Série TV · 1986-1988 · Kitty Film / Studio Deen · Fuji TV · 96 épisodes
Maison
Ikkoku
め ぞん一刻 · Maison Ikkoku · Rumiko Takahashi · Studio Deen · Fuji TV · 26 mars 1986
Une pension miteuse. Un étudiant échoué à ses examens. Une gestionnaire veuve trop belle. Et des colocataires impossibles. La meilleure romance de l'histoire de l'anime selon nombre de critiques. Et la preuve que Rumiko Takahashi savait écrire autre chose que de la comédie fantastique.
Rumiko Takahashi — le tournant réaliste
Rumiko Takahashi — l'auteure la plus vendue de l'histoire du manga avec des centaines de millions d'exemplaires (Urusei Yatsura, Ranma ½, InuYasha, Rin-ne) — publie Maison Ikkoku dans Big Comic Spirits (Shogakukan) de 1980 à 1987. C'est son œuvre la plus réaliste : pas de magie, pas de transformation, pas de SF. Juste un étudiant raté qui vit dans une pension délabrée, à deux pas d'un temple shintô, et qui tombe amoureux de la belle gestionnaire veuve Kyoko Otonashi.
Cette rupture avec son style habituel est délibérée : Takahashi voulait montrer qu'elle pouvait écrire une romance sans le filet de la fantaisie. Le pari est réussi — Maison Ikkoku est régulièrement citée par les critiques japonais comme la meilleure romance manga de l'histoire, et souvent comparée à un roman de Jane Austen transposé dans le Tokyo des années 80.
La pension Ikkoku — un microcosme humain
La pension Ikkoku est un huis clos de personnages secondaires d'une richesse exceptionnelle. Yotsuya — qui perce des trous dans les murs pour observer ses voisins, ne répond jamais directement à une question, et dont le passé reste mystérieux jusqu'à la fin. Akemi — la bar-girl provocatrice et séduisante. Mme Ichinose — la mère de famille bruyante et alcoolique avec son fils turbulent. Ces personnages — caricatures amusantes au premier regard — développent au fil des 96 épisodes une profondeur humaine inattendue. Yotsuya en particulier — dont la bienveillance cachée se révèle progressivement — est l'un des grands personnages secondaires de l'anime des années 80.
La structure narrative est celle du feuilleton : chaque arc de quelques épisodes fait avancer la relation Godai-Kyoko d'un demi-pas. La frustration romantique est le moteur. La conclusion — un mariage à l'épisode 96 — est l'une des résolutions les plus satisfaisantes de l'histoire du romance anime.
Akemi Takada — le character design élégant
Le character design est confié à Akemi Takada — formée chez Tatsunoko Production, qui a travaillé notamment sur Dr. Slump avant Maison Ikkoku et qui réalisera ensuite les designs de Patlabor (Oshii). Son style élégant et réaliste convient parfaitement au registre romantique de l'œuvre. Kyoko Otonashi — dont la beauté discrète est le moteur de toute l'intrigue — est l'une de ses conceptions les plus réussies : un personnage dont la beauté vient de sa mélancolie, pas de l'exagération des traits.
France — Juliette je t'aime
En France, la série est diffusée sous le titre Juliette je t'aime dans le Club Dorothée sur TF1. Ce titre — qui s'éloigne considérablement de l'original (le nom de la pension) — cible explicitement un public féminin adolescent. La série crée une fan base distincte de celle des autres anime du Club Dorothée, composée de spectatrices qui apprécient le registre adulte et le réalisme émotionnel, absent des séries de super-robots et de magical girls qui dominent la programmation.
Héritage — la romance anime adulte
Maison Ikkoku est la référence historique du genre « romance anime pour adultes » — une catégorie distincte du shôjo (romance pour filles) et du harem (comédie romantique avec multiplicité de partenaires). Sa structure — un protagoniste ordinaire, un amour impossible pour des raisons sociales plutôt que fantastiques, une résolution en 96 épisodes — sera reprise par Kare Kano (1998), Toradora! (2008) et de nombreuses romances contemporaines. Le manga (15 volumes) est publié en France par Glénat et reste disponible.
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