire. Disney invoque Hamlet et Bambi et nie toute influence. Takayuki Matsutani, président de Tezuka Productions, déclare que les deux œuvres sont « absolument différentes » et que Tezuka, si Disney s'en était inspiré, en aurait été flatté. Aucune action en justice n'a été engagée. Frederik Schodt, traducteur et ami de Tezuka, a jugé certaines scènes trop proches pour relever de la coïncidence.
Aux États-Unis, l'admiration est aussi institutionnelle : la série Buddha, publiée par Vertical, reçoit les Eisner Awards de la meilleure édition américaine d'une œuvre étrangère en 2004 et 2005, et Tezuka entre au temple de la renommée des Eisner. À San Diego, il reçoit dès 1980 un prix Inkpot pour Hi no tori 2772. En 2003, une nouvelle série Astro Boy accompagne la date de naissance fictive du robot, le 7 avril 2003 ; la même année, Naoki Urasawa commence Pluto, qui sera adapté par Netflix en 2023. En 2009, un long métrage hollywoodien en images de synthèse, Astro Boy, est produit par Imagi.
Héritage : vers le centenaire de 2028
Le surnom de « dieu du manga » (マンガの神様), qui lui était donné de son vivant, résume mal une influence plus diffuse. Fujiko Fujio, Shōtarō Ishinomori, Fujio Akatsuka, Mitsuteru Yokoyama, Hideko Mizuno, Masako Yashiro ou Moto Hagio comptent parmi les auteurs qui se sont formés à son contact ou à sa lecture. En 1971, il prend la tête du jury du prix Tezuka, créé par le Weekly Shōnen Jump de Shūeisha pour découvrir de jeunes auteurs. Sa grammaire, cadrages cinématographiques, découpage dynamique, récits longs et personnages récurrents d'une œuvre à l'autre (son « star system »), est devenue celle du manga tout entier.
Le 25 avril 1994, la ville de Takarazuka inaugure le musée municipal Osamu Tezuka, autour du thème de l'amour de la nature et du respect de la vie ; Tezuka Productions explique que Takarazuka s'imposait, tant la ville avait compté pour lui. Devant l'entrée, la statue du Phénix est devenue un symbole de la reconstruction après le séisme de Kōbe de 1995. En 1997, le journal Asahi Shimbun crée le prix culturel Osamu Tezuka, dont la statuette représente Astro ; en 2025, il distingue l'autobiographie dessinée de Rintarō, ancien de Mushi Pro. Le 9 février, jour de sa mort, a été proclamé « journée du manga » par la librairie Mandarake.
Une œuvre toujours active
En 2025, Tezuka Productions célèbre les soixante ans de la série Jungle Taitei, et en 2026 les cinquante ans de Unico. Depuis le 1er novembre 2025, la première série Tetsuwan Atom est rediffusée intégralement, sur quatre ans, par TV Saitama et proposée pour la première fois en ligne sur TVer. Le 8 août 2026, Netflix diffuse dans le monde The Ribbon Hero, long métrage de 108 minutes librement inspiré de Princesse Saphir, réalisé par Yūki Igarashi au studio Outline, et présenté au festival d'Annecy 2026. En juin 2026, une anthologie publie pour la première fois en volume la version originale de Ari to kyojin, récit de 1961 dont Tezuka avait redessiné toutes les pages à deux reprises.
Le 25 avril 2026, la ville de Takarazuka a installé le conseil chargé des célébrations du centenaire de sa naissance, le 3 novembre 2028, en partenariat avec Tezuka Productions. Pour le lecteur français, le moment est propice : l'essentiel de l'œuvre est désormais disponible en éditions soignées, et la part la plus singulière de son travail, ses films d'auteur, reste à redécouvrir.
Chronologie
| Date | Événement | |
|---|---|---|
| 3 nov. 1928 | Naissance à Toyonaka (Osaka) | Japon |
| 1er juil. 1945 | Entrée à l'école de médecine de l'université d'Osaka | Japon |
| 1er janv. 1946 | ★Débuts avec Mā-chan no nikkichō | Japon |
| janv. 1947 | ★Shin Takarajima, avec Shichima Sakai | Japon |
| nov. 1950 | Début de Jungle Taitei dans le Manga Shōnen | Japon |
| 1952 | ★★Début de Tetsuwan Atom ; examen national de médecin (16 juillet) ; installation à Tokyo | Japon |
| 1953 | Emménagement à la Tokiwa-sō ; début de Ribon no kishi | Japon |
| 4 oct. 1959 | Mariage avec Etsuko Okada | Japon |
| 19 janv. 1961 | Doctorat en médecine (Nara) | Japon |
| juin 1961 | Création de la future Mushi Production | Japon |
| 1er janv. 1963 | ★★Diffusion de Tetsuwan Atom sur Fuji TV | Japon |
| 7 sept. 1963 | Astro Boy sur NBC | États-Unis |
| 6 oct. 1965 | Jungle Taitei, première série japonaise en couleurs | Japon |
| 1967 | Lion d'argent de Saint-Marc à Venise ; Hi no tori dans COM | Italie |
| 23 janv. 1968 | Création de Tezuka Productions | Japon |
| 14 juin 1969 | Senya ichiya monogatari (Animerama) | Japon |
| 20 déc. 1972 | Le Roi Léo sur l'ORTF | France |
| 1er nov. 1973 | Faillite de Mushi Production | Japon |
| nov. 1973 | ★★Début de Black Jack | Japon |
| 22 juil. 1977 | Premier prix du manga Kōdansha | Japon |
| janv. 1982 | Invité d'Angoulême, rencontre avec Mœbius | France |
| 1983 | Début d'Adolf ni tsugu ; invité au festival d'Annecy | Japon · France |
| 15 juin 1984 | Jumping, Grand Prix à Zagreb | Yougoslavie |
| 23 août 1985 | Onboro Film, Grand Prix à Hiroshima | Japon |
| 29 janv. 1988 | Prix Asahi | Japon |
| 9 févr. 1989 | ★★Mort à 60 ans | Japon |
| 25 avr. 1994 | Ouverture du musée Osamu Tezuka de Takarazuka | Japon |
| 1997 | Création du prix culturel Osamu Tezuka | Japon |
| 25 janv. 2018 | Exposition Manga no kamisama à Angoulême | France |
| 8 août 2026 | The Ribbon Hero sur Netflix | Monde |
| 3 nov. 2028 | Centenaire de sa naissance | À venir |